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      Critique « A Seat at the Table » de Solange

      Il n’est jamais facile de vivre dans l’ombre d’un frère ou d’une sœur célèbre, érigé en icône moderne. Les 9 frères et sœurs de la famille Jackson (à l’exception de Janet) en savent quelque chose, eux qui ont vu le petit Michael devenir une légende mondiale. Lorsque le nom de Beyoncé retentit, nul besoin de la présenter. Lorsque l’on parle de Solange, les connaisseurs diront aux plus novices qu’elle est la sœur de la première.

      Il est par ailleurs aisé de comparer les deux frangines texanes. En l’espace de 5 mois, elles ont toutes deux sorti un album emprunt de discours forts, comme des porte-voix de la condition de beaucoup de citoyens noirs américains. Les similitudes s’arrêteront ici. Si Beyoncé frappe fort avec Lemonade, Solange est touchante avec A Seat at the Table. En prenant le contre-pied de la polémique et en allant au plus profond du sujet de l’identité et de la culture noire américaine, Solange s’adresse à un public plus averti et le résultat est plus que réussi.

      Âgée de 30 ans, Solange en est à son troisième album. En 2012, elle sortait l’EP True, porté par l’excellent single, Losing You, et emprunt de rythmes afro beat couplés à de l’électro. Solange s’exprime surtout à travers sa musique, sans limites. Après tout, elle a le carnet d’adresses et une vision artistique qui lui permettent de prendre des libertés, beaucoup plus que bon nombre d’artistes.

      Dans A Seat at the Table, Solange explicite concrètement les problèmes raciaux des Etats-Unis. A travers des titres comme Weary et Where Do We Go, elle semble faire ressusciter l’ange Aaliyah, tant par la façon dont elle joue avec son timbre de soprano, que par la musicalité choisie, loin des normes actuelles. On écoute à travers les 21 pistes de cette galette, le plaidoyer d’une jeune femme en colère, qui choisit la poésie musicale pour exprimer ses ressentis. Les titres forts comme Mad et Don’t Touch My Hair, sont le postulat d’une communauté à bout d’être stigmatisée et renvoyée sans cesse à une apparence. Les moments les plus poignants surviennent lorsqu’au travers d’interludes, Solange laisse parler ses parents, Mathew et Tina. Ils évoquent tour à tour les expériences, entre les manifestations qui les opposaient au Klux Klux Klan, jusqu’aux accusations de racisme anti-blanc pour s’exprimer sur la fierté de leurs origines.

      Dans cet album, Solange n’a pas de tabou. Cela peut en dérouter certains, mais la principale intéressée le sous-entend clairement. Elle n’est pas anti-blanc parce qu’elle est pro-noir. Au contraire, elle donne une voix à ceux qui ne peuvent pas se faire entendre. Le premier single de l’album, Cranes in the Sky, résume à lui seul la magie de cet album. En un titre, elle retranscrit ce qu’une jeune femme noire américaine peut endurer, entre ravalement de fierté et affirmation culturelle, avec toujours le sentiment de ne pas avoir sa place, où qu’elle se trouve.

      Les collaborations ne manquent également pas. Sur quelques titres, les invités sont prestigieux entre les rappeurs Lil Wayne et Q-Tip, ou encore Kelly Rowland et la chanteuse Nia Andrews, sur une interlude vocale parfaite. Co-produit avec Raphael Saadiq (membre des groupes légendaires Tony! Toni! Toné! et Lucy Pearl), il n’y a que du beau monde sur cet opus. 

      A travers un album égal, au fil rouge parfaitement conduit, Solange a réalisé un album proche de la perfection, qui ne trouvera pas écho chez tous les auditeurs, mais dont la sincérité et la profondeur en font un véritable bijou musical, entre R&B psychédélique et neo-soul aux sonorités funk.

      Une belle œuvre d’art musicale moderne qui marquera la décennie actuelle !

       

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