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      Le Jeu de la Dame : nouveau bijou Netflix avec Anya Taylor-Joy

      Mini-série sortie le 23 octobre 2020 sur Netflix, le Jeu de la Dame est sur toutes les lèvres. L’histoire, dont on se délecte jusqu’à la dernière minute, s’inspire du roman éponyme de Walter Tevis paru en 1983. Côté distribution, Anya Taylor-Joy (Split, The Witch) interprète Beth Harmon, Harry Melling (Harry Potter) joue le rôle d’Harry Beltik et Thomas Brodie-Sangster (Le Labyrinthe, Love Actually) incarne un Benny Watts aux allures de Crocodile Dundee.

      Lexington, Kentucky, au début des années 1950. Elizabeth Harmon survit dans une roulotte délabrée avec sa mère Alice, une brillante mathématicienne aux tendances psychotiques. Après un tragique accident de voiture qui la prive d’Alice, Elizabeth est prise en charge par les services sociaux. Seule et sans repère, elle intègre le prestigieux orphelinat Methuen, dirigé d’une main de fer par Helen Deardorff. Désormais forcée de se plier au dogme de la froide directrice, Beth doit devenir une jeune chrétienne bien éduquée. Au détour d’un couloir, elle fait soudain la connaissance de M. Shaibel, un concierge aux airs rustres passionné d’échecs…

      Plateau d'échecs dans le jeu de la dame

      Beth Harmon, une femme plongée dans un monde masculin

      Après seulement quelques minutes de visionnage, le ton est donné. Comme le dit si bien M. Shaibel, « girls do not play chess ». Femme dans un univers dominé par les hommes, la route jusqu’au sommet a tout d’un parcours du combattant. Lors d’une visite à Methuen, le leader d’un club d’échecs offre à Beth Harmon une poupée. À seulement neuf ans, celle-ci comprend alors que son plus grand opposant ne sera pas le jeu, mais le sexisme. Sans cesse ramenée à sa condition de femme par ceux qui l’entourent, Beth n’abandonnera pas pour autant son rêve. À force d’obstination, elle obtiendra d’un Shaibel d’abord antipathique qu’il l’initie aux échecs. Une découverte aux allures de révélation pour la jeune orpheline, mais également le début d’un cercle vicieux inarrêtable. « You’ve got a gift, and what it costs » : car le don de Beth a un prix, celui de l’addiction.

      Beth Harmon et M. Shaibel dans Le Jeu de la Dame
      Beth demande à M. Shaibel de lui apprendre à jouer aux échecs

      Le Jeu de la Dame, entre addiction et solitude

      Le passé de Beth est flou : enfant que l’on devine illégitime, elle vit ses premières années sans père. Elle reçoit l’éducation d’une mère addicte, névrosée et dépourvue de repères. Lorsqu’elle débute un nouveau traitement en arrivant à Methuen, l’esprit fertile de Beth amorce une longue descente aux enfers. Sur le conseil de Jolene, une camarade plus âgée, Beth décide d’avaler les tranquillisants au coucher, pour mieux dormir. Il n’en faut pas plus pour que le miracle se produise  et se répète à chaque prise. Sous l’empire des tranquillisants, la fillette se met à halluciner des parties d’échecs sur le plafond de sa chambre. Obsédée par les échecs, devenus une échappatoire, Beth augmente les quantités de pilules jusqu’à perdre le contrôle.

      Beth a des hallucinations dans le jeu de la dame
      Les hallucinations de Beth

      Anya Taylor-Joy star d’un drame à la réalisation léchée 

      Tous les éléments concourent à plonger le spectateur dans un univers unique et chargé d’émotion. La bande originale, signée Carlos Rafael Riveira, souligne la superbe direction artistique de Thomas Charlet. Dès le début, la magnifique harmonie des couleurs de l’épisode pilote avait de quoi réjouir les amateurs d’esthétique. Les cheveux roux de Beth rappellent la teinte des tables, de l’uniforme de sa camarade Jolene et des « vitamines ». Les pilules tranquillisantes, plus tard indissociables du personnage de Beth, s’accordent avec sa robe verte, ainsi qu’avec les murs. On note également une superbe utilisation de la caméra subjective lorsque Beth se retrouve sous l’emprise de la drogue.

      L'utilisation des couleurs dans Le Jeu de la Dame
      L’utilisation des couleurs dans l’épisode pilote du Jeu de la Dame

      Une oeuvre féministe signée Scott Frank

      Dans le fond comme dans la forme, Le Jeu de la Dame brille par son âme féministe. Le chemin est long pour les femmes dans le milieu des échecs… Contrainte de jouer contre une femme lors de son premier tournoi, on rappelle gentiment à Beth qu’il n’existe pas de ligue féminine d’échecs. Beth et son adversaires se voient même reléguées à la table des boissons pour disputer leur partie, tandis que les hommes disposent de tables aménagées. Constamment attaquée sur son attitude, Beth est jugée « trop apprêtée pour être une joueuse sérieuse » par les journalistes, qui préfèrent épiloguer sur son genre plutôt que sur ses exploits dans leurs articles. Encaissant les déconvenues avec maturité, Beth devient une joueuse redoutable qui écrase ses adversaires avec fermeté. Ses mains semblent danser sur le plateau dans une chorégraphie pleine de grâce.

      Anya Taylor-Joy en Beth Harmon dans Le Jeu de la Dame
      Anya Taylor-Joy en Beth Harmon dans Le Jeu de la Dame

      Élégante et d’un calme hypnotisant, Beth Harmon est un véritable génie à l’âme torturée. La réalisation et le story-telling, particulièrement soignés, nous immergent dans une histoire émouvante qui laisse un vide une fois la série terminée. Scott Frank fait de chaque partie d’échecs une course exaltante et pleine de tension que l’on suit presque à bout de souffle. Une chef d’oeuvre à visionner de toute urgence !!

      Lucile Carpentier
      Passionnée de cinéma de genre et de réalisation, j'écris également à mes heures perdues sur la page instagram @cinelulu !

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