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      Critique « The Meyerowitz Stories » (Netflix) : une tragi-comédie familiale plaisante qui manque d’ambition

      Noah Baumbach ressort ses poussiéreux cahiers de l’époque Wes Anderson et ça se sent. Ancien scénariste du réalisateur sur La Vie Aquatique et Fantastic Mr. Fox, Baumbach applique bien ses leçons mais peine à dépasser les maîtres dans The Meyerowitz Stories, une tragi-comédie familiale portée jusqu’à Cannes en 2017. On se prend volontiers au jeu du film, on y reconnaît aisément sa famille plus ou moins lointaine, mais le charme reste superficiel.

      Noah Baumbach introduit la comédie avec un titre qui rappelle les films muets : « Danny was trying to park.« . Pourtant The Meyerowitz Stories est loin d’être silencieux. Le ton est donné par ces titres délimitant les différents chapitres du film, où l’on suit les différents personnages de la famille, tous attachants et nous rappelant notre propre généalogie. Entre les dialogues de sourds et les comiques de situation, Baumbach tire toutes les ficelles d’une comédie efficace dans une légèreté très agréable, accentuée par des notes de piano discrètes et aériennes. Le tout fait rapidement penser à un mélange plaisant et efficace entre Woody Allen et Wes Anderson.

      Puis Baumbach introduit la tragédie, irrémédiablement liée au personnage du père. Cette tragédie, c’est celle de la complexité des rapports aux autres et à soi, celle de la communication impossible entre des êtres d’une même famille. Et c’est pourquoi le sujet touche tant : il est commun à tellement d’entre nous, sous-jacent à tellement de relations. Par une mise en scène bien maîtrisée même si très évidente (les cuts brutaux au milieu des phrases se transforment peu à peu en fondus au noir classiques), Baumbach capture ces paradoxes de la communication familiale mais n’ose pas aller plus loin, ce qui donne au tout une sincérité approximative. Il va même jusqu’à forcer le trait et attribue au père une maladie qui a endommagé la partie de son cerveau liée à la communication, dans un enthousiasme psychosomatique un peu boursouflé.

      C’est là que Baumbach ne parvient pas à dépasser un Woody Allen ni Wes Anderson. Même si les acteurs sont excellents (Dustin Hoffman signe l’un des rôles les plus sincères de sa carrière), le tout manque cruellement de subtilité. Ce récit de la concurrence, de l’infantilisation volontaire et de la problématique du « chez soi » se transforme volontiers au fil des scènes en un amas de conflits éparpillés sans réelle profondeur et les personnages n’évoluent que de manière très prévisible dans ce monde finalement peu réaliste. La photographie de Robbie Ryan (qui a notamment travaillé avec Ken Loach) est pourtant quant à elle quasiment naturaliste, au sens littéraire du terme : avec un bruit de l’image très marqué et une lumière aléatoirement maîtrisée, le rapprochement entre le propos et l’image est finalement assez bancal et a plus tendance à nous perdre qu’à véritablement nous emporter au cœur de cette famille.

      Au milieu de cette course à la filiation légitime, on trouve pourtant quelques moments de grâce qui soulagent cette souffrance viscérale enfouie au plus profond de chacun des personnages : les chansons entre père et fille, puis fils et père, contrebalancent avec les violences dans les actions (très modérées tout de même) et la violence des mots, beaucoup plus crues car inhérentes aux personnages. Et alors que d’autres reconnaissent leurs erreurs dans un silence musical et une scène sans aucune coupure, qui prend le temps qu’elle mérite, les Meyerowitz attendent qu’il soit trop tard pour exprimer leurs doutes et leurs besoins vitaux. 

      Le film poursuit un cours somme toute assez classique, pour finalement poser la question de l’idée que l’on a de soi et de l’idée que les autres ont de soi, pour en arriver à la conclusion d’un art qui remplacerait les mots et même l’identité. Car si le père souffre de ce manque de reconnaissance par rapport à son art, il est pourtant défini pendant 1h50 par le prisme de ses œuvres et de son talent (ou non-talent). La dernière fois qu’on le voit, il n’est d’ailleurs plus qu’une étiquette apposée sur une boîte renfermant sûrement son oeuvre.

      A travers cette boîte scellée, la communication est définitivement close et l’héritage de la parole ne se trouve que dans un « guide de conversation pour fin de vie », avec des phrases surfaites et sans sentiments. The Meyerowitz Stories échoue à traiter de ces problématiques familiales complexes avec profondeur et sincérité, mais n’en reste pas moins une agréable comédie qui se digère plus facilement qu’un repas de famille.

      Bande annonce The Meyerowitz Stories :

       

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