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      [Critique] Augustin passe aux aveux: la repentance d’un homme de foi

      Le théâtre Les Déchargeurs nous présente « Augustin passe aux aveux », une pièce interprétée et mise en scène par Dominique Touzé. Elle reconstitue le cheminement initiatique et métaphysique de celui qui s’est fait connaître sous le nom d’Aurelius Augustinus.

      Une adaptation concise du livre « les aveux d’Augustin »

      Adaptée de la nouvelle traduction de Confessions de Saint-Augustin par Frédéric Boyer, cette œuvre autobiographique adopte un vocabulaire modernisé. Le changement du titre de Confession pour « Aveux » n’est pas anodin. Il contribue à sortir du contexte classique de la confession et à la rendre publique. Augustin fait état de sa repentance des larcins et de la concupiscence auxquels il a succombé. Il aime aimer ! C’est un concept d’amour prépondérant dans le christianisme auquel il a fortement concouru. 

      « Je n’aimais pas encore, mais j’aimais aimer et par un besoin secret, je m’en voulais de ne pas en avoir encore assez besoin. »

      Augustin passe aux aveuxIl décide alors de sortir d’une vie purement contemplative, à la recherche de la lumière divine. Cette confession de foi se traduit par la description d’un Dieu à la fois au-dessus des hommes et au plus profond de chacun. A travers le texte, on ressent une forte distinction entre le Bien et le Mal. La justice lui semble être dictée par la conception d’un Dieu fort qui assure fatalement la victoire du Bien. Le comédien Dominique Touzé semble être possédé. Il se saisit entièrement du personnage jusqu’à la maîtrise de l’art de la parole.

      « Tu m’as forcé à me faire face. Ce jour-là j’étais nu devant moi. Nulle part où échapper à moi-même. »

      Considéré comme un des quatre Pères de l’Eglise occidentale, Augustin devint d’une grande influence au XVII ème siècle. Touché par la grâce divine, il se convertit au christianisme et devient l’évêque d’Hippone. Son chemin s’éclaire…

       

      A travers une mise en scène lumineuse

      Dénué de tout élément décoratif, le public ne peut que se remettre entièrement au comédien mis à nu sans artifice. Nous sommes envoûtés par sa voix suave qui sous-tend la dynamique de la pièce. Le théâtre devient alors un instrument esthétique au service d’une idéologie spirituelle.

      Installé sur une petite scène, Dominique Touzé fait le récit d’Augustin en commençant par son enfance jusqu’au décès de sa mère, Monica. Il y fait régulièrement référence tout au long du spectacle car elle a eu une place prépondérante dans sa vie. Né dans la Province d’Afrique, l’actuelle ville de Souk Ahras en Algérie, il étudia brillamment l’art de la rhétorique à Carthage, ville des plaisirs de l’amour. On ressent d’ailleurs une certaine sensualité lorsqu’il évoque cette période.

      Augustin passe aux aveux au Théâtre des DéchargeursEn quête d’une douloureuse intériorité, Dominique Touzé l’exprime avec sensibilité et justesse. Le lieu a  judicieusement été choisi compte tenu de l’aspect poétique de la salle. Un arc voûté et des pierres de taille instaurent une atmosphère d’un autre temps.

      Dans la pénombre, un dialogue poétique s’instaure entre le comédien et le violoniste, Guillaume Bongiraud. La musique s’interprète comme une réponse divine aux interrogations d’Augustin. Lorsqu’il nous confesse ses plaisirs de luxure, c’est une manière de rendre la grâce plus grande en exprimant les pires maux. C’est avec émoi qu’ il fait état d’une véritable réalisation de soi comme s’il naissait à nouveau devant nous sur le vif. Toutefois, gardons à l’esprit qu’ Augustin est un excellent rhéteur qui sait présenter les choses qu’il nous faut interpréter avec certain recul.

      Augustin passe aux aveux n’est pas un spectacle religieux. C’est une réflexion philosophique à la fois mystique et intelligible qui incite à une introspection. Je vous invite à vous laisser emporter par ce voyage pénétrant vers ces contrées antiques.

       

      Informations utiles

      Augustin passe aux aveux au théâtre des Déchargeurs (Salle La Bohème) 
      3 rue des Déchargeurs (RDC Fond Cour), 75001 Paris 
      01 42 36 00 50

      Jusqu’au 1er juillet
      Les jeudis et vendredis à 21h

      Durée: 1h10

       

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