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      Interview de Léonor Harispe du groupe Cuarteto Tafi à l’occasion de la sortie de leur 4eme album Amanecer

      Le groupe de musique argentine Cuarteto Tafi sort ce 19 mars son quatrième album intitulé Amanecer. L’occasion pour nous de rencontrer la chanteuse Leonor et de retracer leur histoire. C’est tout en sensibilité que s’est livrer l’interprète. Nous vous invitons à voyager, le temps de l’interview, en Argentine entre musique traditionnelle et modernité.

      Just Focus. Bonjour ! Pour commencer, pouvez-vous vous présenter ainsi que votre groupe Cuarteto Tafi ?

      Leonor. Je suis Leonor Harispe, je suis la chanteuse et l’auteure des textes du groupe. Auteure, compositeur, interprète. Moi, je suis d’origine argentine. Je suis fille d’exilés politique de la dernière dictature argentine. Je suis donc bi-culturelle, franco-argentine puisque j’ai grandi les premières années de ma vie à Buenos Aires et je suis arrivée en France il y vingt-cinq ans maintenant, pour faire mes études et trouver ma voie. J’ai trouvé mon travail qui est la musique.

      Il y a une dizaine d’années avec le guitariste du groupe, Matthieu, nous étions étudiants dans une cité universitaire à Toulouse. Lui jouait de l’accordéon et moi je chantais au balcon. On s’est repéré tous les deux, on est devenu très amis et on est parti en voyage en Argentine, donc chez moi. Et en rentrant de voyage, on s’est dit qu’on devait se pencher sérieusement sur la musique argentine.

      Je rencontre Ludo qui est le bouzoukiste du groupe, je rencontre Fred qui est le percussionniste et le Cuarteto Tafi né comme ça, autour d’un voyage au pied des montagnes au Nord-Ouest de l’Argentine. Cet endroit qui est le berceau de la musique folklorique. On s’est tous les quatre retrouvés autour de ce style-là, pour, dans un premier temps rendre hommage à cette musique et puis avec le temps laisser un petit peu les carcans de la musique traditionnelle et trouver notre propre style. Notre propre envie de faire de la musique et de faire quelque chose qui nous ressemblait à tous les quatre.

      Just Focus. Vous êtes d’origine argentine, ce qui n’est pas le cas des trois autres musiciens. Donc c’est l’amour pour ces musiques qui vous a orienté vers ce style ?

      Leonor. Voila ! C’est une histoire d’amour et d’amitié, de coup de foudre entre les trois garçons, pour ce style de musique. Et d’amitié aussi parce que nous sommes devenus avec le temps de fort amis, voir plus, puisque le bouzoukiste est mon compagnon. Donc c’est presque devenu une histoire de famille, ce groupe de musique.

      Just Focus. Est-ce que vous pouvez nous indiquer ce que veut dire Cuarteto Tafi ?

      Leonor. Alors cuarteto, c’est donc quartette, on est quatre. Et Tafí est le nom d’un tout petit village qui se trouve au nord de l’Argentine à plus de 3000 mètres d’altitude. Dans les hauteurs, au milieu de la brume et des montagnes. C’est dans ce village que naissent beaucoup de musiques folkloriques de l’Argentine. On y est allé tous les quatre dans ce petit village et on est tombé un peu amoureux de cet endroit, qui est un peu mystique, un peu magique. Et en rentrant de voyage on s’est dit, on va s’appeler Cuarteto Tafi.

      Just Focus. C’est vraiment symbolique !

      Leonor. Oui ! C’est un hommage, c’est symbolique. Ça reflète les origines du groupe en fait.

      Just Focus. Avoir grandi en Argentine vous a-t-il aidé à travailler ce style et à peut-être accompagner les autres musiciens du groupe ?

      Leonor. Alors, oui ! La musique a toujours fait partie de ma vie. Ma mère, mes parents, étaient engagés, le sont encore, politiquement et s’étaient énormément investis dans la vie militante de l’Argentine et la musique a toujours fait partie de notre vie. Ma mère avait l’habitude, à la fin des réunions, de se mettre à chanter en bout de table un tango ou une samba ou une chacarera qui sont les styles de là-bas. Et donc j’ai toujours été bercée par les classiques de la musique argentine.

      Quand on a créé le groupe, pour moi c’était comme une évidence de me pencher sur ce style là et de me mettre à chanter des choses que j’avais finalement entendu pendant toute mon enfance. Il fallait transmettre tout ça à mes compagnons, aux trois musiciens et c’est devenu, oui, comme une transmission.

