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      Un plus une, la nouvelle comédie romantique décevante de Claude Lelouch

      Mercredi 9 décembre sort sur les écrans français, Un plus une, la nouvelle comédie romantique de Claude Lelouch avec Jean Dujardin, Elsa Zylberstein, Alice Pol et Christophe Lambert. Référence assumée aux anciens films du réalisateur, le film peine à convaincre à cause d’un manque d’originalité.

      Dans les comédies romantiques de Lelouch, l’amour naît de la rencontre entre un homme et une femme aux situations amoureuses similaires, voire symétriques. Qu’ils soient tous les deux veufs avec chacun un enfant unique comme dans Un Homme et une femme (1966), déjà en couple comme dans Un Homme qui me plaît (1969), ou deux délinquants en cavale comme dans A nous deux (1979), l’équation doit être parfaite. Preuve en est le titre de son nouveau film, Un plus Une, qui ressemble à une opération mathématique et dont le mot « plus » est même carrément remplacé par le signe sur l’affiche. Dans ce nouveau film, Antoine Abeilard (Jean Dujardin), compositeur de musiques de films en couple avec une talentueuse pianiste, rencontre Anna (Elsa Zylberstein), la femme de l’ambassadeur français en Inde. Lors d’un voyage ensemble à travers le pays, ils tombent peu à peu sous le charme l’un de l’autre.

      © Metropolitan FilmExport
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      Un film-palimpseste sans surprise

      Tout commence avec une discussion entre Jean Dujardin et Elsa Zylberstein lors d’un vol Paris-Los Angeles. Les deux acteurs se rendent compte qu’ils partagent leur amour du cinéma de Lelouch, et, dès leur descente de l’avion, contactent le réalisateur qui, 3 semaines plus tard, les convie dans son bureau pour leur présenter le scénario de ce qui est devenu Un plus une. Le titre n’est bien évidemment pas sans rappeler l’oscarisé Un homme et une femme dont le succès a garanti à son réalisateur une place de choix dans le paysage cinématographique français. Mais le film se veut surtout un hommage à l’un des films préférés de Jean Dujardin, Un Homme qui me plaît. Comme Belmondo, l’interprète de The Artist endosse le rôle d’un compositeur de musique infidèle qui, lors d’un voyage professionnel, s’éprend d’une autre femme. Les seuls éléments scénaristiques qui diffèrent vraiment du film de 1969 sont le décor indien et la présence plus prégnante d’Alice (Alice Pol), compagne du personnage de Jean Dujardin à Paris, et de l’ambassadeur de France en Inde, époux d’Anna, campé par Christophe Lambert. Comme sur un palimpseste, Lelouch semble réécrire ses propres histoires à l’infini, à tel point qu’à la réplique « Ca va pas être simple » prononcée autrefois par Annie Girardot puis par Elsa Zylberstein, Dujardin, comme Belmondo, lui répond « Ce serait trop simple. » La référence à son propre film est alors complètement assumée. Néanmoins, à trop vouloir répéter les mêmes histoires, on livre un récit sans surprise et on frôle l’autoparodie. On trouve les rares moments de suspens du film dans les rêves d’Antoine. Et on obtient une fin qui, même s’il existe deux alternatives, un happy ending ou un amour impossible, est convenue.

      Des acteurs plutôt convaincants

      Il n’y a pas à tergiverser, Elsa Zylberstein et Jean Dujardin sont de très bons acteurs. Si l’on en croit les dires de Jean Dujardin sur France Inter, tous les textes ont été écrits d’avance, il n’y a pas eu de place pour l’improvisation. Or, les joutes verbales auxquelles se livrent les deux protagonistes du film sembleraient presque réelles. Cependant, si Elsa Zylberstein est très convaincante en femme-enfant fragile, obsédée par son désir de devenir mère et qui se tourne vers la spiritualité indienne pour donner un sens à sa vie, Jean Dujardin l’est toutefois un peu moins en compositeur de musique de films. Son langage peu châtié et sa grivoiserie parfois à la limite de la vulgarité siéent mal à ce genre de musiciens, ou du moins, à l’image que l’on peut s’en faire.

      © Metropolitan FilmExport
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      La sensualité de l’Inde, grande absente du film

      Dans Un Homme qui me plaît et Un plus une, les personnages principaux sont en fuite à travers un pays étranger. Quoi de mieux que l’Inde, ce pays propice à l’introspection, pour un homme et une femme qui ont des doutes sur leurs couples respectifs ? Empreinte de spiritualité, l’Inde permet à Anna, qui souhaite devenir mère, de rester optimiste malgré son incapacité à enfanter. La scène avec Amma, guide spirituel vivant dans le Kérala, est la seule scène qui soit vraiment émouvante car elle est sincère, les acteurs jouant à peine la comédie lorsque la religieuse les prend dans ses bras. La scène du Gange où Anna se purifie est quant à elle peu émouvante, mais avec la scène dans l’ashram d’Amma, ce sont les seuls moments où la spiritualité, omniprésente en Inde, se manifeste dans le film. De même, les bruits de klaxons, le brouhaha qui émerge des foules compactes, les odeurs d’épices ou d’encens et les couleurs chatoyantes ne sont pas vraiment retranscrits dans le film de Lelouch. L’Inde est un pays très sensuel au sens premier du terme et la mise en scène de Lelouch peine à solliciter nos sens et à nous émerveiller devant les beaux paysages du Kérala. Lelouch reste cantonné à l’histoire d’amour naissante d’Antoine et Anna. Choisir un pays aussi évocateur et ne pas suffisamment exploiter la matière qu’il nous livre est décevant.

      L’amour lelouchien, un problème de riches

      Le titre du nouveau film de Lelouch, comme ceux de ses précédents films, exprime la dualité de l’homme et de la femme, qui se définissent dans leur rapport à l’être aimé de l’autre sexe. Antoine arrive en Inde pour composer la musique d’une nouvelle adaptation cinématographique de Roméo et Juliette. Lelouch, comme Shakespeare des siècles plus tôt, veut s’atteler au problème universel de l’amour. L’adaptation du dramaturge anglais, dans le film, s’intitule « Juliette et Roméo ». Cette inversion des prénoms est dûe, d’après le réalisateur dans le film, au fait que « les femmes sont plus importantes » que les hommes. Si l’ordre des mots a autant d’importance, doit-on comprendre que pour Lelouch, au contraire, les hommes sont plus importants que les femmes ?  Il dit avoir intitulé son nouveau film Un plus une, parce qu’Un Homme et une femme était déjà pris (comprenez : par lui), alors pourquoi ne pas l’avoir intitulé « Une Femme et un homme » ? Le personnage de Jean Dujardin est un macho narcissique qui à la question « qu’est-ce que vous aimez le plus ? » répond, avec une pointe d’humour, mais en toute honnêteté, « moi ». Les personnages lelouchiens sont des artistes ou viennent de milieux aisés, et ont, d’après le personnage de Jean Dujardin qui s’en amuse,  « des problèmes de riches ». Lelouch n’a pourtant de cesse de répéter que ce qu’il raconte,  l’amour entre un homme et une femme, est universel. Mais en se limitant au même type de personnages et aux mêmes histoires, Lelouch peine à reproduire des films marquants. Peut-être qu’un jour, Claude Lelouch racontera l’amour dans une sphère qui n’est pas le microcosme des artistes. Peut-être que lorsqu’il sortira de sa zone de confort et qu’il arrêtera de puiser son inspiration dans sa propre vie, qu’il prendra des risques, on obtiendra à nouveau une référence du cinéma.

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