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      La prochaine fois je viserai le coeur, en DVD chez TF1 vidéo

       

      La prochaine fois je viserai le cœur raconte l’histoire vraie d’un tueur (Alain Lamare dans la vraie vie, Franck dans le film) qui a terrifié l’Oise pendant plusieurs mois entre 1978 et 1979, blessant et tuant des jeunes filles sans motif apparent. Ce fait divers a particulièrement marqué la France car le coupable était un gendarme, qui enquêtait donc lui-même sur ses crimes.

      Le film nous place d’entrée de jeu dans l’intrigue, en nous présentant dès les premières secondes le tueur. Contrairement à la majorité des films policiers, où l’intérêt est justement de s’amuser à dénouer l’histoire et à trouver le tueur, ici, le réalisateur a préféré nous montrer avec simplicité un personnage complexe. C’est là tout l’intérêt du film, et son ambivalence. On nous présente une histoire vu du côté du tueur, mais à aucun moment le réalisateur n’a cherché à expliquer ou justifier ses actes. Le tueur est tel qu’il est, oscillant entre antipathie et pitié. Ce choix cinématographique de ne faire que dépeindre le plus fidèlement possible le tueur sans oser le comprendre est un pari réussi qui nous permet, nous spectateur d’avoir chacun notre propre interprétation de sa personnalité ou d’une explication à ses actes.

      La Bande-Originale accompagne parfaitement les scènes, elle sait rester discrète mais efficace, ne gâchant pas les scènes importantes mais au contraire aidant à les souligner. Les décors, costumes et les maquillages sont très réussis. L’idée était de nous faire retourner en 1978 au moment des faits, et la magie opère dès les premiers instants du film.

      La manière de filmer fait penser au choix scénaristique. Les plans sont sobres, simples, mais très efficaces. On voit tout de suite ici que le réalisateur sait parfaitement ce qu’il veut montrer, et surtout ne pas montrer. Le jeu avec les lumières est très important, surtout lors des scènes de traques. Traques du tueur qui cherche une victime, ou traque inverse du tueur par ses collègues. Ses scènes qui peuvent être facilement mises en parallèle, sont particulièrement belles et éprouvantes. Les scènes où Canet traque une jeune fille nous angoissent, car nous savons très bien ce qui va se passer, nous sommes uniquement dans l’attente du moment crucial. Les scènes de traque de Canet par la gendarmerie arrivent à nous faire ressentir de la peur et de l’empathie pour le tueur, craignant qu’il ne se fasse intercepter par ses collègues. Cette dualité dans les ressentis des spectateurs se retrouve dans le personnage principal, qui est le plus souvent très désagréable et antipathique, mais qui une fraction de seconde plus tard se sent impuissant et fragile face aux pulsions qu’il n’arrive pas à contrôler, se flagellant même pour se punir.

      Arriver à nous faire ressentir autant de sentiments mêlés est une réussite d’autant plus spectaculaire que le réalisateur aurait pu choisir la facilité en inventant des raisons au tueur d’agir (une enfance douloureuse, une maladie mentale, etc). On ne fait que décrire, sans interpréter, sans l’omniscience des pensées du tueur. Ce qui permet d’avoir un portrait d’autant plus fidèle qu’il ne montre que ce qu’il est possible de voir.

      Ces sentiments divers à l’égard du tueur, il n’aurait pas été possible de les ressentir avec autant de force sans l’incroyable performance de Guillaume Canet. Le jeune premier est ici métamorphosé, interprétant un rôle très difficile, puisqu’il s’agit d’arriver à attiser la sympathie, sans en faire preuve. Le film présentant peu d’acteurs, son impressionnante performance est accentuée, et c’est lui et lui seul qui porte le film et en fait ce qu’il est.

      Le film qui dure presque deux heures nous tient en haleine, et alors même que nous connaissons le dénouement puisqu’il s’agit là de l’adaptation d’un fait divers, on ne peut s’empêcher de ressentir angoisse et stress, redoutant le moment où le gendarme sera découvert.

      Le choix du titre est en rapport direct avec cette ambivalence du personnage de Franck. En effet, le tueur s’excusait presque auprès de ses victimes avant de tirer, les prévenant qu’il allait leur faire mal. Refusant de regarder l’impact des balles, celui-ci a donc commis beaucoup moins de meurtres que prévu, tirant dans les jambes ou d’autres parties du corps ne présentant pas de danger mortel. Il leur envoyait ensuite des lettres prévenant que « la prochaine fois je viserai le cœur. » Encore une fois on constate que le réalisateur a su malgré la difficulté évidente de cette histoire, retracer de manière distance et fidèle un fait divers douloureux. Cette apparente objectivité s’accompagne évidemment de choix cinématographiques importants, qui permettent justement la mise en valeur de l’histoire et du tueur.

      Le film est une réussite, il en découle beaucoup de poésie et de justesse, et il permet à Guillaume Canet de s’exprimer dans toute sa grandeur dans un rôle où il n’était pas forcément attendu.

      Procurez-vous le film en DVD sur le site de la Fnac ou en VOD sur MyT1 Vidéo.

       

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