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      Nos impressions sur le film Norwegian Wood, La Ballade de l’impossible

      Voici nos impressions sur le film Norwegian Wood, réalisé par Trần Anh Hùng  d’après le cinquième roman de l’écrivain japonais Haruki Murakami, paru en 1987 au Japon. Film d’une extrême qualité visuelle qui utilise, comme à l’habitude du réalisateur vietnamien, des symboles, des situations, des chansons, des jeux de caméra pour optimiser au mieux l’interaction avec le spectateur. Tous ces éléments nous plongent dans une atmosphère aussi intimiste que troublante, elle nous touche, nous embarque, comme si un ami nous racontait l’histoire de sa vie.

      Synopsis

      L’histoire, relatée en voix off par Toru, tourne autour de sa jeunesse, de la découverte de la sexualité, de l’amitié. Des conséquences d’un suicide.

      Naoko, Toru, et Kizuki sont de très bons amis. Naoko et Kizuki se connaissent depuis l’enfance et s’aiment. Un jour et sans aucune raison apparente, Kizuki se suicide. Accablé par la peine, Toru décide d’aller étudier à Tokyo. Quelques années plus tard, il rencontre Naoko à nouveau, perturbée et instable et en tombe amoureux.

      Mais suite à leur première nuit, la jeune fille disparaît sans laisser de traces et Toru se voit à nouveau confronté à la perte d’un ami. Naoko finit par lui écrire depuis un sanatorium au milieu de la forêt à Kyoto. Incapable d’aimer Toru et perturbée par le suicide inexplicable de Kizuki, elle sombre petit à petit dans la folie devant les yeux impuissants de Toru.

      C’est à ce moment-là qu’il rencontre Midori, jolie et sûre d’elle-même. Il devra choisir entre les deux jeunes filles. Son passé et son futur.

      Distribution

      Rinko Kikuchi  :  Naoko
      Ken’ichi Matsuyama  :  Toru Watanabe
      Kiko Mizuhara  :  Midori
      Tetsuji Tamayama  :  Nagasawa
      Kengo Kôra  :  Kizuki
      Reika Kirishima  :  Reiko Ishida
      Eriko Hatsune  :  Hatsumi
      Shigesato Itoi  :  Professeur  de Théâtre
      Tokio Emoto
      Takao Handa  :  Père de Midori

      Fiche technique

      Titre: La ballade de l’impossible, Noruwei no mori (Titre original), Norwegian Wood
      Réalisateur: Tran Anh Hung
      Scénaristes: Tran Anh Hung (basé sur le roman d’Haruki Murakami, La Ballade de l’impossible)
      Musique : Jonny Greenwood
      Photographie : Mark Lee Ping-Bin
      Pays: Japon
      Langue: Japonais
      Date de sortie: 4 mai 2011 (France) 2 Septembre 2010 (Venise) 11 Décembre 2010 (Japon)
      Lieux de tournage: Tokyo, Tonomine, les hauts plateaux de Mineyama et la côte de Kasumi ,Japon
      Durée: 133 min

      Critique et impressions

      Parallélisme entre la chanson de John Lennon et le film

      Au cours des années 60, John Lennon a écrit une chanson parlant très subtilement de l’infidélité. Il est évident qu’il ne voulait pas que sa première femme soit au courant ou capte le vrai sens. Il raconte « avoir eu une femme » ou que plutôt que c’est « elle qui l’a eu, puisque c’est elle qui a pris l’initiative ». Elle lui demande de s’asseoir n’importe où et c’est là qu’il remarque qu’il n’y a pas de chaise. Il s’assoie donc sur un tapis qui se trouve sur du bois norvégien. Cette petite constatation en fin de paragraphe faisait allusion probablement au parquet de cette matière, très en vogue aux années 60. Cela dit, de la part de John Lennon, le sens peut être tout un autre. Et puis… premier rapport entre Naoko et Toru sur ce parquet qui paraît froid et dénoué de tout romantisme. Et puis, comme dans la chanson, c’est elle qui prend l’initiative.

      Choix du titre

      Il est clair que le choix du titre n’est pas anodin. Une chanson des Beatles marque tout de suite une époque. Elle a le pouvoir de nous plonger illico dans une période, épargnant une description exhaustive de la situation, permettant à notre cerveau de s’intégrer aussitôt dans cette même situation. Les différents styles des Beatles se sont bien inscrits dans le temps. À cette époque, George Harrison venait de découvrir la cithare et l’introduisait pour la première fois dans la chanson « Norwegian Wood ». Voilà un détail très ancré et absolument inhérent aux années 60. Cette même cithare ne fait que confirmer ce nuage contemplatif qui colore le film d’une étrange et pour le moins singulière ambiance d’incertitude.

      Beatles. George Harrison (et toute la planète) en quête d’illumination. Années 60. Guerre du Vietnam. La jeunesse japonaise se révolte contre un système conservateur et traditionaliste, cherche un moyen de s’affirmer, découvre la sexualité sans tabou, exprime sa défaite à travers les influences du moment. C’est le tableau très méthodique d’une époque qui changera les esprits à jamais. Mais… le but de Norwegian Wood est-il de nous dépeindre une époque de transition et de mal-être ou bien s’agit-il de la chronique d’un suicide, avec tout ce qui en découle ? Le fil conducteur ne serait-il pas cette sexualité très caractéristique d’une révolution extérieure mais surtout d’une mise au point intérieure ? Cherche-t-on à travers cette sexualité à prendre racine et trouver ses repères ? Naoko ne peut pas faire l’amour, elle s’envole victime de ses démons à l’instar de Toru qui semble prendre de l’assurance chaque fois qu’il a des rapports.

