Critique du film Alienoid : retour vers le passé

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Budget énorme pour le cinéma sud-coréen, Alienoid est un projet intriguant. Film de S-F, film de sabre, film fantaisie, film sur le voyage dans le temps, le long métrage de Choig Dong-Hoon convoque des univers divers, ose beaucoup et propose un spectacle généreux animé d’une ferveur et d’une énergie débordante. Avec autant d’intentions, le risque était grand de se perdre et, miracle, le film tient toutes ses promesses.

Once Upon a time on the earth

La Terre, depuis des millénaires, est visitée par les Aliens. Ceux-ci ont même trouvé en les humains la prison idéale pour enfermer leurs pires criminels. Régulièrement, un vaisseau apporte son lot de condamnés qui sont transférés dans leurs corps d’humains. Ils vont rester dans le corps de leur hôte, à son insu, jusqu’à la mort de celui-ci ce qui mettra fin à leur existence. Pour éviter que ces prisonniers d’échappent, un gardien envoyé du futur surveille ces enveloppes et rattrapes les rares fugitifs.

Mais quand un vaisseau alien apparaît dans le ciel de Séoul pour libérer les captifs, le gardien se lance dans un combat féroce pour empêcher une évasion massive qui risque de mettre en péril la Terre. Dans le même temps, 600 ans plus tôt, des moines taoïstes, des aventuriers et une mystérieuse secte recherchent  une dague aux propriétés magiques. Ce mystérieux artefact semble avoir traversé le temps et relier ces deux trames chronologiques.

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Alienoid : le mélange des genres ultimes

Attention les yeux, Alienoid représente le nec plus ultra du film asiatique syncrétique. Les amoureux du cinéma de Hong Kong de la grande époque (Running on Karma, Histoire de fantômes Chinois) seront aux anges.  En effet, ce long métrage s’inspire de Terminator, de Highlander, de Retour vers le futur, de Superman 2, de Man of Steel. Les scénaristes nous offrent une œuvre de Science-Fiction ambitieuse qui utilise tout un pan de pop culture au service d’une intrigue passionnante. Une Terre prison, enfermant de redoutables entités est menacée de destruction quand les Aliens décident de la terraformer pour l’adapter à leurs hôtes.

Mais en plus, le film s’offre une deuxième trame, dans le passé qui elle lorgne du côté des films historiques, des films de sabre et des films de fantaisie. Une référence vient toute de suite en tête : la série des Histoires de fantômes Chinois produits et réalisés en partie par Tsui Hark. Car ici, ce sont des moines taoïstes qui s’affrontent à coup de formules contrôlant les éléments, de poisons figeant les corps et d’affrontements martiaux titanesques. Cette magie, parfaitement expliquée par la narration, confère au film un dynamisme constant quelle que soit la période choisie.

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Une belle maîtrise technique

Alienoid, de par ses ambitions, se devait de proposer une réalisation de très haute tenue. Et la surprise vient d’abord de la très bonne qualité des VFX. Imaginer que le film nous propose l’invasion d’un quartier de Séoul, l’affrontement entre deux androïdes surpuissants, le duel aérien en pleine ville entre deux vaisseaux, l’effondrement de buildings et la libération d’un terrible gaz rouge. Or, les effets spéciaux sont remarquables. Ils maintiennent intacte l’attention du public qui saisit l’ampleur de la menace.

Cette qualité technique se retrouve dans les passages dans le passé. Ici, Choi Dong-Hoon nous livre des passages qui s’inspirent de Tigre et Dragon ou d’Il était une fois en Chine pour nous servir des combats merveilleusement chorégraphies. Les personnages volent, exécutent des enchaînements prodigieux, se jouent des éléments. Le film ne s’arrête jamais et propose un mouvement permanent à la mesure de ce qu’il veut nous raconter.

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Alienoid : capter par l’histoire

Ce film ne se contente pas de proposer d’un torrent d’actions quasi continu pendant presque deux heures. Il nous sert aussi une histoire captivante, bien écrite et qui dévoile au fur et à mesure certains de ses mystères. En effet, les deux trames narratives vont progressivement se rejoindre jusqu’à un final dantesque tant par l’action que par les révélations. En jouant avec le temps, les scénaristes nous rejouent avec intelligence le coup de retour vers le futur. Avec en prime toute une série de questions  non encore résolues car ce film n’est que la première partie d’un diptyque.

L’autre qualité de l’histoire tient dans ses personnages. La trame moderne s’appuie sur trio touchant : le gardien, son robot métamorphe et leur fille. Cette famille étrange tente de fonctionner normalement (la scène de l’école) et les acteurs parviennent à faire sentir tout l’amour qui les unit malgré leur nature si différente. Les mêmes émotions se retrouvent dans la trame du passé où l’humour, le grotesque côtoient la mélancolie, la tristesse et le sacrifice. Tout le casting, y compris les seconds rôles, jouent à merveille, s’amusent beaucoup dans cette histoire si originale.

Alienoid est réellement une immense et belle surprise. Devant tant d’ambitions, on ne peut que saluer le travail du réalisateur d’avoir compris, maîtrisé son sujet et de livrer un film qui se tient de bout en bout.  Vivement la suite.

Pour continuer à explorer la richesse du cinéma sud-coréen contemporain, jetez un coup d’oeil à notre critique de Hopeless.