More
    More

      GRAND ARMY: retour sur une série controversée

      Si les années lycées sont un thème qui nourrit sans cesse le cinéma, elles ne donnent pas toujours un résultat concluant. Souvent répétitifs et caricaturaux (la fille discrète amoureuse du garçon populaire qui sort avec la fille populaire peste…), peu de films ou séries méritent d’être cités: on peut notamment penser à Skins, ou Euphoria.
      Grand Army est sorti fin octobre sur Netflix. Et avant même sa sortie, la série a fait l’objet d’un bad buzz. Retour rapide sur une énième série adolescente: vaut-elle la peine d’être regardée? 

      Des conflits raciaux pour une série qui se veut « inclusive »

      L’histoire tourne autour des jeunes de Grand Army, un lycée new-yorkais. Le casting est à première vue intéressant: on a des personnages aux origines diverses, dans les figurants mais aussi – et plus important – parmi les personnages principaux. Pourtant, les coulisses de la production ne reflètent pas ce casting.

      Avant d’entrer trop dans la critique de la série même, il est important de noter que la série a été produite par Katie Capiello et Josh Donen. Elle semble promouvoir l’inclusion, l’égalité, et dénoncer les diverses injustices qui sévissent, aux Etats-Unis comme ailleurs dans le monde. Mais elle a commencé avec une équipe incluant 3 scénaristes racisés qui tous, avant la fin de la série, ont quitté la production à cause d’abus racistes. Ming Peiffer, l’une des scénaristes, indique même que Capiello s’est plainte du seul scénariste noir car sa nouvelle coupe la « mettait inconfortable ».

      Malgré ça, les idées mises en place par les auteurs de couleur ont été utilisées: mais pas toutes, et cela se sent.

      Des personnages réalistes…

      Joey est le personnage principal de la série. Elle est pour une sexualité libre, promeut le « Girl Power », et s’investit dans des actions féministes. Mais elle a tendance à tomber dans ce qu’on pourrait appeler le « white feminism »,  une forme de féminisme qui se concentre sur les problèmes des femmes blanches, sans prendre en compte ceux des minorités. Elle essaie, pourtant, mais le scénario, dans cet aspect, est inachevé. Elle reste très attachante, on peut s’y reconnaître et ses combats restent légitimes et contemporains.
      Son personnage est donc assez bien réussi. Quoi qu’il en soit, Odessa A’Zion la joue avec une extrême justesse, transmettant à travers son personnage complexe la joie, les doutes et la détresse des traumatismes.

      JOEY DEL MARCO GRAND ARMY

      Ses amis en revanche sont extrêmement bien dépeints. Les garçons se veulent féministes, et représentent avec une exactitude déroutante l’engagement performatif qui se développe de plus en plus sur les réseaux. Leur hypocrisie, leur fétichisme, ou encore leur rapport malsain aux femmes sont des sujets bien exposés.
      Ils sont incapables, le moment venu, d’assumer la gravité ou les conséquences de leurs actes… Et ils y échapperont sans peine — fait très réaliste, pour de jeunes garçons blancs et riches, stars de l’équipe de natation.

      … En proie à des réflexions pertinentes…

      Mais dans cette équipe, il y a aussi Sid, un garçon indien. Après l’acte terroriste qui touche Grand Army, son école, il est terrifié à l’idée de se faire profiler pour son ethnie. Les points soulevés par son personnage sont intéressants: la question de l’identité et du racisme intégré dans son groupe d’ami comme en Amérique, de la sexualité dans une famille conservatrice.

      Une histoire parallèle se développe avec Jay et Owen, deux musiciens de talent. Ambitieux, motivées, ils préparent leur concours d’entrée en fac de musique. Mais une blague de mauvais goût envers Dominique les envoie en conseil de discipline.
      Dominique est un personnage intéressant, jouée avec brio par Odley Jean. On s’attache à sa gentillesse, à son indépendance, à son dévouement envers ceux qu’elle aime. C’est un personnage complexe, tout comme Jay; l’histoire qui les lie questionne notamment le rapport de la justice américaine aux populations noires, un sujet d’actualité, un sujet important.

      D’un autre côté, Leila est une jeune fille chinoise adoptée par des parents juifs. La communauté juive ne l’accepte pas, la communauté chinoise non plus. Elle ne s’intègre pas au lycée et développe une sorte de mégalomanie égocentrique, agaçante, en recherche désespérée d’attention et d’identité.

      … Limitées par un refus d’écouter les principaux concernés.

      Si les personnages sont intéressants, de nombreuses points sont à relever.

      Pour n’en citer que deux, penchons-nous sur Leila et Dominique.
      Un certain nombre de personnes critiquent Leila. Son incompréhensible et répétitive incapacité à se remettre en question peut être insupportable. Pour une fois qu’un personnage chinois est à l’affiche, sa story line, en apparence pertinente, reste superficielle. La question du racisme est balayée, et le personnage tire vers une forme de psychopathie que plusieurs spectateurs regrettent.

      Ensuite, l’histoire de Dominique est épuisante. Katie Capiello a été accusée, à juste titre, de faire du « poverty porn » en exploitant les tourments financiers de Dom, afin d’attirer sympathie (et vues). Sa vie, jusqu’à la fin de la saison, ne sera qu’une descente aux enfers, pleines de sacrifices et de concessions. Un twittos s’interrogera: « Pourquoi le film doit être déprimant dès qu’il y a une fille noire en personnage principal? ». Ce à quoi Ming Peiffer répondra: « parce que Capiello ne voulait pas nous écouter ». 

      Screen du tweet de Ming Peiffer

       

      Vaut-elle la peine qu’on la regarde?

      En conclusion, la série n’est pas mauvaise. L’histoire n’est pas avant-gardiste, mais elle tient la route et surtout, les acteurs sont impressionnants. Les personnages sont attachants, complexes. Et on ne peut pas nier qu’un tel casting, dans une teen série américaine, est rafraîchissant.

      Cependant, l’histoire derrière la production ne peut être ignorée. Le scénario « inclusif » apparaît hypocrite. Et la pertinence de certains passages porte la marque des scénaristes racisés, dont le nom n’apparaît pas.
      J’ai vu cette série avant d’en apprendre l’histoire, et si je l’avais su, je ne l’aurais pas regardée. Ni Netflix ni Capiello ne se sont exprimés, soulignant bien le caractère performatif d’une telle production.
      Mais cette critique est rapide, et n’a pour but que de balayer rapidement la série, d’en présenter l’histoire et les coulisses… Le choix final est vôtre!

      Alors, l’avez-vous regardée? Si oui, qu’en avez-vous pensé?

      +4

      LAISSER UN COMMENTAIRE

      S'il vous plaît entrez votre commentaire!
      S'il vous plaît entrez votre nom ici

      Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.