      Norwegian Wood

      Tran Anh Hung : Style riche en symboles

      Le choix des chansons joue un rôle primordial dans le contexte que Tran Anh Hung a voulu donner au film. Réalisateur vietnamien du surprenant et singulier « I come with the rain », il s’acharne comme d’habitude à nous représenter méticuleusement des événements sans prendre de gants. Même si son style est très détourné et biscornu, comme dans son film précédent, et qu’il se sert souvent de symboles, une fois le puzzle achevé, la réalité vous saute aux yeux. Elle vous les croque, même. C’est vraiment un parallèle de la forme dont John Lennon se servait de ses textes. La plupart du temps, il n’y avait que lui qui savait de quoi il parlait !

      Choix des chansons

      Après la disparition de Naoko, l’incompréhension de Toru se voit traduite plutôt que décrite, par l’atmosphère angoissante et hypnotique du groupe allemand CAN. Les rythmes répétitifs de la basse et la batterie nous mettent en face de la détresse du jeune homme et de sa volonté d’aller de l’avant. Ils nous introduisent au coeur de la détérioration de la santé mentale de Naoko. Norwegian Wood n’est pas une simple histoire d’amour mais plutôt la description très crue du suicide, de ses conséquences. Des paysages (« Wood » pourrait-il faire plutôt allusion à la forêt ?) magnifiques qui explosent les non-dits, une sexualité très sensuelle mais très maladroite limitée par l’âge des personnages. Chaque élément arrive sur l’écran sans l’oubli du moindre détail.

      Norwegian Wood, chanson préférée de Naoko, donne son titre à un film qui parle de la perte, pas seulement de l’être aimé, mais d’une innocence piétinée par l’épanchement de la conjoncture et de ses conséquences. La scène où Toru et Midori tournent en rond et en décalé dans la pièce en est flagrante. On se cherche mais on n’arrive pas à se trouver. Ou la référence au livre de Thomas Mann, la montagne magique. Toru est en train de lire ce roman lors de sa première visite à Naoko dans la forêt. Naoko et les patients de la montagne magique aspirent tous au salut en s’isolant de la société. Arrivent-t-ils à le trouver ?

      Norwegian Wood
      Norwegian Wood

      Paul McCartney…

      Paul McCartney a ajouté une toute petite contribution à la chanson en conseillant à John Lennon de mettre le feu à la pièce ce qui, malheureusement, tombe comme un cheveu sur la soupe et casse le climat nonchalant de la composition. « Et quand je me suis réveillé, j’étais seul. Cet oiseau s’est envolé. J’ai donc allumé un feu, est-ce que c’est bien? Bois norvégien ». Toru hurle de douleur au milieu d’une nature puissante. Par son acte, Naoko a mis le feu dans son coeur. Ses cris sont aussi impressionnants que les eaux déchaînées de la mer s’infiltrant dans les rochers. Et puis, une bonne habitude asiatique, après la catastrophe, le calme plat. Il est temps de souffler.

      CAN

      Une fois de plus, Tran Anh Hung choisi Jonny Greenwood pour la bande originale et nous fait grâce de très bons morceaux du premier album de Can, groupe de rock expérimental et rock psychédélique allemand. Sous l’emprise du chanteur et sculpteur Malcolm Mooney, leurs compositions épousent parfaitement l’ambiance (l’épousent ou la créent ?) et avec l’aide du génie Mark Lee Ping-Bin, directeur de photographie de Wong Kar-wai, elles rendent la forêt plus verte et inaccessible, les scènes d’amour plus charnelles. Mais pérennisent aussi le manque d’oxygène, le brouillard qui s’est installé depuis le suicide de Kizuki. Le choix de Can, confirme encore ce besoin du détail de Tran Anh Hung. Comme dans une chasse au trésor, il nous laisse des indices, ajoute des coups des pinceaux chantés par un Malcolm Mooney en pleine dépression nerveuse qui doit, peu après, quitter le groupe pour épargner sa santé mentale. Un parallélisme évident avec l’état de Naoko.

      Une fin libératrice pour Norwegian Wood

      Le film est raconté par Toru à la première personne. Tous les aléas de la vie le forgent, font de lui l’homme qu’il est devenu. Nous sommes témoins de son évolution et fiers de sa décision ultime. Des événements très graves peuvent enfoncer une personne mais peuvent aussi la rendre plus forte. Voilà la morale très libératrice qui se concrétise au moment où nous entendons John Lennon chanter au générique, aussi faussement insouciant que d’habitude.

      Soundtrack

      « Bit About Yourself, You Want to Properly »
      « Meadows, Wind, Groves »
      « Mary, Mary, So Contrary », Can
      « Since I’ll Come to See You Again »
      « Don’t Read Things That Have Not Had the Baptism of Time »
      « Reiko »
      « Bring Me Coffee or Tea », Can
      « Naoko Has Died »
      « Shut Up Like a Good Boy »
      « I Walked About Aimlessly »
      « Quarter Tone Bloom »
      « Don’t Turn the Light On, Leave Me Alone », Can
      « When You Take Me, Take Only Me »
      « Severe Auditory Hallucinations »
      « Indian Sumer », The doors
      « Deadlock », Can

      Professeur : Le mythe d’Andromaque raconte l’histoire d’un amour inaliénable et de ses conséquences tragiques.
      Etudiant : L’université de Baseda est en grève. C’est la guerre au Vietnam. Il y a plus important que les tragédies grecques.
      Professeur : Je ne crois pas qu’il y ait au monde sujet plus important que les tragédies grecques. Mais faites comme vous voulez.

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