      Et puis ensuite on l’a fait quand même à notre sauce parce qu’on n’a jamais fait du traditionnel, on a réadapté tout ça. Parce que c’est ça, qu’on a envie de défendre aujourd’hui, c’est que notre style, certes, a une touche qui est argentine et de fait, puisque je suis la chanteuse. Mais notre style est devenu plutôt de la world music, avec une fusion d’instruments, de sonorités, avec ma voix argentine.

      Just Focus. Est-ce que vous pouvez nous parler de votre morceau El Canto del Sur qui est un des morceaux de votre album Amanecer. Nous expliquer ce qu’il représente et surtout le message que vous souhaitiez faire passer ?

      Leonor. El Canto del Sur, donc le chant du sud, est un morceau que j’ai écrit et que nous avons composé suite aux mouvements sociaux qui se sont déroulés au Chili en 2019/2020 à cause d’une augmentation du prix des services publics. Il y a eu des mouvements massifs, des manifestations partout au Chili. C’était très émouvant de voir des petites villes et des petits villages sortir dans la rue et manifester pendant des jours et des jours. Nous, en France, on avait ce regard extérieur, on voyait ces longues manifestations qui étaient vraiment interminables.

      Deux mois après, il y a eu des manifs de femmes au Mexique, en Équateur, en Bolivie, au Honduras, en Argentine, en Catalogne, au Liban, en Irak, il y en a eu partout dans le monde. C’est devenu comme une sorte de dénonciation des inégalités qui est devenu mondial et c’est même arrivé en France avec le mouvement des gilets jaunes.

      Donc on s’est dit tous les quatre, que les artistes que nous sommes ne devaient pas passer à côté de ça. On se devait de se mettre au cœur de ces mouvements-là, en écrivant une chanson qui en parle. Du fait que l’Amérique latine et le monde entier sortent de la maison pour aller dans la rue et pour revendiquer des choses.

      Concrètement le morceau que j’ai écris parle de chaque partie de mon corps de femme qui représente un paysage, une partie de l’Amérique latine. C’est devenu un morceau organique, avec le bouquet final qui est le mouvement des femmes en Argentine, qui ont réussi à faire légaliser l’avortement. Le chant du sud se termine avec cette dernière approbation de la loi pour l’IVG. C’est un beau cadeau que le monde nous renvoie avec la parution de ce morceau.

      Just Focus. Là aussi, c’est un hommage à vos racines et surtout un morceau engagé qui finalement concerne le monde entier ?

      Leonor. L’engagement fait partie intégrante de notre propos artistique. La poésie aussi ! Nous ne sommes pas un groupe militant mais un groupe engagé, qui aimons, qui sommes sensibles au mouvement. Mais nous sommes aussi sensibles à la poésie, à la beauté, à la rencontre sonore et musicale.

      Et finalement l’engagement est aussi dans le fait que l’album que nous sortons est le fruit de pleins de collaboration avec pas mal d’artistes français. El Canto Del Sur a été composé avec Deep Kelins qui a fait toute la programmation, le beat. Donc oui, un engagement humain et amical aussi.

      Couverture Album

      Just Focus. Est-ce que justement vous pouvez nous présenter cet album qui sort aujourd’hui ?

      Leonor. Amanecer, c’est le lever du jour, c’est l’aube. Il y a une tendance extrêmement individuelle dans le sens où c’est cette chaleur, c’est ce sentiment de bonheur que l’on ressent quand le soleil se lève. Les rayons de soleil qui touchent notre visage de bon matin et qui sont extrêmement agréables. Donc ce côté très naïf qui traverse cet album. Et puis aussi un message d’espoir, des bourgeons d’espoir. Chaque morceau est un bourgeon d’espoir pour se dire que la nuit va bientôt disparaître et que le soleil va se lever. Parce que les temps ont été très durs et le sont encore, mais il y a quand même des choses, des bourgeons d’espoir, des rayons de soleil dans le monde qui apparaissent.

      Chaque morceau est un morceau de collaboration, mais ce sont aussi des morceaux engagés, pleins de poésie, qui parlent et rendent hommage aux femmes. Et après bien sûr, il y a des morceaux qui renvoient à mon enfance et à ses souvenirs. Avec toujours beaucoup d’espoir, de chaleur et d’engagement.

      Just Focus.Vous nous avez parlé des artistes qui vous ont accompagné sur cet album, est-ce que vous pouvez nous les présenter ?

