Après Guillermo del Toro, c’est au tour de Maggie Gyllenhaal de revisiter le classique de Mary Shelley. Sorti le 4 mars, le film était très attendu par le public et la critique. Avec The Bride!, la réalisatrice nous offre une histoire complètement déjantée sur la fiancée de Frankenstein.
Mesdames, dénouez vos langues. C’est le message que porte The Bride!. Sorti en salles le 4 mars, le film de Maggie Gyllenhaal revisite le mythe de Frankenstein avec un regard féministe. Une vision incarnée par le look audacieux de Jessie Buckley, qui fait écho à celui d’Elsa Lanchester dans The Bride of Frankenstein (1935).
Pour donner vie à sa vision, Maggie Gyllenhaal convoque l’esprit de Mary Shelley, créatrice du mythe originel. À seulement 20 ans, elle publie Frankenstein, devenant l’une des pionnières de la science-fiction. Visionnaire, elle y critique la monstruosité humaine à travers un géant cadavérique touchant, ici incarné par Christian Bale. Bien plus qu’une simple variation sur la fiancée de Frankenstein, The Bride! raconte une histoire encore plus monstrueuse, peut-être celle que Mary Shelley aurait voulu écrire, où la parole féminine occupe le centre du récit.
Un nouveau monstre en ville
L’intrigue commence à Chicago en 1936, lorsqu’Ida (Jessie Buckley) est assassinée par la mafia. Juste avant de mourir, Mary Shelley prend possession de son corps et lui délie la langue. Ida cesse alors d’être la femme docile et séduisante à laquelle on l’a réduite, mais dans un monde qui veut la faire taire, ses mots finissent par lui coûter la vie.
De son côté, Frankenstein cherche un savant (ou plutôt une savante) capable de lui offrir enfin une compagne. Meurtri par plus d’un siècle de solitude, il tente de se fondre dans la masse et rêve d’histoires d’amour en regardant les films de son acteur préféré, Ronnie Reed (Jake Gyllenhaal). Finalement, le docteur déterre le cadavre encore frais d’Ida, donnant naissance à un nouveau monstre.

Dans l’esprit de la jeune femme, tout se mêle. Les paroles violentes de Mary Shelley, qui dirige chacun de ses gestes comme une marionnette, se confondent avec la confusion d’Ida, perdue et incapable de savoir qui elle est ou même quel est son nom. On lui répète sans cesse qu’elle est la fiancée de Frankenstein, victime d’un tragique accident.
Si l’apparence de Frankenstein inspire la peur par son aspect repoussant, sa fiancée inquiète autrement : sa beauté est non conventionnelle, presque dérangeante. Sa langue est noire, une tache d’encre marque ses lèvres, et sa coiffure semble électrisée. Sa robe, souvent déboutonnée, laisse entrevoir son soutien-gorge. Maggie Gyllenhaal offre une version rebelle et troublante de la fiancée, à contre-courant de toutes les époques, la nôtre y compris.
Maggie Gyllenhaal dépeint une société patriarcale
Une fois libre, au bras de son Frankenstein de plus en plus épris, la fiancée devient une véritable bombe à retardement. Animée par un désir de liberté et sous l’influence d’une autrice vengeresse ayant pris possession de son corps, elle se révèle particulièrement dangereuse. Elle tue, se fait remarquer, et sa langue déliée irrite le parrain de la mafia locale, qui prend plaisir à réduire au silence les femmes trop bavardes… en leur tranchant la langue.
De l’autre côté, Myrna Malloy (Penélope Cruz) et Jake Wiles (Peter Sarsgaard) enquêtent sur les meurtres causés par notre couple de monstres. Tandis que la brillante Myrna progresse dans son enquête, Jake détourne l’attention des hommes curieux de voir une « secrétaire » sur une scène de crime. Ces deux personnages sont sans doute les plus réalistes du film. Myrna incarne une femme talentueuse, évoluant dans l’ombre des hommes, confrontée au plafond de verre tout en tentant de réussir dans sa carrière.

Le personnage de Jake est tout aussi intéressant. Il répète souvent : « Ça ne dépend pas de moi », que ce soit pour soutenir officiellement Myrna dans sa carrière ou pour révéler la vérité sur Ida. Cette posture reflète celle de nombreux hommes de notre société patriarcale : conscients des injustices mais passifs face à elles. Même lorsqu’il aide discrètement les femmes, il refuse de s’engager pour faire évoluer réellement les choses. À travers lui, Maggie Gyllenhaal met en lumière un mécanisme central : la déresponsabilisation. Dire « ça ne dépend pas de moi », c’est laisser le système perdurer tout en continuant à en bénéficier.
Ce constat se retrouve aussi chez Frankenstein lui-même. Complice des crimes de sa fiancée, il la protège sans cesse et lui répète qu’il est fou de son esprit. Pourtant, il ne lui accorde qu’un seul rôle : celui de « sa » fiancée. Elle n’a pas de nom propre, seulement celui qu’il lui a inventé. Il projette sur elle ses fantasmes, lui construit une personnalité, et rêve de leur mariage comme si c’était l’aboutissement de leur aventure. Sans s’en rendre compte, ce monstre marginal et rejeté finit par ressembler aux autres hommes : son désir d’aimer se transforme peu à peu en désir de posséder.
Une révolution est née
Liée aux mortes, la Fiancée ressent tous les maux des femmes sacrifiées. Lorsqu’elle parle pour celles qui ne le peuvent plus, elle devient un symbole. Elle déclenche un mouvement révolutionnaire à son image : son apparence, son maquillage, sa voix, tout devient politique. Elle incarne une vérité : la société considère une femme comme “monstrueuse” lorsqu’elle est libre. Mais ce n’est en réalité que la pleine expression de leur personnalité. Mais elle devient alors une menace pour l’ordre établi.

Pour The Bride!, Maggie Gyllenhaal a confié le rôle à l’incroyable Jessie Buckley, fraîchement oscarisée pour son interprétation dans Hamnet de Chloé Zhao. L’actrice irlandaise incarne à la perfection le chaos de la Fiancée. Cette “attaque cérébrale” évoquée par Mary Shelley dans le film, censée avoir causé sa mort, s’illustre sous nos yeux : la Fiancée est déchirée entre l’insouciance d’Ida, la rage de l’auteure de Frankenstein, et les normes sociales qu’on lui a inculquées depuis toujours. C’est beaucoup pour une femme à qui l’on demande, en plus, d’être la compagne d’un monstre qui place en elle tous ses espoirs de bonheur.
Un propos déjà exploré par Greta Gerwig avec America Ferrera dans le célèbre monologue de Barbie. Être femme dans une société patriarcale est un défi si contradictoire qu’il devient impossible de ne pas en souffrir.
Malgré un rythme parfois déroutant, The Bride! délivre un message féministe puissant, et très actuel, porté par une actrice brillante.
Envie de quelques chose de plus léger ? On vous conseille « Eternity ».

















![[INDRE ET LOIRE] Moorea Festival 2026 : Oliver Heldens rejoint une programmation explosive au Château de Grillemont Programmation Moorea Festival 2026 (37)](https://www.justfocus.fr/wp-content/uploads/2026/03/DSC02636-218x150.jpg)
















![[INDRE ET LOIRE] Moorea Festival 2026 : Oliver Heldens rejoint une programmation explosive au Château de Grillemont Programmation Moorea Festival 2026 (37)](https://www.justfocus.fr/wp-content/uploads/2026/03/DSC02636-100x70.jpg)
