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      Césars 2018 : retour sur les nominations et les pronostics de la rédaction (1/3)

      La 43ème cérémonie des Césars aura lieu le 2 mars dans la Salle Pleyel à Paris pour une deuxième année consécutive. L’année 2017 fût un véritable cataclysme de décès dans le monde artistique (inutile d’évoquer 2016…). La présidente Vanessa Paradis ouvrira la cérémonie en rendant hommage à Jeanne Moreau, partie le 31 juillet dernier. La personnalité étrangère mise à l’honneur sera Pénélope Cruz (qui succède à l’amusant George Clooney). Une note d’humour viendra comme toujours rythmer et animer cette longue cérémonie. C’est Manu Payet qui endossera le rôle de maître de cérémonie, assez instable depuis 2013 et le départ d’Antoine de Caunes. La pression est immense pour lui également. 

       

      SON

      • Julien Sicart, Valérie de Loof et Jean-Pierre Laforce pour 120 Battements par Minute
      • Jean Minondo, Gurwal Coïc-Gallas, Cyril Holtz et Damien Lazzerni pour Au Revoir Là-Haut
      • Olivier Mauvezin, Nicolas Moreau et Stéphane Thiébaut pour Barbara
      • Mathieu Descamps, Séverin Favriau et Stéphane Thiébaut pour Grave
      • Pascal Armant, Sélim Azzazi et Jean-Paul Hurier pour Le Sens de la Fête

      Ce César sous-estimé récompense toujours un trio de techniciens. On retrouve dans l’ordre, la prise son, le montage son puis le mixage. Ces 15 personnes cumulent 10 Césars et 57 nominations. En tête de peloton, le vétéran Jean-Pierre Laforce avec 14 nominations pour 2 trophées (On Connaît la Chanson en 1998 et L’Exercice de l’Etat en 2011). Il est suivi par Cyril Holtz et Jean-Paul Hurier, également deux récompenses personnelles pour respectivement neuf et huit nominations. Valérie de Loof est la seule femme nommée, en lice pour la troisième fois. Ces techniciens ont un CV long comme le bras et il n’est pas rare de les voir sur plusieurs films la même année. L’ambiance terrifiante et festive de Grave a retenu notre attention. Séverin Favriau, également monteur son de M. et Mme Adelman, obtient sa deuxième nomination. Première fois pour Mathieu Descamps, qui débutait comme stagiaire sur La Môme. L’assembleur final n’est autre que Stéphane Thiébaut, mixeur des films de Desplechin, d’Amos Gitai, d’Amalric… Il est nommé ici pour la quatrième fois après Tournée en 2011, Trois Souvenirs de Ma Jeunesse en 2016 et Chocolat l’an dernier.

       

      COSTUMES

      • Catherine Bouchard pour La Promesse de l’Aube
      • Pascaline Chavanne pour Barbara
      • Mimi Lempicka pour Au Revoir Là-Haut
      • Isabelle Pannetier pour 120 Battements par Minute
      • Anaïs Romand pour Les Gardiennes

      Le nombre de nommé(e)s s’est considérablement élargi dans cette catégorie puisqu’elle compte en général cinq noms depuis une dizaine d’années (contre trois en moyenne auparavant). Et cette année encore, les petites fées des costumes français sont à l’honneur. Pascaline Chavanne, fidèle collaboratrice de François Ozon, pour mener la troupe avec une septième nomination (et un trophée remporté en 2014 pour Renoir). On lui doit beaucoup à la grâce de Jeanne Balibar devenant Barbara. Anaïs Romand figure également parmi les favorites puisqu’elle a récolté trois récompenses lors des six dernières cérémonies (l’Apollonide, Saint Laurent et La Danseuse). L’habillement de ces épouses restées au village durant la Première Guerre Mondiale lui vaut une cinquième nomination. Catherine Bouchard est nommée une seconde fois après Podium et La Chambre des Officiers. La « benjamine » de la catégorie Isabelle Pannetier empoche une première nomination. A noter qu’elle a également fait les costumes du Sens de la Fête (elle travaille souvent avec le duo Toledano/Nakache). Toutefois, la rédaction de Just Focus a préféré le travail de reconstitution historique de Mimi Lempicka (en photo ci dessous). Elle qui travaille avec Dupontel depuis 9 mois ferme, a su également sublimer les parures imaginées et écrites par Pierre Lemaître. Mention spéciale supplémentaire à Cécile Kretschmar pour les masques d’Edouard Péricourt. 

