No longer rangers critique des tomes 1 à 6 : les héros démasqués

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No longer rangers

No longer rangers est une série qui a fait grand bruit en arrivant en 2022 au catalogue Pika. S’inscrivant dans l’univers des Tokutsatsu, le manga de Negi Haruba en détourne les codes pour construire une œuvre riche où se mêlent hommage/parodie aux séries tels Power Rangers et critique acerbe du pouvoir de l’image avec comme personnage central un anti-héros décidé à faire triompher la vérité.

Les dragon Keepers sauvent le monde

Ils sont cinq héros armés de leur courage et de leur objet sacré en lutte contre un envahisseur extra-terrestre. L’immense vaisseau alien qui plane au-dessus de la terre rappelle leur sacrifice quotidien et l’urgence de la menace. Leurs combats épiques sont filmés par des dizaines de caméra. Leur bravoure inspire nombre de jeunes humains qui intègrent l’un des cinq escadrons accompagnant les dragon Keepers.

Mais au lendemain du 999ème affrontement, le troupier « D », un soldat de base de l’envahisseur décide de mettre fin au simulacre. En effet, cela fait 12 ans que les aliens ont capitulé, que leurs généraux ont été vaincus. Les troupiers sont devenus des figurants au service de la gloire des dragon Keepers. Chaque bataille est une mise en scène. Le troupier « D » n’en peut plus et choisit, grâce à son pouvoir de transformation, d’infiltrer les héros de la terre pour les anéantir.

No longer rangers

No Longer Rangers : quand un grain de sable fait dérailler la mécanique

Les 6 premiers tomes proposent de suivre une histoire étonnante. Un simple anonyme, un soldat de base, décide de faire tomber de son piédestal une institution. Avec beaucoup d’humour dans les premiers tomes, Negi Haruba mélange les situations : formation, combat, concours, opération sur le terrain. Le troupier D mène une opération d’infiltration où s’enchaînent les situations cocasses, les combats énergiques.

C’est donc à travers les aventures de ce « méchant » que l’univers de No longer Rangers nous est présenté. Il y a beaucoup d’éléments à découvrir : le fonctionnement des dragons et de leur escadron, l’histoire de cet ennemi alien, les mystères entourant cette guerre. Cette abondance d’informations crée parfois des moments confus dans la narration qui sont néanmoins gommés par l’énergie du dessin et l’ambition de l’univers.

No longer rangers

Révélations en cascade : des alliés inattendus, des révélations surprenantes

Les lecteurs du comics Top 10 d’Alan Moore trouveront des similitudes avec No Longer Rangers. En effet, tout commence dans un univers connu où les lignes de force semblent très évidentes. Or, tout est histoire d’apparences. Ce monde semble « pourri » avec des héros sombres, des alliés étonnants. Chaque volume recèle son lot de révélations qui bousculent nos certitudes sur le bien et le mal, sur la nature profonde de l’ennemi.

Cette intrigue qui s’approfondit de tome en tome s’appuie sur plusieurs éléments forts. D’abord la richesse du lore alterne entre pouvoirs, passé mystérieux et duels de volontés. Ensuite il faut saluer le nombre de personnages, les factions qui s’opposent et les objectifs que poursuivent chacun. Il est encore difficile, et c’est tant mieux, d’imaginer au bout de 6 tomes où va dériver cette série qui manie autant l’humour que le sérieux.

No longer rangers

No longer Rangers : derrière l’humour, une satire

Le manga de Negi Haruba peut se lire comme un shonen/seinen qui cache derrière son ton parodique, une satire très féroce. Celle-ci s’attaque d’abord à l’univers des Tokusatsu. Que se passe dans ces équipes une fois que les caméras se sont coupées ? Comment devient-on un défenseur ? Comment les caractères, les ego, s’expriment-ils dans ce monde, en apparence, très normé ? No longer Rangers s’attaque à un mythe pour en révéler la dimension humaine.

Cette satire pointe aussi du doigt le monde des médias. Le héros de notre histoire découvre en effet comment est créée une fausse vérité à l’aide d’affrontements écrits à l’avance, de péripéties imaginées par des directeurs de communication. Les Dragon Keepers (comme dans l’œuvre The Boys)  sont avant tout des représentants vendant leur propre image, multipliant les spots et imposant à leurs assistants des règles sévères. On apprécie notamment leur capacité à rebondir à chaque incident créé par le troupier D : the show must go on !!

No longer rangers est une très bonne série qui s’améliore de volume en volume. Portée par une intrigue originale, elle n’a pas encore fini de nous surprendre. Vous pouvez retrouver sur notre site d’autres séries de chez Pika chroniquées par nos auteurs.