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      « Les Extatiques » : un parcours d’art contemporain à la Défense

      Les Extatiques est une exposition d’art contemporain estivale initiée par Paris La Défense et le Département des Hauts-de-Seine. Pour la quatrième édition, la thématique mise en lumière est l’extase. Le parcours artistique va de l’Esplanade de La Défense jusqu’à l’Arche, et s’étend pour la première, cette année, aux jardins de La Seine Musicale, à Boulogne-Billancourt. Un parcours à découvrir jusqu’au 3 octobre. 

      Les Extatiques : un projet de valorisation

      Photographie de l’Arche de La Défense.

      La Défense, symbole par excellence du monde des affaires, est un quartier qui s’inscrit dans un projet de valorisation. L’objectif de cette politique culturelle est d’étendre l’art au-delà de ses espaces traditionnels. Ainsi, au détour de ces tours à l’architecture singulière, c’est tout un musée à ciel ouvert qui s’offre à nous. Nous pouvons déjà observé soixante-neuf œuvres pérennes que Justfocus a déjà brièvement présenté dans cet article. À cela s’ajoutent, des œuvre éphémères que présente le festival Les Extatiques, chaque année. À travers les différentes installations artistiques, Les Extatiques participent véritablement au projet de « renaissance » du quartier de la Défense.

      Initiée en 2018, la première édition des Extatiques avait pour but de célébrer les soixante ans du quartier. Véritable succès, le festival est devenu un rendez-vous incontournable pour les artistes, les touristes, les habitants, les amateurs d’art, les flâneurs et même les salariés de La Défense. Le festival se destine alors à un public très varié qui n’a pas forcément l’habitude de se rendre dans les musées et les galeries pour découvrir l’art contemporain. Cette exposition en plein air débute du bassin Takis et se déploie jusqu’à la Fontaine Agam. Pour la parcourir, il suffit simplement de se laisser porter par les différentes installations qui suivent subtilement une ligne verte tracée sur le sol, à l’instar de la ligne verte du Voyage à Nantes. Toujours au sol, un cartel explicatif accompagne chaque œuvre afin de comprendre la démarche de l’artiste et son œuvre.

      Un soutien à la création artistique

      Installer des œuvres d’art au cœur de La Défense ne s’inscrit pas seulement dans un processus de valorisation du quartier, mais participe aussi à soutenir la création artistique. En faisant du festival Les Extatiques un rendez-vous annuel, Paris et le département réaffirment leur volonté de soutenir des artistes connus et émergents. Ainsi, le festival réunit des artistes venus d’horizons différents et de disciplines variées. Se mêlent alors plasticiens, chefs, designers et danseurs. Cette démarche est d’autant plus importante qu’elle fait suite à un contexte de crise sanitaire qui a paralysé le monde de la culture.

      Cette année, sont invités Tony Cragg, Alain Passard, Cyril Lancelin, Luka Fineisen, Johan Creten, Jean-Fançois Fourtou, Daniel Arsham, Jean-Bernard Métais, Lilian Bourgeat, Nils-Udo, Noël Dolla et bien d’autres. Ces artistes français et internationaux créent des œuvres inédites visant à bousculer notre regard et notre vision du monde.

      La thématique de l’extase

      Œuvre présentée pour le parcours "Les Extatiques"
      « L’exposition dans l’exposition », installation, 2021. (© Marion Caudal)

      Chaque année, le festival s’articule autour d’une thématique particulière. Ainsi, cette nouvelle édition développe comme fil conducteur, l’extase. L’extase au sens de révélation. Fabrice Bousteau, rédacteur en chef de Beaux-Arts magazine, commissaire et Directeur artistique de l’exposition affirme alors que :

      « Nous sommes revenus sur l’essence même du mot extatique, ses origines : l’Extase. Il ne s’agit pas de l’extase comme notion « mystique » ou comme « état second de transe » mais plutôt comme façon de porter son regard différemment, vers soi-même et le monde. À l’heure où nous sommes confrontés à l’urgence d’agir face à des problématiques planétaires, quel temps accordons-nous aux moments d’extase ? Comment le public peut retrouver un état d’extase, une émotion ou un moment de questionnement face à une œuvre ? Cette exposition montre l’intensité et l’ambiance des expériences de l’extase. Comment franchir consciemment des limites physiques, émotionnelles et mentales. »

      La thématique de l’extase est particulièrement mise en avant dans une installation du parcours : L’exposition dans l’exposition – L’extase. Cette installation singulière et originale s’apparente à une petite exposition de reproductions d’œuvres emblématiques de l’histoire de l’art qui fait dialoguer œuvres historiques et œuvres contemporaines. Les reproductions sont présentées sur d’anciens panneaux publicitaires JCDecaux. Ainsi, nous retrouvons, par exemple, le poème L’extase de Paul Elouard, des photographies de Sylvie Lancrenon (2019), un détail d’une amphore attique à figure rouge de Python (peintre), représentant une Ménade dansant (vers 330-320 av. J-C), Le baiser de Gustave Klimt (1907-1908).

