Festival du film américain de Deauville 2015

Festival du film américain de Deauville 2015

Depuis le 4 septembre se tient le Festival du film américain à Deauville 2015. Just Focus a eu la chance d’y passer quelques jours et vous rapporte des nouvelles croustillantes ! IMG_0680-72

Comme chaque année, le festival propose un certain nombre d’avant première.

Le festival s’ouvrait sur le film Everest de Baltasar Kormakur avec Jason Clarke et Jake Gyllenhaal :
Nous n’avons pas eu l’occasion de voir ce film !

Keanu Reeves était invité d’honneur du festival et venait présenter le film d’Eli Roth : Knock, Knock

Divertissant, sans prétention et un peu gratuit… Mais complètement barré ! Ne pas chercher de morale, il n’y en a pas. Le personnage principal, incarné par Keanu Reeves, se fait complètement malmener par un duo d’actrices pétillantes et déjantées : Lorenza Izzo et Ana de Armas. Le jeu d’acteur est bon, le rythme soutenu. On sent parfois un malaise, mais quelques touches d’humour viennent détendre l’atmosphère de ce thriller à la Very Bad Things. Eli Roth sort du gore et revendique n’avoir versé qu’une seule goutte de sang dans un film à prendre au premier degré.

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Just Focus a pu assister à l’avant première de Life en présence de Anton Corbijn et de Dane DeHaan.
Robert Pattinson, grand absent du festival, était sur un tournage mais a enregistré un message pour le public, diffusé avant la séance, où il remercie le festival de l’avoir désigné comme « Rising Star ».

Life narre la rencontre entre Dennis Stock, futur grand photographe du magazine Life et une des étoiles filantes du cinéma américain : James Dean. Ce film touchant souffre d’un rythme un peu lent et de quelques minutes de trop, mais c’est un petit bijou. Belles prises de vues, superbe performance pour Dane DeHaan qui nous livre un James Dean crédible, rebelle et perdu. Une sublime photographie et une façon intelligente de remettre en scène les photos de Dennis Stock. Soyons indulgents… Robert Pattinson prend lui aussi de la bouteille. Ce film, qui n’a pas pour vocation d’être un biopic, raconte avec délicatesse et une intimité pudique une tranche de la vie de James Dean.

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Un biopic cette fois, Le Prodige, réalisé par Edward Zwick avec Tobey Maguire et Liev Schreiber.

Film sur la vie de Bobby Fischer, grand joueur d’échec qui devint champion du monde face au russe Boris Spassky en pleine Guerre Froide. C’est ce contexte qui est particulièrement souligné dans le film, donnant lieu à d’excellentes scènes de paranoïa, superbement interprétées par les deux acteurs principaux. On découvre le génie de ce jeune joueur d’échec, exigeant, qui marqua son époque. Pour les non-initiés, on se sent parfois perdu dans les descriptions des stratégies et pendant les parties, mais c’est surtout la mise en abyme avec le contexte politique qui est filmée de façon pertinente et intéressante. Bobby Fischer, égérie et héros américain à sa façon, est surtout une victime d’un système en crise tel que connu les Etats Unis pendant la chasse aux sorcières.

Dernière avant première à laquelle nous avons pu assister : Experimenter de  Michael Almereyda avec Peter Sarsgaard et Winona Ryder.

Excellent biopic sur la vie de Stanley Milgram, à qui l’ont doit l’expérience sur l’obéissance à l’autorité encore très controversée aujourd’hui. On craint au départ que le film ne parle que de cette expérience qui consistait à demander à deux volontaires de jouer le rôle d’élève et d’enseignant, l’enseignant pouvant corriger son élève à chaque mauvaise réponse en lui infligeant une décharge électrique de plus en plus élevée. Même si cet aspect important de la vie de Stanley Milgram est très présent dans le biopic, on est aussi soulagé que le réalisateur fasse aussi allusion à d’autres recherches sociologiques toutes aussi passionnantes. On retrace les étapes clefs de la vie de Milgram et le personnage s’adresse aux spectateurs à plusieurs reprises pour le prendre à parti, pour lui raconter sa vie ou tout simplement pour lui expliquer sa démarche, ses doutes, ses craintes. Quelques absurdités (un éléphant), une mise en scène parfois étonnante avec des décors sous formes de projections d’images d’époques dans lesquelles les acteurs évoluent. Ce film est véritablement d’actualité et permet de remettre sur le tapis une interrogation sociologique capitale : notre capacité à torturer quelqu’un et à nous décharger de la culpabilité de nos actes en la rejetant sur une autorité, comme ce fut le cas pour beaucoup de tortionnaires nazis.

