Le polar et le western se croisent dans Red Gun

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Les éditions Soleil proposent avec Red Gun, une nouvelle série qui pourrait surfer sur la vague du western mais se révèle plus profonde lors de l’enquête.

Avec Red Gun, suivez le rail…

Une arme sanglante dans Red Gun
Une arme sanglante dans Red Gun

Ce premier tome, La voie du sang, se situe aux Etats-Unis en 1866, sur un chantier ferroviaire. Le Transcontinental, est une voie ferrée destinée à traverser l’État-continent. Le lecteur découvre alors que le plus grand tracé ferroviaire des États-Unis a été réalisé par les plus humbles. Red Gun nous montre la pauvreté des employés se déplaçant au fil de l’avancée du chantier. Ils dorment et mangent dans des tentes. On observe l’exploitation des travailleurs surtout les plus fragiles : les femmes et les migrants irlandais ou chinois. Une cuisinière était également une prostituée pour survivre. Lorsque certains et certaines décèdent, le corps est vite enterré sans beaucoup de respect. A l’opposée, un promoteur s’enrichit en suivant le casernement. Il achète les terres avant l’arrivée du train et construit des saloons.

Sur le chantier, la milice exécute sans jugement. La violence est quotidienne au sens littéral dans Red Gun. Le chef de chantier fait appel à un détective mais il ne veut pas établir la justice. Son seul objectif est de maintenir la cadence. Si la peur s’installe, les femmes partiront et donc les hommes seront moins motivés. Il est l’exemple de la reconversion de vétérans car ce directeur est un ancien général.

Le personnage principal Terence Nichols apparaît dans le deuxième scène où il est présenté par son action. Nichols vient arrêter dans un drugstore un charlatan vendant des potions ayant déjà empoisonné une quinzaine de personnes. Il parle peu mais agit et laisse parler son colt. Il est juste mais use d’une violence extrême. Il traîne le faux médecin empoisonneur jusqu’au bureau du shérif le plus souvent sans un mot. Son silence cache un traumatisme. On le découvre quand il s’automutile pour faire taire les cris. Ce chasseur de primes a survécu physiquement de la guerre de Sécession mais mentalement le major n’est pas sorti de cet enfer. On le voit par son surnom de Red Gun, du nom de son colt rouge. Il fait un cauchemar récurrent d’un moment sanglant qui explique son fétichisme sur son arme.

La dessinatrice italienne, Giulia Francesca Massaglia, retranscrit parfaitement le contexte historique. Son style réaliste très efficace et la mise en page dynamique offrent une lecture agréable. On peut souligner la précision des décors ce qui n’empêche pas une ambiance pesante grâce à un encrage épais renforçant la noirceur. Le coloriste Facio se place également dans ce classicisme.

… pour démasquer le coupable

La violence de Red Gun
La violence de Red Gun

Cependant, le scénariste français Jean-Charles Gaudin se démarque des autres séries de western en mélangeant le contexte historique avec un récit d’enquête. Même si le fil rouge de la série reste le chantier du Transcontinental et le passé mystérieux de Nichols, chaque tome suivant la résolution d’un crime est autoconclusif,

Gaudin reprend la structure du polar. Red Gun commence par un meurtre. Dans la tente du chantier, un homme de dos poignarde Maureen Doherty. Elle n’est pas la première. Le chef de chantier et son contremaître comprennent que le coupable est le même. En effet, les corps présentent des mutilations similaires : la strangulation, les yeux crevés, le corps éventré et un doigt sectionné. De plus, les victimes présentent le même profil : des femmes pauvres qui vendent leur corps. Ces marques et les choix des victimes rappellent Jack l’éventreur.

Le chef de chantier décide de faire appel à Terence Nichols. A la même époque que Sherlock Holmes, Red Gun observe les photos des corps à défaut de pouvoir autopsier les cadavres. Il questionne les témoins. Des agents armés lui font un compte-rendu. On est aussi proche des romans noirs. Nichols est un homme en crise et découvre que son passé est lié à l’enquête : le criminel a connu la guerre de Sécession. L’enquête est à la fois un moyen de rétablir la justice dans le présent et de réparer son âme torturée par les fantômes du passé.

Dans Red Gun, un fait divers devient la description d’un milieu et de la corruption morale et financière par le biais d’une enquête. Ce premier volume donne un aperçu du passé de Nichols. On en découvrira davantage dans le tome deux au début 2025.

Si cette chronique vous intrigue, vous pourrez voyager dans le passé avec Sujet 4 et Earthdivers.