       

      DECORS

      • Laurent Baude pour Barbara
      • Emmanuelle Duplay pour 120 Battements par Minute
      • Christian Marti pour Le Redoutable
      • Pierre Quefféléan pour Au Revoir Là-Haut
      • Pierre Renson pour La Promesse de l’Aube

      Emmanuelle Duplay, qu’on a pu retrouver sur la série Dix pour cent, est nommée pour la première fois. Laurent Baude, qui fait ses débuts comme chef décorateur sur long-métrage, est également récompensé d’une nomination pour son travail de reconstitution d’un vieux Paris et de la mise en abîme du 7ème art. Une quatrième nomination pour Christian Marti après Le Hussard sur le Toit (1995), Jacquou le Croquant (2008) et Gainsbourg (2011). Cet artiste, avec plus de trente ans de métier, est le doyen de cette catégorie et le seul déjà nommé. Les deux réels « films d’époque » ont des allures de favoris. Pierre Renson, le préféré d’Eric Barbier son réalisateur, peut nourrir des chances de voir son travail sur La Promesse de l’Aube récompensé. Sa reconstitution de la Pologne, du Sud de la France et de l’Afrique des années 30-40 l’a emmené sur deux continents. Avec Pierre Quefféléan, on remonte jusqu’en 1918 et la boucherie stupide de la Première Guerre Mondiale. La richesse visuelle et colorimétrique de ses décors a presque été reconnue à l’unanimité dans la rédaction. Les chances de victoire sont très fortes pour cet artiste qui a débuté sa carrière en Argentine sur le tournage de Sept Ans au Tibet. S’en est suivie une collaboration avec Jean-Jacques Annaud pour Deux Frères, Sa Majesté Minor et Or Noir. Avec Dupontel, ils ont recréé un univers plus que crédible qui transporte le public dans une période douloureuse de son histoire. Un Paris au sortir de guerre mêlant grande bourgeoisie et milieux plus populaires. A noter que les décors plus désertiques ont été tourné en France, sur le parking du studio. L’illusion est parfaite !

       

      PREMIER FILM

      La première oeuvre d’un(e) cinéaste est souvent très singulière par son traitement esthétique ou visuel. Delicatessen, Bernie ou encore La Sentinelle sont des exemples flagrants d’audace et d’originalité. On pourrait aussi citer Le Dernier Combat de Luc Besson, une dystopie en noir et blanc, muette et sans dialogue ! Il fallait oser. Le film de Nicolas Bedos, très inspiré de sa romance avec l’actrice principale, touche par la qualité de l’histoire et la passion qui lie les amoureux à l’écran. Patients est également une réussite de direction d’acteurs sur un sujet qui arrive à nous tirer des larmes pour plusieurs raisons. L’interprétation de Swann Arlaud apporte un vent de fraîcheur au film d’Hubert Charuel, à l’histoire intéressante, réelle et bien ficelée. On peut noter que Patients et Petit Paysan deviennent également les 17ème et 18ème premiers films nommés également pour le César du Film de l’Année.

      Toutefois, si on parle réellement de mise en scène et d’originalité, seuls Jeune Femme et Grave se distinguent du lot. Le film de Léonor Séraille (et son excentrique Laetitia Dosch) sort des sentiers battus avec des personnages hauts en couleur et un traitement du sujet novateur. Un petit OVNI dans le jeune cinéma français déjà récompensé par la Caméra d’Or à Cannes où il concourrait dans la catégorie Un Certain Regard. Notre chouchou est également une oeuvre sortie pour la première fois sur la Croisette. Grave est la représentation du talent français qui lutte pour être financé (même quand on sort de la FEMIS). Une production franco-belge en l’occurrence pour un film de genre traité par une artiste visionnaire avec un message sous-jacent malgré la violence de certains plans. Garance Marillier se métamorphose physiquement dans des scènes corporelles glaçantes mais jamais malsaines. L’ambiance pesante, la narration homogène et la musique du film sont également scrupuleusement étudiées et mises en scène. Le thème central est malheureusement un frein pour notre public trop rigide. Il est sorti dans 79 salles en France et a réussi à s’exporter aux Etats-Unis, marché plus propice. Cela n’empêche qu’on apprécie énormément l’audace, l’originalité du pari de Julia Ducournau. La relève (féminine en plus) est peut -être là. Vive le film « de genre » !

