Old boy, l’un des chefs-d’œuvre du réalisateur Park Chan-Wook et de tout le temps

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Oldboy
Oldboy

Ris. Tout le monde rira avec toi. Pleure. Tu seras le seul à pleurer.

Old Boy ou Oldboy (coréen : 올드보이 – Oldeuboi) est un film d’action-thriller sud-coréen de 2003.
Réalisation : Park Chan-Wook
Scénario : Park Chan-Wook, Joon-hyung Lim et Jo-yun Hwang
– d’après le manga Old Boy de Nobuaki Minegishi
– d’après une histoire de Garon Tsuchiya, inspiré en grande partie du Comte de Monte-Cristo.
– d’après les personnages créés par Park Chan-Wook
Musique : Jo Yeong-Wook
Photographie : Chung Chung-Hoon

Distribution

Choi Min-Sik : Oh Dae-Soo
Yu Ji-Tae : Lee Woo-Jin
Kang Hye-Jeong : Mi-Do
Ji Dae-Han : No Joo-Hwan

Impressions

Il y a quelques mois, Zion.T a sorti un nouveau tube, Stranger, – ‘모르는 사람’ – dont le clip met l’acteur Choi Min-Sik (avec sa tête de Choi Min-Sik dans toute sa splendeur) et une fourmi en vedette. Dans cette chanson, le chanteur se sent insignifiant devant « elle » (je ne suis personne pour elle…) et avec cette voix argentée qui lui est propre, il semble triste mais en même temps le rythme est enjoué. On dirait qu’il raconte une histoire. Mis à part la qualité de la chanson – Zion.T ne nous a jamais déçu jusqu’à présent – nous avons été interpellés par le scenario du clip. Il nous a plongé dans cette scène de Old Boy où le personnage Oh Dae-Soo, enfermé depuis des années sans connaître la raison, est en proie des hallucinations avec des fourmis.

Old Boy : LA BASE!!!!!!!!!!!!

Comme à notre habitude, nous profitons de la visite des amis pour regarder un film coréen. Il est toujours très intéressant d’entendre les retours de tous ceux qui rentrent dans le monde du septième art coréen pour la première fois. Au début, il y a régulièrement cette intention de nous faire plaisir, de regarder parce que c’est ce que nous avons à proposer. Mais nos amis, en quête de nouvelles découvertes cinématographiques, sont conscients que nous proposons de très bons films et se laissent embarquer dans ce qu’ils appellent, notre délire.

Regardant ce film 20 ans après sa sortie, nous pouvons constater que beaucoup de réalisateurs sont touchés par la grâce lors de leur première créature (et création). Ce premier bébé est le résultat d’une inspiration qui refuse le mental et d’un savoir-faire et d’une adresse totalement à l’écoute de cette inspiration. La mise en scène nous conduit par des chemins inconnus mais sa fermeté, ses limites, nous empêchent de nous perdre. Nos sens sont en éveil, car l’interprétation, l’histoire, la photographie, tous ces détails inhérents à la réalisation d’un film, sont absolument extraordinaires et leur osmose mérite l’appellation de chef-d’œuvre.

Oldboy
Oldboy

Le sujet existentiel se détache dans un premier temps de ce que la synopsis nous a vendu. Cette intrigue annoncée de vengeance se présente pour le moins singulière. Le questionnement d’Oh Dae-Soo fait écho avec ce questionnement si souvent entendu dans notre cerveau. Qu’est-ce que sommes-nous venus faire sur terre ? Pourquoi sommes-nous venus sur terre ? Pourquoi sommes-nous venus dans ce corps et pas dans un autre ? Pourquoi sommes-nous emprisonnés dans cette carcasse qui est devenue notre vie et surtout, quand pourrons-nous nous en libérer ? « S’ils m’avaient dit que je sortirais dans 15 ans, aurait-ce été moins dur d’être enfermé ? Ou aurait-ce été pire ? » Serions-nous plus à même de supporter notre quotidien si nous savions qu’un jour ou l’autre cela allait changer ?

