Adaptation du manga La concierge du grand magasin de Tsuchika Nishimura, Le Grand Magasin est le premier long métrage de Itazu Yoshimi. Son réalisateur est un animateur chevronné qui a travaillé sur de nombreuses séries et a surtout collaboré avec Satoshi Kon et Hayao Miyazaki. Pour ce projet, fort de son expérience dans l’anime et le court métrage, il propose un film au format original -un peu plus d’une heure – permettant de plonger dans l’univers fascinant de ce conte fantastique.
Au grand magasin, le client est roi
Akino a un rêve : travailler au sein du Grand Magasin Hokkyoku, cette prestigieuse enseigne dont les clients sont des animaux. Pour y arriver, elle doit surmonter une dernière épreuve : celle de son apprentissage en tant que concierge. C’est une étape décisive, la moindre erreur est fatale. Sous l’œil de son redoutable supérieure, la jeune fille va devoir faire ses preuves très vite car le grand magasin ne s’arrête jamais.
Or, Akino travaille dur et sans relâche, une journée dans ce temple de la consommation est loin d’être de tout repos. Les clients sont exigeants, certains fantasques, d’autres capricieux. Elle doit les guider, les conseiller, mener de front plusieurs missions tout en maîtrisant la géographie du complexe. Avec toute sa sensibilité, sa passion et sa maladresse, la jeune stagiaire entend bien se faire un nom.

Le Grand Magasin : une ambiance de conte de Noël
Le style du long métrage a choisi de coller au maximum au manga dont il s’inspire. Ainsi, le réalisateur a choisi une animation en 2D, des couleurs chaudes chatoyantes. L’esthétique lorgne beaucoup du côté des contes de Noël : tout est lumineux, le magasin est une caverne d’Ali Baba. Les personnages proposent aussi des visages qui lorgnent autant du côté de Miyazaki que de Hosoda. Les visages sont au service d’une émotion constante, d’un vertige provoqué par ce lieu unique.
Le magasin est l’autre élément central de ce conte. Il s’inspire des grands magasins Haussmanniens. Très vertical, c’est un labyrinthe à plusieurs niveaux où s’enchaînent les boutiques, les restaurants, les aires de jeux. Toute la difficulté du réalisateur consiste à nous faire visiter cette structure tout en évitant la répétition. En se concentrant sur la rude journée d’une employé, il nous fait entrer dans un lieu magique, unique et intriguant.

Une vendeuse extraordinaire
Ce long métrage se présente comme un satire de notre société. Les clients animaux singent les demandes exubérantes des clients humains dans la vraie vie. Certaines requêtes sont complexes, certains clients sont gentils d’autres (plus rares) insupportables. Il faut savoir leur dire non sans jamais prononcer le mot « non ». Il faut leur donner l’impression que leurs vœux ont été exaucés et que cette visite dans le Grand Magasin a été mémorable.
Un sacré casse-tête pour notre héroïne qui doit vite montrer de quoi elle est capable. Car son chef (qui rappelle Kamaji dans Le Voyage de Chihiro) veille et surgit aux moments les plus inopportuns pour lui mettre toujours plus de pression. Ce qui conduit la jeune stagiaire à s’engager encore plus dans des défis insurmontables pour satisfaire au mieux ses clients. Elle se mue dès lors en porte-bonheur des visiteurs, tentant de résoudre leur peine de cœur, de trouver le cadeau parfait ou tout simplement de leur offrir un moment de bonheur dans cette immense institution.

Le Grand Magasin : une jolie morale
Le film nous questionne très vite sur le sens de ce lieu. Qui a bâti ce temple de la consommation ? Qui sont ces clients si privilégiés ? Le réalisateur cherche-t-il a critiqué la surconsommation ? Non, cela aurait trop évident. Très vite, le patron-pingouin lève le voile sur l’origine de ce lieu. Si les animaux sont les privilégies de ce lieu et les hommes leurs serviteurs, c’est que ces derniers veulent s’excuser d’avoir provoqué l’extinction de nombreuses espèces. Ils ont créé ce lieu pour ces espèces menacées en leur faisant profiter de cette surconsommation qui a provoqué leur disparition.
Le récit prend donc des allures de conte de fée où le regard sur le magasin, le temple des excès humains, est renversé. Dans cette réalité alternative, consommation et respect du vivant vont de pair et créent même un écosystème équilibré. C’est tout le sens de la mission de notre héroïne : trouver le cadeau juste, simple au lieu de s’étourdir dans l’accumulation de richesses inutiles.
Le Grand Magasin se révèle être un très joli film, une utopie positive et un éveil à la protection animale. Itazu Yoshimi trouve le ton juste pour sensibiliser le public à travers un conte de Noël original.
Si vous êtes passionné(e) de films d’animation, vous pouvez lire notre critique, dans un genre différent, du dernier long métrage de la saga My hero Academia.

