La compétition du cinéma indépendant américain

Nous n’avons pu assister qu’à deux projections de film en compétition, mais pas des moindres ! Les chansons que mes frères m’ont apprises, premier long métrage de Chloé Zhao.

Mon premier coup de cœur du festival ! Un film d’une beauté et d’une simplicité avec une bande originale tendre et des images à couper le souffle. Une très belle photographie sert cette fresque humaine. C’est l’histoire émouvante de Johnny qui aimerait quitter la réserve indienne avec sa petite amie, mais hésite à abandonner sa petite sœur qu’il affectionne plus que tout. La petite Jashaun St. John est sublime, un rayon de soleil, et John Reddy (Johnny) est d’une sincérité douce et terrible à la fois. Le contexte est poignant de réalisme et met en lumière une problématique trop souvent oubliée des Etats Unis : le fléau de l’alcool, dévastateur dans les réserves, et qui continue de nuire aux natifs américains. C’est l’histoire d’une nation qui cherche encore sa place et qui tente d’exister, parquée dans des mouroirs, sans avenir, et dont le héro, Johnny, veut s’échapper. Jashaun, quant à elle incarne la nouvelle génération, celle qui sauvera peut être son peuple. Elle est ce lien spirituel entre le passé et le présent, entre la tradition de la tribu sioux lakota et son combat pour la survie dans la nouvelle Amérique. Le film est marquant sans tomber dans le pathos et on s’attache aux personnages perdus dans un décor désertique magnifique et cruel à la fois. C’est une très belle réussite pour Chloé Zhao !

Tangerine de Sean Baker

Sean Baker réalise ici une belle prouesse : un conte de fée moderne raconté avec un iPhone 5S. Complètement déjanté dès le début du film, Tangerine est une course haletante dans les bas fond de Los Angeles. On y suit Sin-Dee tout juste sortie de prison à la recherche de sa rivale. Ce film est tout simplement revigorant ! Un rythme effréné avec des prises de vues incroyables pour l’outil utilisé. Un jeu d’acteur époustouflant avec Kitana Kiki Rodriguez et Mya Taylor deux transsexuels à la langue bien pendue et au flow imperturbable. Beaucoup d’humour, de dérision pour nous immerger dans un monde cruel et impitoyable. On sent beaucoup de tendresse et un profond respect de la part du réalisateur qui va jusqu’à filmer avec pudeur une scène de sexe lors d’un lavage de voiture. On se laisse complètement embarquer dans cette quête absurde de vérité et la chute est cocasse… Explosive ! Amour, revanche… le retour à la réalité est dur pour ces personnages tous attachants, mais c’est finalement l’amitié qui l’emporte. Il y a un bel appel à plus de tolérance envers une communauté encore décriée et discriminée dans ce cocktail coloré et pimenté. Bravo Sean Baker !

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 Les hommages

A l’honneur cette année des acteurs prestigieux comme Ian McKellen, Keanu Reeves, Patricia Clarkson, des réalisateurs comme Terence Malick, Michael Bay ou Orson Welles et le producteur Lawrence Bender.

L’occasion de redécouvrir quelques un de leurs films les plus connus. On pouvait ainsi assister à la projection exceptionnelle de Citizen Kane en version restaurée, revoir le Dracula de Coppola, mais aussi des films comme Matrix, la communauté de l’anneau, l’excellent Zulu où Orlando Bloom donne la réplique au merveilleux Forest Whitaker, Gods ans Monsters où le cabotin Ian McKellen taquine Brendan Fraser, ou enfin Good Night, and Good Luck avec la rayonnante Patricia Clarkson.

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Le festival prendra fin dimanche soir avec la remise des prix de la compétition 2015. L’année dernière, le grand prix avait récompensé Whiplash de Damien Chazelle.

On croise les doigts pour les deux films que nous avons pu voir, même si au fil des discussions avec les festivaliers, le choix semble pencher pour 99 Homes de Ramin Bahrani. Il reste encore plein de surprises à venir : Ian McKellen sera présent dès aujourd’hui sur les planches de Deauville et il reste encore de beaux films à découvrir : Mr. Holmes, Danny Collins, Knight of Cups de Terrence Malick, Le prophète… et Sicario de Denis Villeneuve qui sera le film de clôture.  

Plus d’informations sur le site du festival

Photo : Anouck ZANA – Noucky ZAN

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