      Cette mise en abîme s’articule autour de l’extase à travers l’univers de la danse, car pour reprendre la citation d’Isodora Duncan, issue de l’exposition : « La danse est l’extase dionysiaque qui bouleverse tout ». Le but est à la fois de présenter un contexte narratif et explicatif aux œuvres du parcours, mais aussi d’apporter un ancrage au visiteur afin de lui laisser libre dans la représentation et l’appropriation des œuvres in situ.

      Des œuvres immersives

      Dans le parcours des Extatiques, il y a des œuvres qui invitent les promeneurs à faire corps avec celles-ci. Des installations in situ qui cherchent avant tout à surprendre. À travers une expérience immersive, elles tendent à bouleverser notre rapport au monde. C’est le cas de l’installation Cube Sphere Gold (2021) de Cyril Lancelin. Il s’agit d’une sculpture cubique réalisée à partir d’un assemblage de sphères métalliques régulières et réfléchissantes. Inscrite dans l’axe historique de Paris La Défense, l’œuvre fait écho à la forme de l’Arc de Triomphe et l’Arche de La Défense. Le cube perpétue l’idée d’un passage, invitant les visiteurs à traverser l’œuvre. L’artiste fait dialoguer l’infiniment petit avec l’infiniment grand, l’échelle humaine avec l’échelle de la ville, le vide avec le plein. Grâce à ce passage, il nous invite alors à entrer en immersion avec la matière.

      Œuvre pour Les Extatiques
      Cyril Lancelin, « Cube Sphere Gold », sculpture, acier inoxydable électro-poli, 2021. (© Marion Caudal)

      La maison couchée (2021) de Jean-François Fourtou est une œuvre qui invite également le promeneur à vivre une expérience immersive. Comme son nom l’indique, l’œuvre présente une maison typique de la région parisienne, couchée sur un côté. À l’intérieur, le visiteur constate grâce aux fenêtres que le mobilier défie les lois de la gravité. L’artiste tend également à bouleverser notre rapport au monde. En effet, il cherche à briser la monotonie du paysage urbain en suscitant un effet de surprise. Dès lors, la maison – élément ordinaire par excellence – devient originale.

      Oeuvre de Jean-François Fourtou pour le parcours des Extatiques
      Jean-François Fourtou, « La maison couchée », installation in situ, 2021. (Source : site de Paris La Défense – Martin Argyroglo)

      Située sur la place Rodin de La Seine Musicale à Boulogne-Billancourt, l’œuvre Chambres sensorielles (2021) de Jean-Bernard Métais s’inscrit aussi dans la même démarche. Il s’agit d’un ensemble de sept pièces en métal perforé et disposé en quinconce. L’installation constitue un parcours sculptural où chaque dispositif fonctionne comme un filtre dans le paysage. Telles des monolithiques, les œuvres changent d’aspects selon notre point de vue. De loin, elles apparaissent au premier abord sombres et massives et lorsque nous nous y approchons, elles s’allègent visuellement.

      Cet effet d’optique est possible grâce à l’utilisation d’une résille semi transparente, perturbant alors notre regard. Le travail de l’artiste invite à la déambulation afin de créer une expérience immersive, sensorielle et poétique. En circulant dans ces Chambres sensorielles, le visiteur se confronte à une réalité qui semble vaciller lentement.

      Jean-Bernard Métais, « Chambres sensorielles », ensemble de 7 pièces, métal perforé et peinture époxy, 2021. (Source : site de La Défense © Martin Argyroglo – Courtesy de l’artiste et Galerie La Forest Divonne)

      Un parcours au plus près de la nature

      Au delà de ces expériences immersives, Les Extatiques cherchent à amener le promeneur au plus près de la nature. Nous retrouvons de part et d’autre du parcours des œuvres qui font écho à la faune et à la flore. L’œuvre Early Spring (2021) de Zadok Ben-David met en lumière la relation entre l’Homme et la nature. Pour le festival, l’artiste crée un arbre humain en métal découpé où les formes humaines se confondent avec les feuilles. Il est question du cycle des saisons, un topos pour symboliser la vie et l’univers. Son premier arbre humain a été réalisé en 2003 pour rendre hommage aux résistants de la Seconde Guerre mondiale.

