Tanya the evil, critique de la saison 1 de l’anime

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tanya the evil

Avant de devenir un anime, Tanya the evil était un light novel écrit, à partir de 2013, par Carlo Zen (14 volumes, série en cours). Ce dernier devint un manga (33 volumes au Japon, série toujours en cours) en 2016, toujours écrit par Carlo Zen. Le succès a été rapide et une année plus tard, sort à son tour la version animée disponible sur la plate-forme crunchyroll. Retour donc sur une série étonnante qui prend de sacrés risques.

Une seconde chance

Dans sa première vie, Tanya était un homme, un cadre d’entreprise rigoureux, froid et dont l’empathie n’était pas la principale qualité. Profondément athée, il considère que l’Homme est responsable de ses actes et de son destin. Quand il est tué par un ancien collègue qu’il vient de licencier, un mystérieux être (l’Être X) lui apparaît et engage avec lui un débat. Incapable de faire changer d’avis le salary man, l’Être X décide de le réincarner dans un monde parallèle.

Tanya entame sa seconde vie comme une jeune fille orpheline plongée dans un pays rappelant l’Allemagne du début du XXème. Alors qu’un conflit généralisé menace d’éclater, l’enfant découvre qu’elle a des pouvoirs magiques. Elle intègre l’armée et le corps des sorciers. Mais l’Être X n’est pas loin. Il l’avertit que si elle ne meurt pas de mort naturelle et que si elle refuse toujours d’avoir foi en lui, alors elle sera envoyée en Enfer pour purger les péchés de sa précédente vie. Voilà Tanya obligée de survivre à un conflit qui approche et de se soumettre à un être étrange.

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Une grande guerre alternative

Tanya the evil se présente comme une uchronie où la magie vient percuter l’histoire réelle. La BD guerres et dragon propose un postulat identique. Dans cet anime, les sorciers sont une denrée précieuse. Ils constituent des unités d’élite capables de combattre aussi bien à pied que dans les airs. Chaque camp a développé ce corps et l’emploie pour des missions diverses : exploration, frappe… Ce sont de véritables armes nouvelles qui évoquent le rôle de l’aviation lors de la première guerre mondiale.

Cette uchronie nous plonge dans un monde qui évoque l’Europe des années 1920. Une grande guerre débute, un conflit  qui va mélanger des aspects de la première et de la seconde guerre mondiale. En effet, les épisodes reprennent des éléments historiques : le plan Schlieffen, la percée de Sedan, les batailles de Cannes et d’Austerlitz, le D Day, les tranchées, la bataille de la Somme, les fusées V 1. Les noms des pays sont à peine modifiés : Tanya sert l’empire opposé à la république françoise, au Grand-Duché de Dakia (Roumanie) et au Royaume-Allié (Royaume-Uni). La Fédération de Russy et États-Alliés sont encore neutres.

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Tanya the evil : une méchante comme héroïne

Il y a un parti pris qu’il faut accepter si l’on veut se plonger dans cette série. Tanya est du mauvais côté de l’histoire. Elle sert un empire expansionniste, belliqueux qui ne rêve que de conquête. Elle mène même des actions condamnables (la répression de la révolte par exemple). Sa personnalité est froide, amorale. Elle ne pense qu’à la guerre, à la victoire et à sa propre survie. L’œuvre nous fait donc adopter le point de vue de l’Allemagne, sa paranoïa, sa suffisance.

Tanya devient dès lors une armée absolue, un démon (le démon du Rhin) grimé en ange. Car c’est une petite fille qui mène des actions contre tous les ennemis de l’empire, un enfant qui semble invincible et qui fait basculer le cours de la guerre. Est-ce parce qu’elle a des réminiscences de sa vie antérieure qu’elle anticipe tout et parvient à influencer son état-major ? En tout cas la série assume son point de vue pour nous offrir un série étonnante et dérangeante (du point de vue français et anglais).

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La Raison contre la foi

Mais à la différence du manga Bomber Boy qui proposait une uchronie incomplète et manichéenne sur la guerre du Pacifique, Tanya the evil est en réalité beaucoup plus subtile. D’abord les actes de Tanya, aussi condamnables soient-ils sont liés non par l’idéologie mais par son désir de survivre. Elle devient méchante sans vraiment le vouloir. Ce qu’elle veut, c’est se sauver et non sauver le monde. Elle sème alors le chaos de la guerre en espérant retarder sa propre fin. Mais la guerre se nourrit de la guerre. Ses victoires repoussent les espoirs de paix.

Ensuite l’Être X est un personnage ambigu. Est-il bon ou méchant ? Le doute est de mise. Est-il réellement un dieu ou un faux-dieu, une idole qui cherche à obscurcir l’esprit des Hommes ? Cette guerre qui déchire les Nations le renforce : chaque camp l’appelle à l’aide. Tanya elle-même, pour utiliser certains objets magiques doit s’ouvrir à la foi. L’Être X alors ressemble au fil des épisodes à un être pervers, jaloux qui va utiliser tous les ressorts de la haine pour faire céder Tanya et la faire échouer. Dans quel but ?

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Tanya the evil : une réalisation de haute volée, une histoire loin d’être finie

Cette série peut s’inscrire parmi les œuvres les plus belles jamais réalisées. La reconstitution de cette Europe est somptueuse : les villes industrielles, le Paris Haussmannien, la beauté froide des paysages scandinaves. Les décors sont magnifiques et nous permettent de nous immerger dans ce XXème siècle débutant. La reconstitution militaire est tout aussi remarquable qu’il s’agisse des armes, des champs de bataille, de la violence des combats ou des destructions. La mort n’est pas édulcorée, loin s’en faut.

La fin de la saison 1 n’est qu’une pause. Un général français (la version du général de Gaulle dans cet univers) reprend les rênes du combat. A l’Est un danger s’éveille tandis qu’Outre Atlantique, les États-Alliés s’inquiètent des ambitions de l’Empire. La série s’achève alors trop vite, nous laissant entrevoir les futurs développements de ce conflit qui ressemblent de plus en plus au second conflit mondial.

Tanya the Evil est une uchronie militaire remarquable, troublante mais dont on ne peut nier l’efficacité. Beaucoup d’éléments restent à découvrir. Il faut savoir qu’un long métrage, sorti en 2019, reprend l’histoire là où elle s’est interrompue à la fin du dernier épisode et qu’une seconde saison est annoncée. Patience donc.