THÉA : une artiste montante au talent énigmatique

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L’univers musical français regorge de talents. THÉA fait partie de ces étoiles montantes. Elle se démarque avec un côté énigmatique et captivant. Nous l’avons rencontré à Rock en Seine, avec son acolyte David.

Déjà pour commencer, ça fait quoi d’être à Rock en Seine ?

C’est un truc de zinzin, c’est vraiment un truc de fou. Cela fait un petit moment qu’on fait des concerts, mais depuis qu’on a sorti le premier projet en février dernier, Memento, on a fait le festival Printemps de Bourges et maintenant Rock en Seine. C’est toujours des trucs qu’on a rêvé de faire avec AdLib (nom de scène de David) qui m’accompagne sur scène. C’était réellement notre rêve !

En plus, on a la chance de voir les backstages. Quand tu as été dans des festivals avant, c’est réellement un plaisir de découvrir l’envers du décor (rire des deux artistes).

Ton album est une histoire, de la première chanson à la dernière, tu nous racontes quelque chose à travers elle. Est-ce que tu pourrais nous raconter l’histoire de Memento ?

Memento, c’est un projet que j’ai mis du temps à faire. C’est le projet de mes 19 ans. De faire un gros et long projet avec une direction artistique, visuel, avec l’idée que tous les morceaux soient liés. J’ai mis du temps a composé tous les morceaux. Cela s’est étalé sur deux ans. Si ça raconte une histoire, c’est que c’est un peu la mienne. C’est un album qui porte des blessures et un passé. Il parle aussi de deuil, d’être queer, de ne pas réussir à l’école, ça parle de plusieurs choses.

Tu as un style techno/rock, avec des tonalités de musique qui changent selon les musiques, qu’elles sont tes inspirations ?

Le processus de création vient avec une idée, une envie, un truc assez viscéral qui fait vibrer. Cela peut être un mot, une phrase, une ligne de basse, et après, c’est assez libre autour de tout ça.

Comme tout le monde de notre génération, on a un accès à tellement de styles musicaux. Moi, j’ai baigné dans plein de styles musicaux différents. J’ai joué de la batterie dans des groupes de rock, j’ai commencé à produire de la techno. Au final, quand je fais un morceau, je me retrouve seule face à mon ordinateur. Je peux tout faire ! C’est cette volonté, surtout sur Memento, de ne pas se mettre de barrière. Je trouve que c’est quelque chose d’assez générationnel de mettre plein de choses dans le pot et de faire un truc qui part dans tous les sens qui a sa couleur et qui veut dire un truc.

Tes paroles peuvent être au premier abord très triste, avec beaucoup de colère, mais quand on creuse, c’est plus profond. Tu évoques aussi des thèmes importants comme le deuil. Est-ce que tu pourrais nous en apprendre plus sur ce côté assez sombres, mais qui en fait cache autre chose ?

Aller vers des thèmes et des esthétiques sombres, parler autant de morts, sous plein de formes différentes, même de la mort d’une relation. Si on regarde mes clips, il y a parfois des sortes de monstres, des choses très dark. C’est une manière artistiquement de me réapproprier mes propres angoisses. C’est quelque chose qui est là, qui a toujours été là chez moi. Mon anxiété et mon angoisse m’ont pourrie la vie, la peur de la mort, de perdre des gens. Musicalement, hurler des chansons, c’est une manière de me les réapproprier. C’est là aussi que prend l’aspect plus brillant. Quand on arrive scène, avec les gens, on partage beaucoup de joie. De la joie autour du fait qu’on se réapproprie toutes nos angoisses, nos moments les plus bas. C’est une manière de prendre soin de soi et d’être maître de nous-même, de notre vie, de notre passé.

Tu es encore une jeune artiste qui arrive à Rock en Seine, ça fait quoi d’être devant un public qui ne te connaît pas encore ?

La chose la plus importante avec David sur scène, c’est de passer et de partager le plus d’émotions aux gens. Après, comment les gens les reçoivent, ce n’est pas très important tant qu’ils ressentent un truc. On s’est déjà retrouvé sur des scènes où les gens ne nous connaissaient pas et on a quand même une relation qui se crée. Il y a souvent un truc qui se passe sur scène et c’est assez magique. On aime l’échange de sueur, de regards, d’émotion et qui unit. Et parfois même être devant un public qui ne nous connaît pas, c’est encore mieux, c’est là qui a plus de fun, quand ce n’est pas acquis.

T’as sorti Écho, il n’y a pas longtemps, tu pourrais nous parler de cette chanson qui est un hommage à Sophie Xeon ?

Écho, c’est un morceau qui date un peu. Je l’avais fait pour une compilation qu’une amie à moi avait faite. C’est une DJ qui s’appelle Dita Von Tears. Elle rassemblait plein d’artistes féminines et queer. C’est une compilation qui est en l’hommage à l’artiste Sophie*. On l’a faite pour les un an de sa mort. Sophie, c’est une artiste importante parce qu’elle a produit des morceaux de fou, dont un pour Rihanna. Quand je fais ce morceau, je fais un hommage à une personne queer. Les questions de deuil chez les personnes queers, c’est quelque chose dont on fait beaucoup face, on est beaucoup confronté au deuil de nos sœurs, de nos adelphes. Je voulais rendre un hommage festif et musical à ce qu’elle nous laisse en tant que meuf trans qui a été autant au sommet de son art. L’héritage qu’elle nous laisse est très joyeux, très positif, et je voulais lui rendre ça.

On peut espérer quoi pour la suite ?

Peut-être un petit truc dans deux semaines (rire des deux artistes). On bosse sur un petit projet, je ne vais pas en dire trop, mais ça sera teinté de rose. On part dans une autre esthétique, mais ça tape toujours aussi fort. Cela sera exclusif à Rock en Seine, et ça s’appellera Hannah Montana.

*Sophie Xéon est une artiste décédée en 2021 à la suite d’un accident.