Berlin Berlin : entre 4 murs derrière le mur

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berlin berlin critique
critique de la pièce berlin berlin

C’est une des fameuses pièces à molières qui est jouée depuis maintenant plus de deux ans. Berlin Berlin fait du bruit derrière les murs du théâtre Fontaine et l’écho des rires s’étend jusqu’au bout de la France. La curiosité pousse alors le bon public que nous sommes à se rendre à Berlin Est pour une soirée. 

Nous arrivons in medias res dans le salon, richement décoré de symboles communistes, de Werner Hofmann (Pierre-Olivier Mornas). Homme influent de la Stasi mais benêt à souhait, fils à maman qui ne vit que dans ses fantasmes. Sa mère, sénile et gâteuse, qui était autrefois fanatique du parti communiste en chantant haut les chants du chœur de l’armée rouge, a besoin d’une nouvelle auxiliaire de vie. Entre en scène Emma (Lysiane Meis )et Ludwig (Loic Legendre), un couple qui souhaite passer à Berlin ouest. Emma se fait passer pour une nouvelle aide à domicile car un passage secret mène de l’autre coté du mur.

Son mari, homme simple d’esprit, exécute le plan d’Emma et creuse. Cette dernière travaille avec un infirmier (Michel Lerousseau) qui n’est autre qu’un espion, et va devoir jongler avec la passion amoureuse de Werner à son encontre.  Pour que le plan réussisse, les rôles s’interchangent. Ce vaudeville remplit de situations comiques et burlesques est dédié à tous ceux qui ont le rire franc. Merci à Patrick Haudecoeur, Gerald Sibleyras et José Paul.

Berlin Berlin : Une soirée pour rire aux éclats

Grâce au titre Berlin Berlin, nous avons déjà un avant-goût du drame. Berlin Berlin, qui évoque à la fois la ville de départ et la destination, nous ramène inévitablement à l’histoire de ce mur qui a tranché la ville en deux. Le redoublement du terme annonce aussi le comique de situation et de répétition de la pièce et, par élargissement, le grotesque de la situation historique. Cette histoire a créé des taupes humaines, dans les deux sens du terme, au nom de la liberté. 

En effet, la thématique est basée sur l’Histoire, et bien qu’elle ait eu des conséquences graves, elle est aussi un sujet grotesque par excellence : un mur qui sépare une ville. La trame de ce vaudeville est tissée par tous les comiques de situations, de gestes et de mots pour déclencher nos rires bon enfant.  Les rencontres fortuites entre les personnages, les entrées et les sorties, les manquements, les rencontres nez à nez, les bégaiements, les visages, les corps qui se tordent pour rire ou se cacher.

D’ailleurs, Michel Lerousseau est un maitre de la gestuelle comique, et les silences si bien amenés nous font, nous aussi, nous tordre de rire. Ils nous entrainent avec eux dans ce rythme effréné, où chaque moment est propice à un quiproquo et donc à une nouvelle situation de laquelle il faut sortir.

Ce sont des intrigues à nœuds complètement burlesques. A tout instant, les personnages deviennent acteurs et doivent improviser ; et quoi de plus savoureux de voir jouer à un acteur le jeu de l’improvisation. Chaque situation est amenée par la répétition des alternatives : « Première option la Sibérie où ! ».  Dilemmes qui n’en sont pas puisque le couple choisira toujours la deuxième option et nous mènera vers le chemin du risque. Le comique de répétition, qui est peut-être la signature de la pièce, vous suivra aussi avec la chanson clichée de kalinka. Entrainante et dansante, elle endort pourtant la vieille dame. 

Un décor pour ne pas oublier  

Le vaudeville ouvre sa scène sur deux pièces à la fois. Dans le salon de Werner et dans les bureaux de la Stasi, où le commandant chef n’est autre que la femme de Werner (Raïssa Mariotti), aussi rigide et fade que le mur qu’elle soutient. Ses habits sont ternes, d’un gris bleu maussade et coupés à la militaire. 

Le salon est décoré d’un papier peint kitch bombardé de symboles communistes. Au fond, se dresse une petite bibliothèque remplie des œuvres du parties. Et la seule touche décorative est une énorme fiche de propagande. La porte d’entrée et les contours de la fenêtre, fenêtre qui offre une vue sur le mur, sont d’un rouge vif. Symbole de l’alerte et du danger qu’Emma ne perçoit pas. D’ailleurs, le rouge est aussi la couleur de la faucille et du marteau et des taches de sang sur les tissus et gants blancs au dehors de la salle de torture. Tout est absolument caricaturé et grossier, une démesure dans les signaux pour rassurer les agents de la Stasi. 

Le bureau est aussi chargé et rempli de documents, et encore des documents. Le souci du détail est le motif comique de la scène mais sert à rappeler l’arrière-plan de la fenêtre. La musique aussi a un rôle dans le travail de la mémoire, tant pour la mère de Werner, que pour la patrie qui chante toujours les mêmes refrains de l’armée Rouge, et le violoniste est aussi adulée dans ces scènes. Un rythme répétitif, et plus tard, complètement dissonant rappelle aux spectateurs le caractère hypnotique que peuvent avoir certains discours qui utilisent toujours la même rengaine. 

Les femmes ont aussi un rôle d’acier dans la pièce, laissant les hommes soumis à leur autorité. Posant peut-être la question métaphorique de la mère patrie de l’époque qui éduquait les hommes pour les uniformes.  

Conclusion : 

En somme, Berlin Berlin qui se déroule sur la toile de fond des années 80, à la fin de la guerre froide, qui mobilise et s’appuie sur un sujet sérieux, est absolument rocambolesque et loufoque. Elle nous fait rire toute la durée du spectacle. Cette comédie, qui utilise la rétrospective historique, nous fait nous demander sur combien de faits historiques, aussi grotesques que ce mur, allons-nous pouvoir encore rire dans l’avenir?

En tout cas, si vous avez l’urgence du rire, n’hésitez pas à aller voir cette comédie au théâtre des Nouveautés. Elle est savoureuse.