Jurassic Park vs Jurassic World

Demain sort dans nos salles un nouvel opus « Jurassic Park », renommé « Jurassic World ». Le long-métrage, presque 15 ans après le dernier film, est réalisé par Colin Trevorrow. Spielberg étant à la production, le spectateur est en droit d’espérer que Universal studios n’ait pas détérioré la réputation et la qualité des deux premiers films de Steven Spielberg. Au casting, le spectateur y découvre Chris Pratt, la nouvelle coqueluche d’Hollywood, Bryce Dallas Howard, mais aussi le français Omar Sy, aujourd’hui acteur international. Le long-métrage, presque une sorte de reboot, innove par rapport au premier film : cette fois-ci des visiteurs trop nombreux coincés dans un parc sont le déjeuner de dinosaures carnivores en cavale. De plus, la menace n’est pas simplement un tyrannosaure mais aussi une créature hybride créée de la main de l’homme et pratiquement devenue invincible au fil des jours. L’article va présenter quelques comparaisons avec le premier film, pour montrer les innombrables défauts de ce dernier opus et prouver que « Jurassic World » n’arrive pas à la cheville de son illustre ancêtre.

 

Nous sommes en 1993, Steven Spielberg, réalisateur adulé pour ses innombrables œuvres cultes, se décide à réaliser « Jurassic Park », qui sera suivi d’une suite également réalisée par l’artiste en 1997. Le public dans les salles découvre médusé ce qui deviendra tout simplement la référence cinématographique en matière de dinosaures. Un long-métrage simple, efficace et terriblement culte de nos jours.

 

 L’histoire des Jurassic Park:

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En 1993 Hammond, le directeur de Jurassic Park, interprété par l’éternel et regretté Richard Attenborough, fait venir sur son île, où le parc est édifié, une équipe de chercheurs et un avocat pour officialiser son parc à thème et obtenir les derniers conseils et accréditations pour ouvrir au monde son exceptionnelle reconstruction jurassique. Chaque personnage va être tiraillé entre la beauté puissante et merveilleuse que va susciter l’observation des dinosaures, la révolution et les progrès techniques que vont entraîner les séries de clonages qui ont permis la renaissance de l’espèce éteinte ; et d’un autre côté le danger que cela encourt, et la question de déontologie scientifique qui ne peut décemment pas permettre de jouer avec un ADN aussi ancien afin de réadapter une espèce disparue en toute désinvolture. Offrant de véritables questions d’éthique et de morale Spielberg questionne son spectateur. Il lui demande simplement si, malgré l’exceptionnelle expérience qu’un tel changement engendrerait, la création de dinosaures serait, sans compter l’avancée scientifique, réellement un progrès pour l’Homme. À travers son long-métrage vendu comme un divertissement parfois à la limite de l’horrifique, de véritables questions peuvent être aisément soulevées. Évidemment, les dinosaures vont s’échapper de leur enclos, semer la débâcle et l’horreur chez les hommes en leur prouvant qu’ils ne peuvent pas dompter la nature, en leur affirmant que nul être sauvage ne peut être contrôlé par les hommes et leur soif de profit.

Retour en 2015 avec « Jurassic World ». Dans ce nouveau film, les dinosaures vont également s’évader de leur cage. Mais cette fois, des visiteurs sont les victimes collatérales des mâchoires puissantes des animaux. La menace est un nouveau type de dinosaure : un nouvel animal créé par l’Homme, un hybride entre le reste de séquences d’ADN de deux espèces de dinosaures différentes. Dans ce long-métrage l’Homme ne se contente pas de faire revenir à la vie l’espèce disparue, il se donne même le droit de modifier l’ADN de celle-ci pour en faire de nouveaux éléments. L’Homme s’octroie le privilège d’inventer de nouvelles espèces en utilisant la signature génétique d’espèces disparues. Avec comme justification le bon plaisir du client. Ainsi l’histoire, sur le papier, de « Jurassic World » offre également de quoi réfléchir. Trevorrow démontre à quel point l’Homme peut être ambitieux et comment cette ambition peut l’entraîner déraisonnablement vers sa perte. L’être humain cherche à se prouver qu’il est capable de repousser encore plus les limites du possible sans forcément étudier les conséquences de ses actes. Ainsi, « Jurassic World » offre un monstre qui apparaît complètement dans l’ère du temps. Un produit créé de toute pièce par l’être humain, une chose censée servir le plaisir insatiable de l’Homme mais qui va se révéler néfaste pour lui. Un monstre qui montre comment l’Homme détruit ce qui l’entoure sans forcément s’en rendre compte. L’animal montre bien le désir qu’a l’Homme de changer son environnement constamment. Il matérialise la folie humaine et sa recherche d’un emmagasinement de trop-plein de révolutions, qui sont, pour certaines, dangereuses et primitives.

