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      Critique « L’Atelier » de Laurent Cantet : débat à La Ciotat

      Sous son titre apparemment inoffensif, L’Atelier aborde des questions de société pour le moins sensibles : attentat du Bataclan, racisme, radicalisation… Le réalisateur, Laurent Cantet, déjà récompensé par une palme d’or à Cannes en 2008 pour son film Entre les murs, revient donc sur les écrans avec deux thématiques sensiblement équivalentes : la transmission et la jeunesse, dans le but de questionner la société actuelle.

       

      Entre réalité, documentaire et fiction

      L’Atelier est un objet cinématographique complexe qui entremêle la réalité, le documentaire et la fiction. Dans le film, Olivia, une auteure renommée de roman noir « débarque » à La Ciotat pour mener un atelier d’écriture auprès de jeunes en réinsertion. Tout comme Olivia, Marina Foïs, actrice d’une certaine notoriété et son accent parisien, se retrouvent attablés face à un casting sauvage de parfaits inconnus sudistes. Au cours de l’atelier, Olivia se fait bousculer par la violence d’Antoine, qui s’oppose quasi systématiquement aux idées du groupe d’écriture. Le spectateur, lui, est renversé par la prestation du jeune Matthieu Lucci « dégoté » à la sortie du lycée de La Ciotat par Laurent Cantet. On peut ainsi sans cesse créer des ponts et établir des parallèles entre fiction et réalité. La mise en abime de l’écriture du film avec l’écriture du roman participe également à brouiller les pistes entre les éléments réels et les éléments fictionnels et permet l’émergence d’un film dense et intense tant sur le fond que sur la forme.
      L’un des objectifs de L’Atelier est également de mettre en avant le patrimoine de La Ciotat avec notamment son chantier naval dont l’activité a cessé il y a une vingtaine d’années. Les jeunes ont donc pour mission d’ancrer leur récit dans la ville et sont amenés à évoquer son passé industriel. À l’image des apprentis écrivains, Cantet saupoudre son film d’images d’archives relatant l’ancienne activité industrielle de la ville. Cette construction scénaristique mêlant à la fois le documentaire et la fiction permet un réalisme et une pertinence rare mais nécessaire. Le réalisateur offre ainsi avec L’Atelier l’opportunité à ses personnages de débattre sur leur vision du monde tout comme il offre à chacun des spectateurs la possibilité de s’interroger sur la société actuelle.

      Solitude, ennui et jeux vidéos

      De manière assez surprenante, le film s’ouvre sur une séquence de jeu vidéo. Un personnage seul erre au milieu d’un extraordinaire paysage montagneux. Il faut y voir la transposition de l’état mental d’Antoine : le jeune homme s’ennuie fermement, entouré des paysages sublimes formés les calanques de La Ciotat. Dans le film de Cantet, le jeu vidéo est abordé premièrement comme un médium avec lequel on peut créer une représentation de soi, et deuxièmement comme un univers au sein duquel on peut grandir et évoluer. C’est une sorte de métaphore sur l’éducation, sur la construction de soi et la recherche de sa place au sein de la société. Le jeu vidéo n’est donc pas abordé de manière péjorative comme porteur de violence ou de radicalisation, il constitue uniquement une échappatoire à un ennui mortel.
      Dans une autre séquence, Antoine joue en ligne et doit remplir une mission avec ses coéquipiers. Un peu plus tôt dans le film, il est évoqué la lutte collective et la solidarité des anciens travailleurs suite à la fermeture du chantier naval. Comme se plaît si bien à le répéter Antoine, ce passé ne lui appartient pas, il opère sa lutte à une autre époque, dans un autre contexte et parfois de manière virtuelle par le biais du jeu vidéo.
      Inclure des séquences de jeux vidéo au cours du film provient également d’une volonté de la part du réalisateur de donner à voir toutes cette diversité et abondance d’images auxquelles nous sommes confrontées au quotidien et qui nourrissent nos pensées et nos représentations.


      
Le débat autour de la table

      La force de l’Atelier réside notamment dans la manière propre à Laurent Cantet de filmer les échanges et les débats autour de la table. Cantet travaille énormément en amont avec ses actrices et ses acteurs au cours de séances de répétition et d’improvisation. Il ne leur livre pas directement un texte qu’ils doivent apprendre ; il leur explique les intentions des personnages et les idées qu’ils doivent exprimer à l’oral, en leur demandant de se les approprier, de les reformuler à leur manière. Lors du tournage, les scènes ne sont jamais interrompues, elles sont filmées dans leur entièreté. Si l’on doit refaire une prise, c’est toute la scène que l’on rejoue. Cette exigence impose de tourner à l’aide de deux caméras, l’une dans un axe précis, l’autre plus libre vient chercher les réactions des personnages. Ainsi, les acteurs ne savent pas quand ils sont filmés, les obligeant à appréhender la scène dans son unité et sa globalité. Cette manière d’aborder et de concevoir le cinéma permet d’insuffler une authenticité et une justesse dans les échanges et les propos tenus, et de faire du film un puissant outil de réflexion sociétal.


      L’Atelier est un film qui évolue en permanence entre documentaire, réalité et fiction et met en exergue les problématiques de la société actuelle. Cantet reste fidèle au cinéma engagé qu’on lui connaît, même s’il ne livre pas de réponses et de solutions toutes faites, il incite au débat. Si la fin du film se dissout quelque peu en terme de construction narrative et d’intensité, le cinéma de Cantet n’en reste pas moins un cinéma nécessaire.

       

      Bande annonce L’Atelier, en salle le 11 octobre 2017:

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