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      Critique « Shimmer Lake » (Netflix) de Oren Uziel : un thriller insipide et amorphe

      Une forme originale ne peut pas soutenir à bout de bras tout un film : voilà un adage que Oren Uziel devra bien se répéter lors de son prochain long-métrage. Policier ultra-classique dans son scénario, Shimmer Lake ne dénote que par sa forme (un récit inversé des évènements) et qui, encore, n’est pas révolutionnaire. L’enfer est pavé de bonnes intentions.

      Un mauvais scénario pris à l’envers ne sauve pas un film. Shimmer Lake retrace le braquage d’une banque et l’enquête qui suit dans une petite ville américaine paumée, et… il n’y a pas grand chose à dire de plus, à part que les évènements sont pris à l’envers, de sorte que le film clôt sur un cliffhanger censé modifier toute notre perception du film. Or, en utilisant ce montage et cette thématique, Oren Uziel réalise un mélange mal dosé entre un polar des Frères Coen type Fargo, et l’Irréversible de Gaspar Noé. Dans Irréversible, le montage antéchronologique montrait à quel point tout un passé est relié à un évènement présent mais surtout, il posait la fin de film comme ponctuée de moments de grâce qui dénotent avec l’horreur de son début. Le film de Gaspar Noé se mouvait dans l’espace-temps et il devenait absolument nécessaire de faire une lecture inversée des éléments.

      Shimmer Lake ne parvient à aucun moment à trouver cette mouvance dans un espace-temps et devient un film qui ne vit que pour et par sa fin ; il délaisse le spectateur pendant 1h20 pour mieux se complaire dans un cliffhanger ultra-basique, porté par des personnages plus ou moins intéressants. Les acteurs parviennent à soutenir à peu près le film et à lui donner une certaine crédibilité, même si le développement des personnages et des personnalités laisse à désirer. Malheureusement les stéréotypes s’enchaînent : entre le shérif Ethington pas très malin (Adam Pally), le novice et nerveux Andy (Rainn Wilson, qui incarne l’un des personnages les plus proches de l’univers Coen sans pour autant en approcher la substance absurde), ou encore le simplet Chris Morrow (Mark Rendall), qui finit par devenir attachant face à tous ces personnages et nous rappelle l’éloge de cette simplicité d’esprit, défendue encore une fois dans les films des Frères Coen. 

      Shimmer Lake aurait pu ainsi être un film divertissant mais sans plus, sans prétention particulière ; il aurait pu, en rajoutant un humour efficace et pointu, s’approcher des meilleurs films du genre. Or, l’oeuvre se complaît dans un humour un peu pataud et lourd, ponctué de situations ultra-prévisibles et de running gag, sans même approcher une dimension ironique ou satyrique. Alors qu’il y avait des possibilités infinies de faire de ce film un savant mélange entre No Country for Old Men, Usual Suspects et Memento, Oren Uziel se complaît dans une oeuvre facile et très abordable, qui perd rapidement de son charme et de son intérêt. 

      Même la musique et la photographie ne parviennent pas à soulever le film hors de la masse de films du même genre ; la BO est efficace mais sans plus, finalement assez insignifiante et attendue dans cet univers, et il en va de même pour la photographie qui reste très lisse pendant toute la durée du film et ne prend aucun parti-pris. Le suspens est maintenu de force par ce montage antéchronologique et perd ainsi toute sa spontanéité et sa sincérité.

      On ressort de Shimmer Lake certes diverti (et encore), mais surtout déçu par cette fin sur laquelle le film et les personnages misent tant ; Oren Uziel perd son pari et emporte dans sa chute ce thriller sans grand intérêt. Disponible sur Netflix.

       

      Bande-annonce Shimmer Lake :

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