 

 

Personnages et casting :

 Chris Pratt

Certes Chris Pratt est un acteur talentueux, qui offre des prestations sympathiques et de qualité, certes Omar Sy est capable de donner une véritable sensibilité et une belle épaisseur à ses personnages, et Bryce Dallas Howard est elle aussi très convaincante, rappelant parfois Jessica Chastin de par son jeu et son physique. Pourtant, tout fan de « Jurassic Park » ne pourra faire taire sa nostalgie et sa mélancolie du casting originel. Difficile d’oublier l’immortel Attenborough, dans son rôle de directeur du parc d’attractions, pédagogue, réfléchi et attachant. Irrfan Khan essaie avec un succès relatif, de recréer, avec son rôle, ce protagoniste. Ainsi, il apparaît un peu dans « Jurassic World » comme la tête pensante des personnages, le sage capable de lire l’avenir et de prendre les bonnes décisions. Mais son rôle n’a pas la puissance ni la portée de celui de Attenborough. Il reste difficile de lutter contre le duo Sam Neill et Laura Dern qui imposaient leur talent, leur science et leur complicité avec une facilité, une spontanéité et une véracité inégalable. L’alchimie entre Chris Pratt et Bryce Dallas Howard reste elle aussi efficace mais plus commune et plus paresseuse. Mais ce qui manque à « Jurassic World » est bien un rôle aussi passionnant que celui tenu par Jeff Goldblum. Dans ce nouvel opus, aucun docteur suspicieux, méfiant, scénique, n’offre des répliques drôles et ironiques, aucun acteur ne dégage non plus autant de facilité dans la prestation. Quant au second rôle, on ne peut évidemment que regretter l’absence de Samuel L Jackson. Mais le casting de « Jurassic World » reste franchement satisfaisant et il serait malhonnête d’affirmer que les interprètes ne sont pas largement convaincants.

La réelle innovation du long-métrage, le véritable changement réside dans le personnage de Chris Pratt. Ce-dernier est un dresseur de vélociraptors, de relatifs petits dinosaures carnivores, un des plus rapides et dangereux prédateurs que la Terre ait porté. Le concept d’un dresseur de dinosaures était assez inquiétant sur le papier, il peut susciter de l’incrédulité. On ne dresse évidemment pas des dinosaures, et la communication n’est même pas envisageable. Pourtant, après quelques minutes de reconsidération, cette nouvelle idée n’est pas forcément mauvaise. Après tout, il existe bien des dresseurs pour les grands animaux sauvages, et en cas d’existence d’un parc de dinosaures, il paraîtrait logique que des dresseurs soient formés. Le personnage de Chris Pratt se révèle être en fin de compte un atout pour le film. Un personnage badass, un héros formel mais attachant, respectueux des dinosaures et de la nature. La communication avec les vélociraptors reste sympathique, peu recherchée, assez rudimentaire pour être réaliste mais pourquoi pas largement crédible, avec un peu d’imagination et d’ouverture d’esprit. La relation qu’il entretient avec les raptors reste relativement humble et donc qualitative.

 

 Ambiance, réalisation et dinosaures :

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Ce nouveau dinosaure est plutôt agréable à regarder. Esthétiquement sobre, plutôt beau, sans être extravagant. La monstrueuse bête est suffisamment simple pour être inquiétante et dangereuse. Même si elle est affublée de capacités exceptionnelles, celles-ci ne viennent pas annihiler l’effet de frayeur que le monstre est censé créer. Mais même si ce dinosaure est suffisamment convaincant pour ne pas gâcher le film, on est en droit de se demander si cette invention était bien utile. Après tout, un dinosaure reste un dinosaure…

