Publiée aux éditions Rue de Sèvres depuis 2016, Les Spectaculaires est une série écrite par Régis Hautière et dessiné par Arnaud Poitevin. Sept tomes sont déjà disponibles, une série dérivée a été lancée, preuve que cette œuvre a trouvé son public. Il est grand temps que justfocus revienne sur ce bijou du 9è art.
De quoi cela parle-t-il ?
En plein Paris, au cœur de la Belle Epoque, des comédiens tentent vaille que vaille de faire vivre la troupe du Cabaret des Ombres. A l’aide de trucages, les quatre membres de cette équipe font croire qu’ils peuvent, être forts comme Hercule, grimper aux murs… Un monde d’illusion et de trucages qui, malheureusement, ne suffit plus à l’heure où le cinématographe déferle dans les rues de Paris. La troupe est menacée de disparaître quand elle est recrutée par le professeur et inventeur de génie Monsieur Pipolet.
Voici désormais nos artistes devenus des aventuriers, justiciers au service de la république. Grâce à leur nouveau mentor, les trucages sont remplacés par un équipement futuriste, pas toujours au point. Chaque membre du quatuor se transforme petit à petit en héros, maladroit parfois mais toujours généreux et courageux . C’est une équipe de « super-héros » qui se met en place et qui traque les menaces que la police n’arrive pas à arrêter.

Les Spectaculaires : ambiance Belle Epoque
Les années 1900 inspirent nombre d’auteurs de B.D et de littérature. Nous avons chroniqué l’excellente série Les Artilleuses, nous vous avons conseillé de lire Le Paris des Merveilles de Pierre Pevel. Les Spectaculaires nous entraînent à leur tour dans un Paris réaliste où le préfet Lépine fait régner l’ordre, où l’art Nouveau fait rayonner Paris dans le Monde, où Sarah Bernard triomphe sur les scènes de théâtre. C’est un Paris d’idées et d’audace qui invente, innove et ne doute pas.
Le dessin est très réussi. Dans un style très original proche de la BD pour enfants, il sert à merveille un récit qui nous fait découvrir toutes les richesses d’un « âge d’or ». Les auteurs nous font visiter cette ville de Paris métamorphosée par Haussmann et l’industrie. Chaque tome appuie sur l’impact de la modernisation : les transports, l’éclairage, les moyens de communication. Chaque histoire appuie aussi sur la dimension sociale d’un Paris qui mute à vitesse grand V.

Des Histoires surprenantes
En sept tomes, les Spectaculaires ne cessent de nous surprendre. Entre une menace d’inondation, un mystérieux voleur, des rivalités d’artistes, une bande d’anarchistes, chaque volume est une promesse tenue, de surprises et d’audaces. En effet, l’auteur nous présente des histoires indépendantes en apparence mais qui finissent par se répondre les unes aux autres et par créer un univers cohérent. Il aime jouer l’ambiguïté nous réservant des résolutions d’énigmes bien venues.
L’histoire est servie par une merveille d’écriture. Celle des personnages principaux d’abord est remarquable. Nous sommes devant un récit d’équipe avec chacun ses spécificités, ses fragilités. La leader du groupe brille par ses coups de génie, ses compagnons par leur témérité et leur maladresse. Celle des antagonistes ensuite est aussi brillante évitant le manichéisme systématique. Celle de leur mentor enfin s’appuie sur un gag récurrent – son trouble de mémoire – qui porte la narration et justifie les retournements de situation.

Les Spectaculaires : jouer avec les références
Cette série est un régal grâce aux multiples influences dont elle se nourrit. Elle s’appuie d’abord sur le roman-feuilleton et le roman policier. Plusieurs volumes s’inspirent des classiques du genre : Arsène Lupin, Agatha Christie, Rouletabille, Sherlock Holmes, Fantômas. Des personnages sont même clairement tirés de ses œuvres (le jeune journaliste par exemple). Le Tome 2 quant à lui fonctionne comme un whodunit à la Agatha Christie.
Les Spectaculaires jouent aussi avec des références contemporaines. La première c’est le cinéma. Le lecteur s’amusera à repérer au gré des pages ces hommages au 7ème art. Plus les tomes avancent, plus les auteurs en rajoutent notamment dans les pleines pages. La seconde, c’est des références au monde de la BD franco-belge mais aussi au Comics (Le Joker notamment version Tim Burton). Le tout fonctionne comme des clins d’œil complices qui rappellent ceux de Lanfeust de Troy.

Derrière la farce, un peu d’histoire
Le ton léger, l’exagération, l’humour appuient des récits qui nous vont découvrir un pan, parfois méconnu de l’histoire de France. En effet, chaque tome des Spectaculaires revient sur un moment fort : la crue de la Seine de 1910, le vol de la Joconde, l’invention des brigades mobiles, la bande à Bonot, les premières luttes féministes, le préfet Lépine, la révolution ferroviaire, le mouvement romantique. Les intrigues se parent donc parfois d’un arrière-plan plus sérieux qui parlera au lecteur adulte.
Cette œuvre propose aussi un tour de Paris et de la France au début du siècle. Les dessins insistent beaucoup sur les différents quartiers de Paris, ancienne ville ouvrière qui s’agrandit et s’adapte à des habitants toujours plus nombreux. Ils appuient aussi beaucoup sur la révolution des transports : le moteur remplace peu à peu la traction animale et rapproche des lieux autrefois très distants (Tome 2). Sans oublier le début des télécommunications modernes dont la mise au point prend du temps.
Les Spectaculaires offrent donc des aventures qui plairont à un public varié, de tout âge. Si vous avez envie de plonger dans la Belle Epoque, laissez-vous tenter par les exploits de cette équipe un peu particulière.



































