Critique d’Oban star racers : quand le meilleur du Japon rencontre le meilleur de la France

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Oban star racers

Il y a deux ans, nous vous annoncions la sortie prochaine de l’édition blue ray collector de l’anime Oban Star Racers. Pour soutenir leur projet, les producteurs de Sav!The World lancèrent une campagne de crowdfunding sur Kickstarter. Le succès fut stupéfiant. Mais un élément allait retarder la parution de l’oeuvre : la pandémie, puis la guerre en Ukraine. Presque deux années supplémentaires furent nécessaires avant que l’anime soit enfin disponible. Une attente pleinement compensée par la qualité de cette oeuvre unique au destin hors du commun et qui a marqué le paysage francophone de l’animation.

Oban star racers : la french touch en action

A l’origine du projet se trouvent deux hommes -Thomas Romain, Savin Yeatman-Eiffel et un groupe de jeunes animateurs français. Le regretté podcast lol Japon revient d’ailleurs dans son émission n° 74 sur la genèse de ce projet. Car si depuis Thomas Romain est devenu un scénariste, designer reconnu au Japon travaillant notamment avec le studio Bones (voir l’excellente interview pour wakanim), et si Savin Yeatman-Eiffel a fait grandir son studio de production, leur série a, elle, eu un étonnant parcours.

En effet  la source de l’œuvre est un court métrage Molly Star racers sorti en 2001. Ce pilote fait grand bruit et permet de lancer la production de la série. Celle-ci (nous sommes en 2003) est originale car elle associe un tout jeune studio français Sav! The World Production qui déménage au Japon avec un petit studio japonais HAL Film Maker. Surtout les producteurs/réalisateurs voient grand, notamment pour leur œuvre et la composition sonore . Ils réussissent le tour de force d’engager Taku Iwasaki et surtout l’immense Yôko Kanno qui signe 4 morceaux.

Et à sa sortie, l’œuvre connaît un drôle de destin. Diffusée en 2007 au Japon, noyée dans une production locale pléthorique, elle passe relativement inaperçue. Mais dans le reste du monde, le succès est au rendez-vous. 120 pays en achètent les droits et en 2007, les lecteurs d’animeland la priment comme meilleure série d’animation non-japonaise. Elle aura droit par la suite à des rediffusions qui élargiront encore son public.

Oban star racers

Oban Star Racers : un space race Opéra

L’histoire se déroule en 2082, plusieurs années après une guerre terrible entre la Terre et le peuple Crog. Eva Wei, 15 ans, est la fille de Don Wei, directeur d’une écurie de courses et reconnu comme le meilleur dans son domaine. Depuis la mort de sa mère alors qu’elle n’avait que 5 ans, elle n’a plus de contact avec son père qui l’a envoyée dans le pensionnat Stern. Mais Eva a un fort caractère et s’en échappe pour retourner voir son père. Celui-ci ne l’a reconnaît pas. Qu’à cela ne tienne, elle s’engage dans son équipe sous le nom de Molly.

Mais l’histoire s’accélère car le président de coalition terrienne charge Don Wei d’une mission cruciale. Participer à la grande course d’Oban qui a lieu tous les 10 000 ans. Car la paix entre Crog et Terriens n’est que temporaire. En effet c’est par l’intervention d’un être mythique, l’Avatar, que la guerre s’est arrêtée. Ce dernier a imposé une trêve intergalactique afin que chaque peuple se prépare à la grande course. Don Wei part donc avec son équipe et sa fille pour remporter le prix ultime et mettre une fois pour toute la Terre à l’abri des menaces extra-terrestres.

oban star racers course

Une poésie visuelle

Oban Star Racers, c’est d’abord une réalisation exemplaire qui, 15 ans après sa sortie, n’a pas pris une ride. En effet c’est une oeuvre très colorée tirant vers les tons pastel. A rebours d’autres anime de courses qui jouent sur des couleurs très marquées, sur de forts contrastes, l’équipe de Sav!The World Productions a choisi des teintes beaucoup plus douces, chaudes, apaisantes qui permettent de rehausser les courses, de se laisser porter au travers des différents mondes. Dire que les épisodes sont beaux est un pléonasme. Nous sommes transportés de la première à la dernière minute par ce dessin très original, cette opulence de lumière et la douceur des contrastes. Certains plans ressemblent à des toiles en miniatures et conduisent souvent le spectateur à mettre en pause l’épisode pour contempler l’ampleur de l’image.