Le véritable problème du long-métrage relève de la réalisation et de la mise en place de l’ambiance. Un véritable fossé se creuse entre la qualité du premier film de Steven Spielberg et la relecture de Colin Trevorrow. Avec « Jurassic Park », Steven Spielberg parvenait à mélanger les genres. Le long-métrage apparaissait d’abord comme un film familial, une œuvre joyeuse, pleine de poésie et de rêverie, qui offrait un spectacle titanesque et complètement nouveau : la découverte d’un parc rempli de dinosaures. Puis le réalisateur installait peu à peu l’inquiétude, la crainte qu’un problème ne survienne – un problème tellement insurmontable que les dinosaures en profiteraient pour décimer la population humaine du parc. Porté par la musique de John Williams, qui jouait de sa baguette tel un maître et participait grandement à l’immersion du public et à l’application de l’ambiance, le spectateur se sentait réellement concerné par les péripéties du long-métrage. Les spectateurs s’identifiaient vraiment aux personnages, il était bien immergé dans l’ambiance du long-métrage. Le film familial se transformait peu à peu en drame horrifique. Le maître de « Les dents de la mer » parvenait parfaitement à gérer la tension et le suspense pour que le public se sente menacé à chaque instant. Et la rupture de ton avec la première partie sécurisante ne faisait qu’appuyer cette sensation de stress crescendo.

« Jurassic World » essaie de recréer ce schéma, et n’y parvient que très relativement, à rares moments. Alors que la bête n’a pas encore été dévoilée, le réalisateur parvient parfois à faire monter la tension. Un certain malaise se ressent lorsque les personnages se rendent compte à quel point l’animal est intelligent et dangereux. Et en fin de compte la première apparition du dinosaure est plus qu’honorable. Malheureusement, Colin Trevorrow ne pose le cadre que de manière très artificielle, tout comme les shows démentiels mais vains proposés dans le parc. Tout comme Spielberg avant lui, le réalisateur offre une introduction familiale, pour créer un cadre sécuritaire. Mais cette introduction tient plus d’une détestable comédie Walt Disney que d’une mise en bouche digne et promettante. La crainte horrifique du second opus de Spielberg est ici complètement absente. Aucune crainte, aucune véritable inquiétude n’apparaît. Plus les minutes passent et plus « Jurassic World » se transforme en film d’action, en une véritable chasse au dinosaure, où les hommes meurent parfois de manière gore, souvent en hors-champ. Aucune véritable scène n’est marquante, aucune innovation, invention ou détail intelligent n’est notable dans la seconde partie du long-métrage qui n’est qu’une succession de situations bateau et maintes fois vues. Quant à la fin, Colin Trevorrow ne fait que mettre en scène d’horribles combats, pour la majeure partie grandement en hors-champ. Le réalisateur ayant peut être eu des difficultés à gérer le gigantisme des animaux. La surenchère est détestable, une succession absurde de dinosaures qui viennent se battre sans réelle raison, ni pour leur survie, ni pour se nourrir, simplement parce que le scénario le demande. Le plan final est d’une vacuité absolue.

 

 Portée culturelle et dimensionnelle :

 Jurassic World

Le premier « Jurassic Park » est aujourd’hui devenu un film culte, une référence cinématographique. « Jurassic Park » était un rêve d’enfant devenu réalité. Steven Spielberg est resté complètement fidèle à son âme de gamin. Quel enfant n’a pas rêvé de rencontrer un dinosaure au détour d’un sentier ? Spielberg est réputé pour mettre en scène la rêverie enfantine, avec « Jurassic Park » il y set parvenu complètement tout en faisant évoluer son long-métrage vers le cauchemar de l’adulte. La rêverie se transformait en réalisme et en rationalisme, l’enfant passe à l’adulte et perd son imagination débordante pour ne garder que l’horrible finalité d’une telle aventure.

« Jurassic World », au contraire, est un produit industriel, un long métrage calibré, un blockbuster destiné à divertir et faire frissonner les prés-adolescents. Mais toute la magie, toute la rêverie s’en est allée pour être remplacée par des images de synthèse sans âme. « Jurassic World » est un film fade, aseptisé, qui oublie la magie des premiers films pour ne retenir que le gigantisme et le spectaculaire que peuvent offrir ces créatures. « Jurassic World » est un film dans l’ère du temps, un blockbuster sans âme qui tarie des films passés hautement respectables.

La bande annonce de Jurassic World : https://youtu.be/-hvu3kZ8A74

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