      Œuvre de Zadok Ben-David du parcours "Les Extatiques"
      Zadok Ben-David, « Early Spring », sculpture, acier Corten, découpe Plasma à la main, 2021. (Source : site de Paris La Défense – Courtesy de l’artiste)

      Le travail de NILS-UDO s’inspire aussi de la nature à travers des installations éphémères. Influencé par le land art, l’artiste parle de cette nature essentielle et universelle, dépouillée de toute trace humaine. Fleur (2021) se compose de terre, d’osier et de branches plantées dans l’herbe. Par un jeu de perspectives, l’œuvre forme alors de grandes pétales de fleurs abritant en son cœur des graines, représentées par des petites tiges d’osier.

      "FLEUR" de Nils-Udo : une œuvre présente dans le parcours "Les Extatiques"
      Nils-Udo, « FLEUR », installation in situ, Terre, osier, branches, composée de terre, tiges d’osier plantées et branches, 2021. (Source : site de l’artiste)

      Des références à l’histoire de l’art

      Daniel Arsham, « Bronze Eroded Bust of Zeus », bronze, patine, acier inoxydable poli, 2020. (© Marion Caudal)

      La dernière œuvre qui clôture le parcours est l’œuvre de Daniel Arsham. Le travail de cet artiste américain se déploie à travers différents médiums : la sculpture, l’architecture, la peinture ou encore la vidéo. Dans une esthétique uchronique, il développe alors un concept d’archéologie fictive qui brise la frontière entre le passé et le présent. Pour Les Extatiques, l’œuvre réalisée témoigne parfaitement sa démarche. Intitulée Eroded Bust of Zeus (2020), elle représente le dieu mythologique Zeus, en s’inspirant des marbres antiques romains. Elle fait également écho à un marbre du IIe siècle av. J-C, appartenant au collection du Musée du Louvre. Connue sous l’appellation « Le Jupiter de Versailles », elle a fait l’objet d’une restauration au XVIIe siècle. À travers son œuvre, l’artiste interroge alors l’histoire de l’art, entre héritage et filiation.

      Les sculptures de Daniel Arsham sont souvent incrustées de matériaux géologiques comme la calcite bleue, le quartz ou encore le bronze. Ici, ces érosions cristallisées sur la surface sont des cristaux en acier inoxydable poli. Ainsi, de façon poétique, l’artiste transgresse le statut d’une œuvre d’art en bousculant la frontière entre le passé, le présent et le futur. Ce dialogue temporel favorise alors l’imaginaire collectif.

      Un parcours poétique pour s’émerveiller

      Luka Fineisen, « Awakening », installation, plumes, plexiglas, souffleurs, minuteurs, structure métallique, 2021. (© Marion Caudal)

      Le festival Les Extatiques est aussi une façon d’apporter un peu de poésie au cœur de la Défense, créant ainsi un effet de contraste avec l’espace urbain. Et si il y a bien une œuvre qui fascine et attire les promeneurs, c’est bien l’œuvre de l’artiste américaine Luka Finersen. L’œuvre Awakeing (2021) est tel un aquarium qui renferme une multitude de plumes blanches. Cycliquement et aléatoirement, un souffle propulse ces plumes faisant de cet aquarium, une sorte de boule à neige gigantesque. L’imaginaire est au cœur de cette œuvre. Véritable invitation poétique et ludique, elle crée un remarquable contraste entre le verre transparent aux allures industrielles, la fragilité de la plume et l’architecture environnant. Ce contraste est aussi accentué par son placement au sein de l’axe historique de Paris La Défense. À la fois doux et violent, le mouvement des plumes insuffle alors une énergie nouvelle dans la ville.

      Les Extatiques nous offrent sur deux sites différents mais complémentaires, quatorze œuvres, qui apportent à la ville une touche poétique. Ces interventions immersives réenchantent alors notre quotidien, souvent monotone, en renouvelant le regard que nous posons sur l’espace urbain. Voir la ville à travers un nouvel angle. Au cœur de ce dialogue entre l’art et la ville, Les Extatiques tendent à faire découvrir l’art contemporain aux passants tout en les sensibilisant aux grandes problématiques actuelles tels que notre rapport au monde, la nature, l’écologie…

      Marion Caudal
      Rédactrice et autrice en art contemporain

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