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      Critique de Blue Phobia : la couleur de l’horreur

      Publié en 2017 chez Glénat, Blue Phobia est le premier manga d’Eri Tsuruyoshi. Dans ce récit haletant, la prometteuse écrivaine nous plonge dans une horreur scientifique dont la tension s’apparente à celle de The Thing ou La Mouche.

      L’histoire

      Un homme se réveille attaché sur une table d’opération, sans aucun souvenir de qui il est ni d’où il se trouve. Sa panique augmente encore lorsqu’entre un inconnu en combinaison intégrale… prêt à lui injecter le contenu étrange d’une seringue ! C’est alors que surgit une jeune femme à la force surhumaine et aux membres teintés d’une étrange couleur bleue ! Après avoir détruit la salle, elle presse le jeune homme de s’enfuir avec elle. Les deux compagnons d’infortune se lancent dans une quête éperdue pour quitter l’île sur laquelle on les retient prisonniers… Là où sont conduites les recherches sur la mystérieuse maladie indigo.

      Mystère et os de pierre

      Blue Phobia nous plonge d’emblée dans une ambiance horrifique des plus réussies. Par un effet de style saisissant, Eri Tsuruyoshi place le lecteur dans la peau du personnage principal, amnésique, se découvrant prisonnier d’un lieu étrange. Nous partons sur le même pied d’égalité, ignorant tout de la situation. Tout ce que nous savons se résume à deux mots : maladie indigo.

      Il s’agit d’une maladie orpheline dont le principal symptôme est de teinter le corps en bleu. Mais cela n’a rien d’esthétique, puisqu’au stade final, la maladie transforme les os du sujet en pierre, et plus précisément en saphir marin, un minéral qui tapisserait le fond des océans. Le pronostic est donc inéluctable : c’est la mort.

      Si Blue Phobia est si effrayant, c’est parce que la mangaka a très bien su ancrer son récit dans une réalité scientifique crédible. La façon dont sont traités les cobayes, ainsi que les révélations qui s’accumulent à mesure que Kai retrouve la mémoire, créent une atmosphère de tension. A cela s’ajoute une impression d’urgence, tant dans la course-poursuite entre les deux fugitifs et leurs geôliers, que par le rythme donné au récit. En effet, à l’instar de Judge (Yoshiki Tonogai), ce dernier se déroule essentiellement en huis-clos. La sensation de panique et d’étouffement est donc présente, augmentée par les longs couloirs vides du laboratoire… L’action se déroule quasiment sans pause, dans une sorte de mouvement perpétuel étourdissant.

      Beauté graphique et horreur esthétique

      Dès la première de couverture, Blue Phobia, happe l’œil du lecteur et ne le lâche plus. Le bleu électrique présenté par les os et organes vus en transparence se dote d’un vernis brillant qui retransmet l’idée de minéralité. Cette couleur froide est omniprésente et rappelle les fonds marins dont serait issu le saphir envahissant le corps des malades indigos.

      Nous le disions en introduction, Blue Phobia est le premier manga d’Eri Tsuruyoshi, publié en deux tomes au Japon, ramené à un épais one-shot en France. Nous retrouvons par conséquent quelques erreurs graphiques, notamment au niveau de la perspective ou de l’orientation des corps. Fort heureusement, ces fautes restent très rares et ne gâchent en rien la lecture ! Nous pouvons ainsi pleinement profiter de la qualité des dessins fournis par la mangaka, dont le trait fin rappelle immédiatement celui de Sui Ishida (Tokyo Ghoul, Chôjin X). Certaines scènes frappantes de réalisme font froid dans le dos ! L’édition en grand format est ainsi une plus-value pour profiter de ce titre.

      Le traitement des personnages n’est pas en reste. Qu’ils soient principaux ou secondaires, alliés ou ennemis, leur psychologie est travaillée, leurs motivations crédibles. Tous sont traités de manière aboutie tant sur le fond que sur la forme. Cela ajoute encore de la cohérence à un récit haletant, synthétique mais bien travaillé jusqu’au bout.

      Par ailleurs, Blue Phobia dépasse le « simple » récit horrifique pour emporter dans son sillage un questionnement sans concession des valeurs sociétales et de la notion de progrès. Celui-ci doit-il toujours passer par le sacrifice ultime de certains ? Où peut s’arrêter l’innovation médicale et énergétique ? Comment veiller à ce que l’éthique survive aux bouleversements scientifiques ? Y a-t-il une limite à ce que l’homme peut faire pour le propre bien de l’humanité ? Les questions qui émergent sont multiples et passionnantes.

      En conclusion, Blue Phobia déroule un récit de science-fiction mâtinée d’horreur parfaitement mené. Le format court exige une histoire synthétique qu’Eri Tsuruyoshi maîtrise jusqu’au bout. C’est donc un manga particulièrement marquant par son esthétique froide et ses personnages complexes. Nous vous invitons donc chaudement à le découvrir !

      Pour lire un extrait, c’est par ici !

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