L’autre qualité technique concerne l’animation. Les courses sont extrêmement fluides, nombreuses, dynamiques. On s’affronte dans des ruines, des souterrains, des villes, sous l’eau, dans des labyrinthes. Tout va vite, très vite, les obstacles s’enchaînent, les défis sont permanents. Et aucun épisode n’a la moindre baisse de rythme. Aucune course ne se ressemble. Oban Star Racers semble être l’enfant prodige de Mario Kart rencontrant F-Zéro et Speed Racer. Un délire visuel, une symphonie des sens.

oban star racers paysage

Oban star racers : créativité et influence assimilée

Nous sommes, en plus, devant une oeuvre extrêmement créative. Aucun équipage n’est similaire à un autre : race organique, animale, mécanique, insectoïde, militarisée. Les designers réussissent à travers chaque équipage à représenter la civilisation qui l’a conçu : société industrielle, religieuse, steampunkt. Ce qui permet d’éviter de consacrer trop de temps d’explication en appliquant le « show dont’ tell ». Les environnements ont aussi fait l’objet d’une immense recherche artistique. Chaque épisode se conçoit comme un univers en miniature donnant à l’ensemble une cohérence immense. La série illustre dès lors à merveille la notion de space opera.

Cette créativité de tous les instants se nourrit d’une richesse de références/influences totalement assimilées. C’est d’abord le 7è art qui est convoqué. L’œuvre amalgame en effet les pods racers de La Menace fantôme, la folie de l’anime redline, l’univers exotique de speed racers. Le jeu vidéo a aussi une importance clé, autant dans le desgin (celui décalé du bateau pirate) que dans la mécanique de la course. La série nous met en effet dans la peau des participants terriens/joueurs de jeu vidéo qui découvrent au jour le jour les épreuves (série éliminatoire, face à face, tournoi final) et des modalités de compétition différentes (course classique, course à obstacles…). Comme dans les meilleurs jeux vidéos de course, l’ensemble va crescendo que ce soit en termes de difficultés à surmonter (jungles, obstacles, canyons, montagnes) que d’échelle des épreuves : course en circuit, rallyes planétaires. On se plaît même à imaginer la série retranscrite en jeu vidéo tant la diversité de mondes, les course se marieraient bien avec l’univers vidéo-ludique.

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oban star racers héros

Une écriture d’orfèvre au service d’un rythme palpitant

Oban Star Racer nous rappelle enfin que toute maestria technique ne peut se passer d’une histoire bien écrite. Et sur ce point l’écriture de la série est un vrai bijou. En effet ce qui se présentait comme une série de courses se ramifie en nombreux arcs narratifs. C’est d’abord une saga galactique géopolitique où les trahisons pullulent, où les alliances se défont. C’est aussi une histoire de famille sur les origines de Molly/Eva, sur son traumatisme, sur le parcours/rédemption de son père. C’est un anime d’aventure, pulp, généreux, décomplexé. C’est aussi une histoire d’individus dont on saisit les motivations, les drames, les névroses, les passions.

La série est aussi brillamment rythmée. C’est assez rare pour le dire mais aucun épisode (26) ne laisse l’impression de faire du remplissage. L’histoire est si riche qu’une fois commencé, il est difficile d’arrêter le visionnage. Et cela pour deux raisons : la construction interne des épisodes et la construction externe de la série. Les mystères s’épaississent au fur et à mesure que les courses progressent. De nombreux cliffhanger viennent briser les certitudes. Des réponses attendent plusieurs épisodes avant d’être apportées. Et les scénaristes réussissent en toute fin à clore toutes les histoires et à répondre avec cohérence à toutes les énigmes.

Oban Star Racers figure au panthéon des meilleurs séries/animes de course. Originale, belle, inventive, intelligente, elle montrer que la french touch n’est pas un mythe