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      « Run The Jewels 3 » : un mix qui s’en inspire

      Le 3 ème album de Run The Jewels, nom d’un collectif hip-hop new-yorkais composé de 2 rappeurs ayant fait leurs armes depuis des décennies, devait sortir ce vendredi 13 janvier. Mais, rebelles aux diktats du calendrier, ils décident de le sortir gratos, tranquilou sur leur site en téléchargement direct, dans les derniers jours de 2016. Mais qu’est-ce donc que leur musique? Du rap vindicatif par dessus des productions sonores aux accents dubstep, do-it-yourself, abstrakt hip-hop massifs et remuant. Egalement des tintes et des bouts d’années 90 (forcément, ils y ont vécu leur jeunesse) : cela m’a inspiré un petit mix, qui est loin de contenir que du hip-hop. c’est parti pour une heure d’écoute et de voyages en terres musicales impromptues.

       

      RunThejewels

      Run The Jewels : Du vindicatif et de la verve non diluée

      « Legend has it » de Run The Jewels (la nouveauté de ce mois) par lequel démarre ce mix a un impact difficile à éviter, du vindicatif et de la verve non diluée, sous fond d’un rythme binaire qui officie comme une berceuse d’alerte (oxymore voulue). On synchronise cela volontiers avec ce dubstep noir et digital, cette ambiance de futur post-apocalyptique (le producteur électro berlinois kode9 et le regretté activiste spoken word Spaceape). Même rythme, même énergie, mais cette fois à à s’effarer d’un monde sans espoir. La même voix de tenor va vous dire alors que « La Terre va te tuer si tu essayes de la tuer », que c’est par une conscience écologique que passera notre salut. Ouf, King Midas Sound nous rassure, quoi que dans une musique minimal-dubstep légèrement anxiogène, ces vapeurs trip-hop de derrière les beats métronomiques, sonnant comme un compte-a-rebours, vous ramène à une sorte d’urgence. Mais quelque chose de calme, d’assuré et de profond dans ces psalmodies louant la liberté de pouvoir vivre et manger sainement nous accroche. La musique sera là, quand bien même rien est impossible. C’est sur cette morale un brin catastrophisme qu’on enchaine avec l’immense Tricky (qui participera finalement au prochainement Massive Attack), une magie noire aussi, le même grain de voix, dans une version encore plus suffoquée, heureusement aidée par sa muse d’alors. Alors, le rapport? C’est encore cette âpreté sonore derrière, ce minimalisme (ici un peu new wave) mais cette évidence que l’homme peut élever sa condition (« We Don’t die » comme une revendication de l’art en tant que réalisation – et donc multiplication – de soi-même).

      Tricky, Howie B : la gouaille noire

      C’est ainsi, un peu plus classiquement, que les Dub Pistols nous le chante dans cette complainte rappée de fin de feel-good-movie, avec un peu de gouaille à-la-Outkast dedans : il y a 6 millions de manière de vivre. Et de rapper : comme ce rappeur des tous débuts d’Archive londinium-b-iext38867206qui, dans « Londinium », déroule une volupté de paroles, que je vous dépose là, comme on dépose un croissant tout chaud un matin, avant de partir au boulot. Mais là niveau arrière plan sonore, on passe à du lancinant Trip-Hop, pourquoi pas, c’est sur cette instru sur laquelle ont pu rapper nos aïeux du hip-hop. Aux Etats-Unis, pas à Portishead (Angleterre), ville d’où le groupe tire son nom, et qui a pu marquer les années 90 d’un fer rouge et suintant l’urbain noir, la mélancolie joyeuse sur cette berceuse aux beats bien chaloupés. Chaloupé, ce n’était pas comme cela qu’on pouvait qualifier la musique de Bowery Electric à leurs tous débuts, c’était un shoegazing inaudible et ultra saturé (mais merveilleux pour ceux qui voient dans le chaos un ressort subliminal). Clarifiant peu-à-peu leur son et s’étiquetant trip-hop classique dans cet album Lushlife, il clôt une carrière que seuls les dénicheurs acharnés de sons d’outre tombe arriveront à arpenter. M’enfin n’oublions pas le thème (enfin, le soi-disant) de ce mix et revenons à une gouaille noire et feutré, le caractère de Run The Jewels ou de Tricky. Howie B se ressert un peu d’âme profonde dans ce Turn the Dark Off de 1997, où son parlé susurré est éclaboussé par un instru monumentale produit la quintessence de l’urbanité sonore des années 90.

      Fun Loving Criminals, Beck : le hip-hop blanc et fun

      Cette même décennie qu’a vu naitre les Fun Loving Criminals, qui méritent leur nom, puisque on passe (enfin !) à du fun dans ce monde de bored. Car putain, les 90’s sont la décennie de l’alternative music, cette période où l’individualisme grimpant mêlé à la commercialisation grandissante de l’industrie musicale donne envie d’être à la recherche de sa pépite. Parmi les groupes mainstream, bah on a quand même régressé niveau postérité : les Depeche Mode étaient les maitres dans les années 80, les Spice Girls leur ont succédé la décennie suivante : quel teenager avisé écoute aujourd’hui les seconds plutôt que les premiers? Bon, si certains me trouvent snobs, alors je dirais que rien ne vaut plus que sa pépite. La mienne en matière de hip-hop peut être ce Green Power de Quasimoto, une instru là encore fichtrement organique, clinquante et furieuse à la fois, avec une voix qui semble travestie par de l’hélium de ballon et qui donne à l’écoute, à fond dans son casque, le même effet que de l’opium. C’est pas le cas de Ghost Face Killah (membre du Wu Tang Klan) qui ne rigole pas, dans ce minimaliste et entêtant Daytona 500 et ce flow des plus décomplexés, des plus libres, des plus francs-tireurs. C’était ça être rock’n roll dans les année 90 peut-être. Rock’n roll, tel est le rythme pétaradant et très heavy-rock oriented de « Guns Blazing » de UNKLE, une explosion 90s dans laquelle on y entend des testaments illuminés de la musique, telle que les viscéraux la pratique. Le rap dans ce morceau a cette brouille puissante, cette confusion maladivement bousculante. A mother fucking tragedy entend-on à la fin de cette démonstration intimidante d’un hip-hop dur. Alors on va la jouer ironique, nihiliste léger et je-m’en-foutiste. Vous avez dit Punk? C’est en effet ce que peut revendiquer Jon Spencer Blues Explosion, le bordelique électrique qui permet la survivance du rock’n roll à l’état brut, spoken words insensés en prime. Avec ici un jeu de samples auquel un  DJ  ne rechignerait pas. On ne rechigne pas non plus à se lâcher en mode « rien à branler » sur cette bonne rythmique de blanc-Beck qui veut se la jouer urbain, le talent en plus. C’est bien de Beck que je parle, qui dans « Where it’s at » montre son miraculeux don de faire d’une musique cool un concentré d’âme musicale. Trompettes, orgues rétro et guitares délicates sont les ingrédients de ce tube qui est passé sur MTV en boucle à l’époque. Les 90s encore, du côté du Hip-Hop, on l’entend avec malice dans Handsome Boy Modeling School qui livre ce qui semble un classique du genre dès les première secondes. Quoi, on a plus rien de bon aujourd’hui et c’était mieux avant ? Détrompez-vous, on a cet artiste discret, Sweeney, qui sait garder le navire hip-hop en surfant sur les évolutions digitales récentes du genre. Le hip hop est un liant bienfaisant des musiques actuelles. Savourons-le.

      Les noms d’artistes et des titres se trouvent sur la page Mixcloud de The Scandalist

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