Mais la première introspection, cette remise en question concernant tous les péchés qu’il ait pu commettre, devient petite à petit un désir de vengeance. Le spectre de The Truman Show s’insinue en nous comme une de ces mouches d’été qui rentre par la fenêtre sans être invitée. L’idée de Truman en train de se venger à la coréenne d’Ed Harris et de son sourire mielleux (condescendant à en vomir) et d’un Jim Carrey complètement déjanté aurait pu faire l’objet d’un deuxième volet. Mais Oh Dae-Soo est très loin d’un sourire colgate et on sait déjà que ça va chauffer. « On ne pourra jamais retrouver ton corps, ni tes ongles, ni tes cheveux, nulle part sur terre. Car je mâcherai ton cadavre et l’avalerai ».

Quatre poulpes vivants ont été mangés par Choi Min-Sik pour la scène du bar à sushi (ce qui a provoqué une certaine polémique à l’étranger). Son besoin de manger quelque chose de vivant, comme il le dit, pourrait faire allusion à la phrase citée, mais en vrai, il nous montre le contraste entre ces 15 ans incompréhensibles d’emprisonnement et sa nouvelle liberté dans laquelle il reste quand même cloîtré dans sa détermination. Le film prend une toute autre dimension.

Ce qui s’annonce comme une vengeance sans pitié, prend des tournures inespérées. La violence psychologique se heurte à une violence brutale qui fera baisser les yeux des âmes sensibles. Old Boy est un film cruel mais élégant. Un gant dont les mains s’entêteraient à remplir jusqu’au dernier millimètre, coûte que coûte. Avec sa coiffure explosée, qui lui donne un air du chanteur de The Cure, Robert Smith au beau milieu des années 80, et le regard terrifiant que Choi Min-Sik attribue à son personnage, nous serons embarqués dans une histoire aussi abominable que dépouillée. Aride, esseulée. Le superflu, toutes ces petites péripéties qui meublent un film, n’ont pas de place dans le cas présent.

Oldboy
Oldboy

Le réalisateur

Park Chan-Wook se promène et nous promène avec aisance parmi des genres et des styles différents sans que le déroulement du scénario ne subisse des incohérences de ton. Tel un sculpteur qui choisirait toutes sortes de matières pour sa création, le réalisateur puise dans un amalgame d’options, ce qui rend le film incroyablement riche. Si l’œil européen, peu habitué à une violence aussi crue, ne garde surtout que le souvenir d’une barbarie pour le moins accablante, ce n’est pas seulement à cause des scènes terribles mais c’est surtout parce que lesdites scènes sont souvent le découlement d’un contexte qui nous touche. Peut-être que la situation n’est pas la même, que l’apparence est toute autre mais l’interaction, l’identification avec les personnages rend les séquences de violence beaucoup plus acides et du coup plus percutantes.

Le directeur de photographie Chung Chung-Hoon se sert d’un filtre assez opaque pour rendre l’image plus dense. Cela épouse parfaitement l’attitude d’un homme fatigué mais déterminé qui n’a plus rien à perdre. Les interprétations géniales de Choi Min-Sik, Yu Ji-Tae et Kang Hye-Jeong, accentuent l’ambiance paumée qui règne tout le long du film et même si parfois, vraiment juste parfois, on peut sentir une certaine maladresse dans la mise en scène, cela ne fait que renforcer toute cette atmosphère cauchemardesque.

Évolution

On parle souvent de la violence du cinéma coréen. Même si cela est en train de changer, il n’y a pas si longtemps l’européen lambda croyait que ces films se résumaient à des coups de pied, les confondant avec des vieux films chinois ou japonais d’arts martiaux. Attirant juste un publique niche, ce même cinéma a mis la poudre au feu au bouche-à-oreille. Inconnus des médias, du moins français, on ne pouvait se fier qu’à l’avis des élus qui avaient eu la chance de tomber sur quelques chefs-d’œuvre de l’époque. Par la suite, le monde cinématographique coréen fini définitivement par déterminer et assumer son style. Il se dissocie du cinéma asiatique en général, prouvant que chaque pays jouit d’un aspect qui lui est bien propre. Le pays du matin calme consolide et assure sa configuration, sa forme, et s’affiche au monde en tant que cinéma à part entière. Malheureusement, seulement les films qualifiés de violents arrivent à percer dans un continent qui a toujours baigné, soit dans son propre cinéma local, soit dans des productions made in USA. De la même façon que toute la planète semble croire que tous les films indiens sont des Bollywood, les années 2000 étaient persuadées que le cinéma sud-coréen se limitait à une violence brutale et déchainée.