      Leonor. Il y a Leïla Martial qui est une grande chanteuse et musicienne d’origine Toulousaine qui vient d’acquérir la double victoire du jazz à Paris. Elle a posé sa voix sur le premier morceau de l’album. Leïla est une artiste incroyable et bouleversante de par sa créativité, son inventivité et son humilité. Cette personne nous a marqué musicalement et humainement. On lui a demandé, presque la veille de l’enregistrement, si elle voulait bien poser sa voix sur le morceau, elle a accepté et ça a été l’un des moments les plus forts de l’enregistrement.

      Ensuite cet album il est caractérisé aussi par une touche de modernité, parce qu’il y a pas mal de beat et de programmation. Il y a Ghislain Rivera qui est aussi un grand musicien, qui a proposé pas mal de couleurs et de programmation sur les morceaux de l’album. Et il y a Deep Kelins donc sur El Canto Del Sur.

      Au niveau des musiciens instrumentistes, il y a Serge Lopez et Jean-Luc Amestoy. Serge à la guitare et Jean-Luc à l’accordéon qu’on a invité sur le morceau Somos la riviera, qui parle d’amitié et de rencontre. Et enfin Matthieu Saglio au violoncelle, un artiste plein, complet, beau, humble aussi.

      Just Focus. Vous me disiez que vous ne faisiez pas que de la musique traditionnelle et on peut le voir dans les musiciens qui vous ont accompagnée. Quelles sont les influences du groupe ?

      Leonor. On va dire que notre musique est devenue un peu de la musique world. Il n’y a plus ce passif de musique traditionnel que le Cuarteto avait. Pour nos influences, il y a un Bouzouki grec et un Oud donc il y a des influences méditerranéennes, avec la chaleur du sud. Il y a des percussions afro-latine avec un percussionniste qui a baigné dans la salsa et qui a cet amour pour les pouls. Le guitariste joue aussi du oud et donne une touche plus flamenco, plus jazz à notre musique. Et puis toutes ces nouvelles approches modernes de beat et moi avec ma voix de femme d’origine argentine qui amène tout le côté latino-américain.

      Just Focus. Comment vous êtes-vous adaptés à la crise du Covid ? Vous sortez un album, vous avez fait des concerts en live stream. Est-ce que vous allez développer cette façon de faire des concerts ?

      Leonor. Alors pendant le confinement on a eu un peu de chance parce qu’on préparait l’album et pendant le déconfinement on a pu l’enregistrer. Pendant le confinement on a travaillé individuellement, donc les repets’ nous manquaient beaucoup. Comme tout le monde, les rapports humains nous ont aussi beaucoup manqué et ce qui nous fait énormément souffrir c’est ce manque de perspective et ce manque de vision, se dire qu’on est isolé au milieu de tout ce contexte extrêmement fragile. La culture n’est pas au centre des discussions, au contraire. Elle n’est même pas en dernier lieu, elle est absente. Donc c’est très douloureux de voir qu’il n’y a pas de perspective dans laquelle la culture pourrait se réinsérer dans cette société qu’on est en train de réinventer.

      Le live stream oui on le fait. On est très très loin des gens mais on fait comme on peut. C’est déjà super que les festivals s’adaptent et ils font comme ils peuvent pour maintenir un lien. Mais ce qui manque c’est le rapport aux gens. Un concert c’est de la musique vivante, c’est du spectacle vivant et dans vivant il y a de l’humain. Donc on fait des lives stream, mais j’espère que ça ne va pas être le projet culturel de 2021 ou 22. J’espère que ça va être juste un moment à passer.

      Just Focus. Ça permet de garder le lien, mais c’est vrai qu’un concert c’est la rencontre entre le public et les artistes.

      Leonor. C’est ça, c’est transpirer ensemble, c’est pleurer, s’émouvoir, applaudir… Ne serait-ce qu’avoir des applaudissements en live stream… voilà.

      Just Focus. Leonor, merci pour cette interview. Est-ce que vous avez un petit mot pour la fin ?

      Leonor. Que les lectrices et les lecteurs n’hésitent pas à nous suivre sur les réseaux. L’album sort aujourd’hui sur toutes les plate-formes. Qu’ils n’hésitent pas à aller liker, à nous suivre, à nous dire ce qu’ils pensent de l’album. Et j’espère qu’on va se retrouver très vite sur scène.

      Merci à Leonor et à son groupe Cuarteto Tafi pour cette belle interview !

      Vous pouvez retrouver dès à présent leur album Amanecer sur toute les plateformes en cliquant juste ici

      Instagram @cuartetotafi

       

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