       

      FILM ETRANGER

      • Le Caire Confidentiel de Tarik Saleh – ALLEMAGNE / DANEMARK / SUEDE
      • Dunkerque de Christopher Nolan – ETATS UNIS / GRANDE BRETAGNE
      • L’Echange des Princesses de Marc Dugain – BELGIQUE / FRANCE
      • Faute d’Amour d’Andreï Zviaguintsev – RUSSIE
      • La La Land de Damien Chazelle – ETATS UNIS
      • Noces de Stephan Streker – BELGIQUE / LUXEMBOURG / PAKISTAN / FRANCE
      • The Square de Ruben Östlund – SUEDE

      Cette catégorie fait parfois découvrir des pépites étrangères aux téléspectateurs, autres que les blockbusters et grosses productions américaines qui inondent les écrans français. Elle est le plus souvent soumise aux aléas du calendrier. Les sorties françaises sont plus tardives que dans le pays d’origine et certains films se retrouvent donc à cheval sur deux années (et donc deux cérémonies). C’est le cas de La La Land, sorti en décembre 2016 aux Etats-Unis (éligible pour la cérémonie de 2017) et en janvier 2017 en France. La sélection est principalement européenne. Ce qu’on pourra regretter car les cinémas du Maghreb, asiatiques ou sud américains regorgent de joyaux peu mis en avant. La catégorie aura droit à son lot d’évidences et de surprises. Etape obligée pour Dunkerque, à la mise en scène immersive (en lice pour les Oscars cette année) et la Palme d’Or The Square, coutumière de la catégorie, quel que soit le film. Faute d’Amour, drame familial poignant et prix du Jury à Cannes en 2017, figure aux côtés de la noire et belle révélation Le Caire Confidentiel. Le cinéma belge est également à l’honneur avec deux films. Le hasard du calendrier joue en faveur de La La Land, gagnant logique et l’on regrette de ne pas pouvoir attribuer un second trophée. Lors de la précédente cérémonie il était revenu à Moi, Daniel Blake (la Palme d’Or 2016…).  

       

      FILM DOCUMENTAIRE

      • 12 Jours par Raymond Depardon
      • A Voix Haute – La Force de la Parole par Stéphane de Freitas et Ladj Ly
      • Carré 35 par Eric Caravaca
      • I Am Not Your Negro par Raoul Peck
      • Visages Villages par Agnès Varda et JR

      Comme chaque année des thèmes divers de société contemporains sont présentés. Eric Caravaca, qu’on connaît comme acteur, signe avec Carré 35, son premier documentaire. Une histoire personnelle de secret familial non résolu qu’il tente d’élucider. Il avait été présenté Hors Compétition à Cannes (comme Visages, Villages) et fait une sortie remarquée dans les salles en novembre. Alors que l’éloquence est mise en scène dans le film d’Yvan Attal, il est vu de manière différente et moins scénarisée dans A Voix Haute, diablement efficace. Stéphane de Freitas, créateur du concours Eloquentia, a voulu filmer et suivre des vrais aspirants en éloquence dans l’amphithéâtre mais également chez eux. Un récit touchant et vrai de cette jeunesse qui a faim d’ambition, secondé à la réalisation par Ladj Ly du collectif Kourtrajmé. Le réalisateur haïtien et président de la FEMIS s’offre une première nomination pour I Am Not Your Negro, un documentaire puissant sur les « races » dans l’Amérique moderne. Très récemment, il a remporté le BAFTA du documentaire. Son film suit une histoire racontée par l’écrivain James Baldwin avec Samuel L. Jackson en voix off. Un exercice de style réussi par un montage expérimental, nommé aux Oscars l’an dernier.

      L’indétrônable Raymond Depardon, un de ceux qui en savent le plus sur les français, honore sa quatrième nomination pour le film documentaire. 12 jours est un récit à vous glacer le sang qui donne la parole aux personnes internées en hôpital psychiatrique sans leur consentement. Encore une fois avec un processus simple à trois caméras, Depardon capte la spontanéité de l’action sur des sujets souvent polémiques. Une mise en scène efficace proche de Délits flagrants (1994) qui lui avait valu un César. Une nouvelle démonstration de force et d’authenticité, Hors Compétition également à Cannes. Malgré tout c’est Agnès ‘Arlette’ Varda et le trublion JR qui nous ont le plus séduits. Visages, villages est réellement le documentaire sensation de cette année qui respire la joie de vivre. Le duo a sillonné la France dans leur camion magique pour rencontrer ses habitants. Madame avec le cinéma, JR, l’artiste urbain avec son appareil photo. Il en résulte un film souriant, frais et vivant sur des villages de notre pays. Matthieu Chédid (qui signe son grand retour en 2017 avec sa troupe de Lamomali) signe la bande son de ce voyage. Un pari original qui met l’accent sur les autres et prône les rencontres, toutes enrichissantes. Une deuxième nomination (et une deuxième récompense possible) dans cette catégorie pour une grande dame de notre cinéma, qui a reçu récemment un Oscar d’Honneur pour sa carrière.

      Ce retour sur la majorité des catégories se poursuit dans le prochain article. On parlera d’interprétation, de montage, de photographie et de musique…

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