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      Critique « The Program » de Stephen Frears : Autopsie d’un tricheur

      C’est une histoire bien fascinante que celle de Lance Armstrong. Longtemps admiré d’une nation américaine aveuglée dans sa propre vanité, son rejet par ses pairs n’en fut que plus vif une fois le scandale du dopage rendu officiel, il y a déjà trois ans. C’est donc sans grand étonnement qu’un biopic sur cette figure complexe a vu le jour très rapidement sous la direction du non moins respecté Stephen Frears dont le parti-pris assez virulent déroute lorsqu’on lit ses quelques entrevues sur le sujet.

      Un portrait-charge accablant ?

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      Toutefois, après visionnage, The Program n’apparaît pas comme un film totalement accablant. Même si, tout du long, la caméra suit cet être antipathique avec une certaine distance voire une grande froideur (on retrouve cette patte british si propre à Frears), ce procédé s’avère contrebalancé par des scènes plus intimistes comme celles se déroulant durant son hospitalisation suite au diagnostic de son cancer des testicules. Déroutant dans son montage, le sentiment global qui en ressort n’en est que plus flou. Le spectateur ne déteste ni n’apprécie le cycliste. De cette neutralité du jugement ressort un film hésitant , ou, qui du moins, n’arrive pas à produire l’effet escompté : celui de nous laisser les outils nécessaires afin de pouvoir trancher.

      Un biopic un peu trop dopé 

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      Davantage thriller psychologique que véritable biopic analytique, le résultat se révèle toutefois en demi-teinte et semble un peu trop s’éloigner du sujet. En effet, la grande attention portée au dispositif de dopage (“Le Programme”) se fait au détriment d’une analyse fine de ce personnage pourtant plein de potentialité psychologique. On retrouve ainsi davantage les obsessions de John Hodge (scénariste du film qui a notamment collaboré avec Boyle sur Trainspotting) que celles de Frears qui s’est porté mesuré à des figures beaucoup plus difficiles à appréhender. Toutefois, le caractère survitaminé d’une bonne partie du film qui correspond à l’ascension sportive d’Armstrong, permet de nous tenir en haleine. Entre images d’archives et scènes de cyclisme ultra dynamiques, Frears a su insuffler à son film un aspect plus positif du dopage : celui qui se traduit par une ivresse revivifiante.

      Casting en demi-teinte

      2-The-Program

      Le choix des acteurs a provoqué beaucoup d’émules mais force est de constater que Ben Froster se révèle convaincant. Son interprétation hypnotique nous fait parfois oublier le manque de ressemblance avec Armstrong qui possède d’ailleurs des mimiques si particulières et identifiables qu’il est bien regrettable qu’elles aient été éludées. Concernant le reste du casting, on patauge à moitié. Si Lee Pace, Jesse Plemons et le toujours satisfaisant Denis Ménochet remplissent le cahier des charges, on peine à être convaincu par Guillaume Canet dans le rôle du docteur Ferrari. Manquait-on à ce point de d’acteurs italiens débrouillards en anglais pour engager ce frenchy qui se révèle bien cabotinant ? Quant à Chris Owd, il manque bien trop de subtilité. Le rôle de David Walsh qui constitue d’ailleurs un des deux points de vue angulaires du film, semble trop lourd pour lui et il  n’arrive pas à nous faire oublier ses petits rôles dans des comédies girly.

      The Programm s’avère ainsi ironiquement « trop programmé ». Bien que maîtrisé et plus divertissant que la plupart des biopics actuels, il déçoit par sa maladroite appréhension d’un personnage aussi complexe et fascinant et dont l’histoire aussi digne qu’une tragédie germanique méritait un traitement plus approfondi.

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