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      Slalom, drame sensible en haute altitude

      Comme le rappelait sa réalisatrice, Charlène Favier, durant les nombreux festivals où Slalom a été sélectionné et récompensé à travers le monde, trouver des financements a été un parcours du combattant. En effet, pour son premier long métrage, la productrice et réalisatrice souhaitait s’attaquer aux violences sexuelles dans le milieu du sport à l’aube des nombreuses enquêtes récentes et de la prise de conscience des institutions. Slalom résonne comme un porte-étendard de cette libération de la parole mais il n’est pas que cela.

      Une proposition esthétique épousant l’adolescence

      Slalom / Charlie Bus Production ©

      Bien qu’ayant comme sujet principal l’emprise d’un entraîneur, campé par un Jérémie Renier convaincant, sur sa jeune recrue, Slalom transpose à l’écran une adolescente et épouse totalement sa psyché au carrefour des émotions que cette période peut susciter chez une jeune fille, ici Lyz interprétée par l’hypnotisante Noée Abita. La cinéaste, avant de traiter les violences sexuelles, traite d’abord son personnage en constante recherche de sensations fortes à travers sa pratique du sport et, plus intimement, de son identité. Charlène Favier fait le choix remarquable de donner vie à son personnage et de le caractériser à travers la mise en scène, la lumière et les couleurs. En cela, Slalom est une véritable proposition de cinéma exploitant l’environnement entourant Lyz pour souligner ses maux. On comprend très vite qu’il ait séduit bon nombre de jurys de festivals dans lesquels il concourait.

      Traitant l’adolescence et la fragilité de Lyz, Slalom dépeint également l’isolement de celle-ci et un certain abandon dont fait preuve sa mère qui ne fera que resserrer l’étau de la relation toxique et abusive entre elle et son entraîneur. L’attachement et l’emprise s’installant peu à peu jusqu’à un acte intolérable et dangereux, filmé avec une froideur brutale, dépossédant la jeune fille de son propre corps, corps lui-même mis en constante épreuve à travers les entraînements toujours plus éprouvants. Slalom se révélera être un film admirable visuellement mais également âpre et cinglant pour un résultat tout en nuances.

      Une sensibilité visuelle au service d’un récit réaliste

      Slalom / Charlie Bus Production ©

      On pourra reprocher à Slalom le manque d’originalité de son scénario. Néanmoins, ce serait éclipser le travail surprenant apporté à la mise en scène et la photographie rendant le film intense. Charlène Favier, et son directeur de la photographie Yann Maritaud, ont fait un travail soigné et singulier exploitant le cadre comme un terreau au service de la psychologie du personnage, de sa féminité et de son corps. Les montagnes de Savoie,  région sous-exploitée selon les propres mots de la cinéaste, sont filmées avec justesse répondant à ce que vit la jeune adolescente au fur et à mesure du film toujours de manière sensoriel au cœur de sa sensibilité. Le ski y est également exploité, n’étant pas simplement un gadget mais bien un moyen de définir la pluralité des troubles et des aspirations de la jeune fille en quête d’elle même, de reconstruction et de destruction.

      En définitif, Slalom est un premier film surprenant nous dévoilant une cinéaste à la réalisation tout en maîtrise pour évoquer un sujet sensible et très actuel porté par une actrice remarquable. Deux carrières pleines de promesses que l’on suivra attentivement.

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