[Critique] Ça de Stephen King: terreur et mystère

JustFocus vous propose une critique d’un chef-d’oeuvre de la littérature d’horreur: Ça de Stephen King. Etes-vous prêt.e.s à flotter? 

  • « Nous avons tous promis que nous reviendrions si ça recommençait. Je crois que c’est qui se passe. »

Derry, Etat du Maine, 1957. 

L’histoire de Ça commence dans la petite ville de Derry, calme et a priori sans problèmes, lorsque George, petit dernier de la famille Denbrough, décède mystérieusement suite à ses blessures dues à une attaque, laissant ses parents et son frère dans un chagrin inconsolable. 

Les mois défilent et de plus en plus d’enfants de la ville disparaissent, créant une atmosphère inquiétante et anxiogène planant sur la ville de Derry. 

Bill Denbrough ne se remet pas de la mort de son frère. Il décide alors, accompagné de ses ami.e.s, de mener l’enquête, et de comprendre enfin la raison de la disparition de ces enfants. Rapidement, ils vont s’apercevoir qu’ils devront confronter un monstre se nommant Grippe-Sou le clown dansant… 

Ça est un roman à l’histoire plutôt simple, mais futur.e.s lecteurs.trices, il faudra s’accrocher! Ça est un long roman complexe et passionnant qui nous fera passer par tous les types d’émotions. Au cours des 1500 pages (en édition du Livre de Poche, tome 1 et 2) vous serez totalement happé.e.s par la folle aventure de sept personnages, qui se battront jusqu’au bout contre le mal. 

 

Un livre hors norme

Le livre commence avec la mort du petit George en 1957, puis dès le chapitre suivant, l’auteur décide de nous faire faire un grand pas dans le temps en nous projetant en 1984, où un meurtre va encore se produire. Ces deux premiers chapitres nous donnent d’ores et déjà une bonne impression de ce que sera Ça: glauque, violent et angoissant. Durant ces premières pages, nous retrouvons également de façon similaire le même personnage qui semble être à l’origine des assassinats de George et d’Adrian Mellon: le monstre « Ça », Grippe-Sou. 

Tout au long du roman, le temps s’entre-mêle: King joue sur la temporalité en passant du récit en 1958 à celui de 1985, où le Club des Ratés se retrouve vingt-sept ans plus tard, car ils s’étaient promis de se retrouver si ça recommençait. Ce club se compose de Bill le bègue, Beverly la trainée, Richie le bigleux, Ben le gros, Mike le Noir, Stan le juif et Eddie l’asthmatique. Vous l’aurez compris, tous et toutes étaient des rejeté.e.s des cours de récré. 

Cette structure à la fois si décousue et si bien ficelée, construit – entre autre – la caractère de ce roman. Le rythme est également parfaitement maitrisé. On sent que la lecture va à crescendo. Plus le roman avance, plus les actions se passent vite et plus nous sommes pris.e.s par la vivacité des évènements. Sur les derniers chapitres du livre, King nous fait passer de 1958 à 1985 en quelques lignes puisque les chapitres s’enchainent comme s’il s’agissait du même moment et de la même action avec les mêmes personnages, alors que ceux-ci se passent à vingt-sept ans d’intervalle… Grosso modo, nos sept personnages vont devoir recourir aux mêmes aventures en 1958 et en 1985 car comme vous l’aurez compris, Ça n’était pas mort après leurs premières investigations en 1958. Afin de nous faire davantage perdre la notion du temps, King n’hésite pas à ne même pas finir ses phrases entre chaque chapitre, nous plongeant encore plus de manière floue d’une période à l’autre. 

 

Un livre terrifiant 

Ça est un livre d’horreur, et cela se ressent à travers le rythme du récit. La première partie du roman est plutôt calme et nous fait comprendre les choses étranges qui se passent à Derry, le.a lecteur.trice doit s’imprégner lentement de cette angoisse permanente pesant sur la ville. La deuxième partie, bien plus énergique est de plus en plus bizarre, et nous mène soigneusement vers la fin de l’histoire, dont on en finira les dernières pages essoufflé.e.s. 

En effet, tout au long du roman nous allons être confronté.e.s à la ville de Derry et son climat lourd et inquiétant. Tout y est bizarre: les meurtres, les habitants, les évènements qui s’y passent… et bien sûr tout cela est dû au fait que « Ça » hante cette petite ville du Maine… Finalement, ce n’est pas vraiment Grippe-Sou qui est terrorisant, mais la présence malsaine flottant au dessus de la ville.

« You’ll float too.. »

 

Des personnages bienveillants et attachants

Au delà de l’histoire d’épouvante, Ça est aussi et avant tout une histoire humaine. Notre Club des Ratés est une magnifique bande d’ami.e.s, qui nous prouve que l’amitié est plus forte que tout, et que les liens d’amour peuvent combattre les maux les plus puissants. Finalement, lorsque l’on finit Ça, on se sent presque seul car nous voudrions continuer à vivre avec cette bande des Ratés, et rester en leur compagnie. Ils sont drôles, intelligent.e.s, attachant.e.s et courageux.ses. Le livre mêle à la fois bonheur, légèreté et humour lorsque nous sommes en compagnie de nos héros, avec terreur, angoisse et obscurité lorsque nous sommes confronté.e.s à « Ça » … 

On ne peut pas ressortir indemne de Ça. Ça est un vrai roman psychologique, car le monstre touche à ce qui nous fait le plus peur au plus profond de nous. En psychanalyse, le Ça est la partie de nous la plus enfouie qui est totalement inconsciente, que nous ne pouvons contrôler: « C’est l’instance dominante chez un nourrisson qui ne fait pas la part entre réel et imaginaire et a un sentiment de toute-puissance. » 1. Autrement dit, Ça s’attaque à ce qu’il y a de plus profond en nous, et nous consomme à petit feu. Le combat que nous menons avec nos sept personnages au cours du livre, est l’un des plus intenses que l’on puisse connaitre au cours de notre vie de lecteur. 

 

Un coup d’oeil sur l’adaptation cinématographique sortie le 7 septembre 2017, de Andrés Muschietti: 

Dans ce premier volet sorti récemment au cinéma (le deuxième prévu pour 2019), nous suivons les enfants en 1957-1958. Le prochain volet nous fera suivre le retour de Ça en 1985. 

L’adaptation est très bien réalisée, et très fidèle au livre. On y retrouve les enfants drôles et attachants, en vivant toujours dans cette atmosphère morbide. Grippe-Sou est extrêmement bien réalisé, avec un maquillage incroyable; personnellement je trouve qu’il fait encore plus peur que l’imaginaire que je m’étais créé dans le livre.. 

Globalement, l’histoire est très bien condensée, montrant chaque aspect important de l’histoire, en nous procurant toutes les ressentis nécessaires: rires, angoisse, stress, épouvante et malaise. 

 

Alors, êtes vous prêt.e.s à vivre à Derry le temps d’un roman? 

 

  1. Sigmund Freud, « Le moi et le ça », (1923), OC, t. XVI, Paris, PUF.

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