Dieu Netflix change la donne et met le paquet sur le divertissement coréen. En essayant d’être le plus à la page possible, comme à son habitude, la chaîne de streaming vient de dévoiler sa programmation de films et dramas sud-coréens. Parmi les films annoncés, Park-Chan Wook, qui a reçu en mai 2022 le prix de la mise en scène du 75e Festival de Cannes pour « Decision to Leave », revient vers nous en tant que producteur de Uprising, film d’époque qui nous met déjà l’eau à la bouche.

Il serait probablement trop hypothétique de faire revendiquer à Old Boy l’appellation « C’est par Old Boy que tout a commencé ». Il est toujours très difficile de trouver ce moment précis où les choses changent. Dans les pays catalans il y a une tradition appelée « Els Castells » qui fait partie du Patrimoine culturel immatériel de l’Humanité selon l’UNESCO. Cela consiste à bâtir une tour humaine (parfois pyramide humaine) de six à dix étages de forme et organisation bien définies. Pour que le tout dernier puisse arriver tout en haut, il faut des épaules très solides pour que la tour ne s’effondre pas. Le monde entier a eu la révélation du siècle avec le tube de Psy, Gangnam style. Mais pour que cela arrive, il a fallu des chanteurs et des groupes comme Big Bang, Exo, Bi Rain, Leessang, Seven et tant et tant d’autres.

Alors on dira plutôt que Park Chan-Wook, ainsi que tant d’autres réalisateurs comme Bong Joon-Ho (Parasite, Okja, Snow Piercer ), Lee Joon-Ik (Anarchist from Colony, Dongju: The Portrait of a Poet, The Throne), Uhm Tae-Hwa (Concrete Utopia, Vanishing Time), et des scénaristes, et des directeurs de photographie, de montage, artistiques… et bien sûr, n’oublions pas tous les acteurs et actrices, tout ce monde a contribué à faire du cinéma coréen ce qu’il est aujourd’hui. À tel point, qu’en ce moment les acteurs demandent des sommes faramineuses, causant une hausse des coûts de production (Des cachets de 400 millions de wons -270 000 €-, 650 millions de wons -450 000 €- et 700 millions de wons -485 000 €- par épisode » selon Télé-Loisirs). Mais cela est déjà une autre histoire…

Box-Office

En Corée du Sud, Old Boy a été vu par 3 260 000 spectateurs et se classe au cinquième rang des films les plus rentables de 2003 rapportant un total de 17 052 444 $ US dans le monde. Il a été acclamé par la critique et récompensé dans le monde entier, notamment en remportant le Grand Prix du Festival de Cannes 2004, où il a reçu les éloges de Quentin Tarantino, le président du jury.

Le remake réalisé par Spike Lee, sorti en 2013 est un échec au box-office. Produit pour un budget de 30 millions de dollars, il ne récolte qu’un peu plus de 5 millions de dollars dans le monde. Zinda, le film de Bollywood réalisé par le scénariste-réalisateur Sanjay Gupta, n’est pas un remake officiellement autorisé, malgré des ressemblances assez flagrantes. Aucune action en justice n’a été engagée car le studio avait fermé ses portes.

Oldboy
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Quelques anecdotes

La scène de combat dans le couloir a été prise en continue, sans le moindre montage, à l’exception du couteau dans le dos d’Oh Dae-Soo, qui a été générée par ordinateur.

Le scénario prévoyait à l’origine la nudité frontale de Yoo Ji-Tae, mais l’acteur a changé d’avis après le tournage des scènes.

La fourmi (la fameuse) sortant du bras d’Oh Dae-Soo a été générée par ordinateur.

La pieuvre mangée vivante n’a pas été générée par ordinateur. Le sannakji est un plat cru, dans la cuisine coréenne. Une petite pieuvre est découpée vivante en petits morceaux et servie tout de suite avec un peu de sésame et de l’huile de sésame. Les morceaux de nakji en général se tortillent toujours dans l’assiette quand ils sont servis. Les nakji peuvent également être servies entières et vivantes dans le cas de bébés pieuvres.

Le paysage enneigé de la scène finale a été filmé en Nouvelle-Zélande.