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      Critique du tome 1 de Shy : la nouvelle bombe des éditions Kana

      Le thème du super héros a envahi le monde de la pop culture. Romans, comics, séries, films en proposent des variations, des relectures, des détournements. Lesquels fonctionnent comme autant d’enrichissement d’une mythologie contemporaine. Le Japon n’est pas en reste, avec une particularité. La figure du super héros y existe depuis très longtemps dans une déclinaison locale unique: les sentai ou les Tokusatsu. La nouveauté de ces dernières années, c’est l’apparition d’oeuvres qui sans renier l’esprit nippon se teintent d’influence occidentale. Tiger and Bunny en animation ou My Hero Academia en manga sont les portes étendards de ce nouveau genre narrativement très inspiré et visuellement brillant. La série Shy de Bukimi Miki, publiée depuis janvier 2021 par les éditions Kana, s’inscrit dans ce courant. Et face aux poids lourds de la catégorie, son auteure a trouvé le bon ton pour ne pas rougir de la comparaison.

      Shy : le temps des héros, le temps des doutes

      Et si l’apparition d’individus aux capacités hors du commun mettait un terme à toutes les guerres ? Voici le monde de Shy, un futur terrestre pas si éloigné de notre présent où chaque pays a vu apparaître un héros doté de pouvoirs surpuissants et affublé d’un costume haut en couleur. Leur quotidien : sauver des civils, maintenir l’ordre dans les rues et assumer leur notoriété. Dès lors tous et toutes n’adoptent pas la même philosophie de vie. Le héros de l’Angleterre est à la fois un sauveur et une star médiatique qui a rejeté le concept d’identité secrète. L’héroïne russe est quant à elle un personnage beaucoup plus baroque.

      Dans cet aréopage d’êtres hors normes, Teru, alias Shy la super-héroïne japonaise, dénote. Malgré des pouvoirs impressionnants, cette jeune collégienne souffre d’une timidité extrême et d’un grand manque de confiance en soi. Elle doute de sa légitimité. Il suffit ainsi d’une intervention difficile pour qu’elle soit à deux doigts de renoncer et d’abandonner sa carrière héroïque. Mais quand une menace terrifiante émerge, la jeune fille doit affronter ses peurs, écouter ses pairs et ses proches pour devenir celle qui inspirera l’espoir et la confiance.

      Un univers visuel qui se démarque

      Bukimi Miki a un trait très original qui donne dès la première planche le ton de son œuvre. En effet, son style graphique est très nerveux, dynamique. Il s’appuie sur un dessin très adulte dans la conception des visage souvent anguleux. Elle accorde par exemple un soin particulier aux cheveux. Très travaillés, ils donnent à ses personnages une vraie âme. De même, elle utilise un crayonnage à la frontière du croquis et de l’aquarelle. Celui-ci s’appuie sur un jeu d’ombres et de lumières, sur un contraste entre le noir et le blanc qui confèrent à ce manga une forte identité visuelle.

      Il se dégage de ce fait une impression peu vue dans le monde du manga. Celle d’une œuvre alliant le meilleur du comics et du shonen. On sent en effet poindre d’un côté une forte influence des œuvres de Sean Murphy ou de celles d’Hugo Pratt. Les cadres atypiques, la verticalité du trait, les hachures font ressortir les visages. Tout en faisant littéralement jaillir la lumière. Ceci donne une énergie forte aux scènes d’action. D’un autre côté, l’auteure reprend pour les scènes intimes des codes shonen (l’importance des yeux) mélangés à un découpage très proches des comics. Ce travail graphique impressionnant sert donc à merveille le propos de son œuvre : construire un cross-over entre le sentai et les comics.

      Shy : et si Peter Paker avait été au collège ?

      Graphiquement très abouti, ce premier volume s’appuie sur un postulat très intéressant. Ici pas d’origin story. Le lecteur plonge dans le quotidien d’une collégienne qui peine à concilier ses activités super-héroïques et sa vie d’adolescente. Shy doit en effet préserver son identité secrète, ne pas laisser la collégienne être minée par ce que l’on dit sur la super héroïne. Très facile à dire, terriblement compliqué à vivre dans le réel. D’autant plus que notre personnage principal doute constamment. Elle mesure le poids de l’espoir qu’elle suscite, le coût d’un échec, l’importance de son rôle de modèle. Toutes ces questions définissent une héroïne très attachante, motrice de la narration qui rappelle Peter Paker.

      Ceci permet à l’auteure d’entamer une réflexion intéressante sur la vie de ses héros surnaturels. Comment vivent-ils l’échec ? Lorsqu’ils trébuchent ou perdent la foi, ont-ils le droit de se résigner et de tout abandonner ?  L’auteure pose aussi la question de la gestion de cette double vie. Chaque héros en effet a trouvé un palliatif à cette notoriété : certains se lancent dans le star system, d’autres dans une vie de débauche. Lequel a choisi la meilleure voie ? L’auteure enfin questionne la notion de modèle. Ces héros deviennent des incubateurs de vocation. Or sauront-ils gérer les conséquences des risques pris par ceux qui les prennent comme modèles ?

      Un univers dès riche

      En un volume, Bukimi Miki pose les fondations d’un univers déjà foisonnant. Celui se nourrit en effet d’excellentes références ancrant chaque héros dans un univers culturel. Stardust par exemple, le héros britanniques, s’inspire du chanteur David Bowie. Son pseudonyme en effet est un clin d’oeil à Ziggy stardust, personnage fictif inventé par le chanteur. Spirits, vêtue de fourrure, une bouteille d’alcool toujours à proximité, incarne quant à elle avec malice et beaucoup d’humour la Russie. Shy enfin avec son costume criard, fait clairement référence à l’univers bariolé des sentai japonais.

      Cette richesse graphique se déploie également dans ce que nous raconte ce premier volume. A travers cette quête initiatique, l’auteure nous dévoile le code régissant la vie de ses super-héros, l’existence d’une base spatiale, sorte de tour de garde comme celle de la Justice League. Elle s’intéresse également à l’impact sur la société de l’arrivée de ces être surnaturels. Elle nous présente aussi un futur antagoniste aux motivations très inquiétantes. Elle réussit surtout à proposer une explication très claire de la source des pouvoirs laquelle permet de justifier tout basculement vers l’ombre ou la lumière.

      En un volume, Shy s’impose comme une série à suivre avec grande attention. Porté par un dessin original et un point de vue centré sur les doutes, il a tout pour devenir un des titres phare des éditions Kana.

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