Critique de Au-Delà des montagnes : rencontre du 3ème type

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au-delà des montagnes

Le 11ème volume des Futurs du Liui Cixin, Au-delà des montagnes, publié par les éditions Delcourt, a de quoi surprendre. Après les aventures spatiales, La Terre Vagabonde, les thrillers géopolitique tel L’Ere des Anges ou les romans historiques comme  La Perfection du cercle, place au récit intimiste d’une rencontre atypique entre deux formes de vie différentes.

Le jour où la gravité s’arrêta

Avant d’être géologue, Feng Fan était un enfant des plaines du Hebei, en Chine. Chaque jour sur le chemin de l’école, il rêvait d’atteindre les montagnes qui s’élevaient au loin. Cette passion a grandi avec le temps jusqu’à ce jour terrible où avec quatre de ses amis il a entrepris de gravir le mont Everest. Lui seul en est revenu et il a décidé de ne plus jamais gravir de montagne. Le voici désormais engagé sur un navire sondant les profondeurs du Pacifique.

Mais un événement imprévu vient bousculer la vie des terriens. Un vaisseau extra-terrestre vient d’apparaître et de se positionner au-dessus de l’Equateur. Sa présence, non seulement génère une immense montagne d’eau mais surtout, son champs de pesanteur est en train de détruire l’atmosphère, de perturber la gravité et à termes de tuer toute forme de vie. Feng Fan n’a d’autres choix que d’essayer de gravir cette montagne d’eau, haute de 9 000 mètres, pour entrer en contact avec les visiteurs.

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Au-Delà des montages : un récit intimiste

Ce volume des Futurs de Liu Cixin tranche énormément par rapport aux autres tomes. En effet, l’histoire se concentre sur deux personnages qui entament un dialogue sur fond de théories scientifiques, de philosophie et de parcours de vie. Cette narration explique le choix d’un dessin simple, d’une colorimétrie désaturée, de décor très aride, de ligne très géométrique. Tout doit fait ressentir l’incroyable face à face entre deux formes de vie totalement opposées.

Cette rencontre met aussi face à face deux caractères différents. Le visiteur est curieux, animé d’une envie d’arpenter l’infini de l’univers. Son voyage ressemble à celui d’un enfant qui découvre le monde. Chaque étape est un émerveillement. Le terrien est lui en quête de rédemption. Il trouve dans cette mission l’occasion de faire la paix avec son passé. Très biblique, son ascension de cette montagne le mène à une rencontre quasi divine accentuée par la référence à la fresque de Michel-Ange La Création d’Adam. Avec à la clé; le pardon et l’espoir d’un nouveau départ.

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Un conte philosophique : pourquoi gravit-on les montagnes ?

Tout ce récit tourne autour de la figure tutélaire de la montagne. Pourquoi fascine-t-elle tant l’humanité et les espèces vivantes ? Est-elle une quête ou un paradigme sans cesse renouveler ? C’est que va découvrir l’humain au gré de ses expériences et de ses échecs. On gravit la montagne dans l’espoir d’en découvrir d’autres. Elle est l’expression de notre besoin de nous dépasser. La vraie montagne est en nous et chaque ascension la révèle progressivement.

Au-Delà des montages propose également une métaphore sur le progrès. L’histoire du visiteur évoque celle de l’humanité, passée des âges sombres aux Lumières. L’une des images les plus fortes s’appuie sur la volonté d’une poignée de ces êtres étranges d’aller au-delà des apparences, d’enfreindre les règles, de risquer la mort. Pour gagner les étoiles, il ont connu leur Galilée, leur Giordano Bruno qui ont payé, parfois de leur vie, leur foi dans l’intelligence et le progrès.

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Au-Delà des montages : la complexité de l’univers

Les œuvres de Liu Cixin aiment proposer des interprétations littéraires des grandes théories scientifiques. Dans ce volume, le lecteur va appréhender une forme de vie totalement étrangère à la nôtre, née des profondeur de la terre. Elle s’apparente d’ailleurs beaucoup aux fourmis. Une civilisation minérale, de l’intérieur pour qui le Ciel n’existe pas. Comment conçoit-elle la lumière, l’eau, l’espace ?

Cette étonnante espèce vivante conduit dès lors l’auteur à explorer alors une théorie d’astrophysique : la théorie de l’univers bulle. Difficile à appréhender par un esprit humain, il prend tout sens pour une espèce qui a, elle-même, vécu pendant des millénaires dans une bulle. Concevoir dès lors un multivers ne lui pose pas de problème, de même que d’appréhender l’infini. Cela fait partie de l’ordre des choses.

Avec Au-delà des montagnes, les éditions Delcourt offrent un récit atypique à la fois philosophiquement dense et minimaliste dans son dessin. Cette histoire, qui ne plaira pas graphiquement à tout le monde, mérite cependant plus que le coup d’oeil.