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      RUR l’annonce, le soulèvement des robots est en marche

      La révolte des machines est un sujet vu jusqu’à la nausée de Métropolis à Radiohead mais parfois, il y a des exceptions. Comment la bd RUR réussit-elle à donner un vent de fraîcheur à la science-fiction robotique ?

      L’usine RUR est devenue une riche entreprise grâce à la création de robots produits sur une île. Ces machines sont les travailleurs parfaits d’un monde uniquement préoccupé par l’argent. On le découvre lors d’une fête accueillant les plus gros clients de l’entreprise. Helena Glory s’est introduite à la soirée car elle est la fille d’un milliardaire mais son réel objectif est tout autre : elle veut découvrir si ces machines ont une âme et donc si elles peuvent être libérées ?

      Une bd de science-fiction historique

      L'usine de RUR

      Si le thème de RUR est pleinement actuel, son origine est pourtant séculaire. En effet, la bd est une adaptation d’une pièce de théâtre de l’écrivain tchèque Karel Capek écrit en 1920 qui a lancé le thème de la menace de la vie artificielle sur l’humanité. C’est d’ailleurs dans cette pièce que le mot robot apparaît pour la première fois.

      Édité chez Glénat, RUR combine cependant l’ancien et le nouveau car Katerina Cupová est un jeune prodige de la bande dessinée tchèque. La scénariste, dessinatrice et coloriste s’est pleinement appropriée l’œuvre originelle en la faisant résonner avec le XXIe siècle. La réflexion sur le travail fait écho aux débats sur le partage du temps de travail et sur le chômage. Le progrès semble bien fragile à l’heure du dérèglement mondiale et de la pandémie de la covid. La réflexion sur l’humanité est brûlante aujourd’hui avec la distanciation sociale et l’homme augmenté. Cependant, le troisième acte est plus confus et le livre perd parfois de son intérêt.

      Une réforme radicale du temps de travail

      Plutôt qu’une œuvre de pure science-fiction, RUR parle en effet de la déshumanisation du monde du travail. L’entreprise a été fondée au départ par Rossum, un scientifique barbu. Après avoir découvert une peau synthétique, il veut créer une vie artificelle. Son neveu ingénieur qui le remplace veut faire de l’argent avec cette création.

      Dans les premières pages, le nouveau patron de RUR est plus insensible que ses robots. Pour lui, le meilleur travailleur est le moins cher. Les robots sont parfaits car les ingénieurs ont éliminé tout ce qui est inutile au travail, c’est-à-dire, tous les sentiments. Toute mise à jour ne vise qu’à améliorer leur productivité. La création de ces travailleurs transforme le travail qui devient plus rare. C’est un progrès pour le patron car la diffusion massive des robots fera disparaître le travail et libèrera l’homme de ce temps perdu. Ce changement est un désastre pour un maçon car travailler de ses mains lui apporte de la satisfaction.

      La mécanique du cœurLa mécanique du coeur dans RUR

      La tonalité générale du livre devient de plus en plus angoissante. L’île est un huis clos épargné des nouvelles d’un monde plus sombre autour. L’usine est en grande partie mécanisée ne laissant qu’à une poignée d’humains la charge de diriger la production. L’arrivée d’Helena Glory apporte un vent d’humanité car en tant que membre de la ligue de l’humanité, elle croit en l’égalité avec les robots et veut les libérer. Alors que la religion et la politique ont échoué à les faire se révolter, elle veut leur apporter l’amour. Le patron par défi lui offre de rester une semaine pour lui prouver qu’elle a tort. Au fil des actes, il se révèle moins froid et même sentimental car il propose le mariage à Helena.

      Inévitablement, les robots, confrontées à des conditions de travail insupportables, se révoltent. En effet, les robots ne se révoltent pas car ils n’ont pas d’âme mais par une conjonction des sentiments de haine, de colère et de solidarité. Si RUR parle des robots, cela n’en fait pas pour autant une bd sans âme.

      Cette combinaison se retrouve également dans RUR par les choix graphiques de Katerina Cupová. On peut reconnaître des influences de l’illustration enfantine mais la colorisation donne à ce style une nouvelle fraîcheur. En effet, Katerina Cupová donne une vision neuve du robot, un aspect charnel à leurs organes : les robots ont un cœur humain mais avec une étiquette. La mise en page dynamique et la représentation frontale de certaines scènes sortent définitivement RUR de la mièvrerie. Katerina Cupová surprend aussi par l’utilisation de couleurs très vives alors que l’on attend du gris. La construction des robots est rendue écœurante par les gouttes rouges autour des machines froides.

      Et si être moderne c’était remonter dans le passé ? On peut le penser en refermant RUR de Katerina Cupová qui s’empare du thème éculé de la révolte des machines pour en donner un sens neuf par la qualité de son dessins et sa colorisation surprenante.

      Si la science-fiction vous plaît, n’hésitez pas à lire les chroniques sur Redemption et Les enfants de Belzagor.

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