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      Feel good : cinq films indiens aussi magnifiques qu’inoubliables

      Si le cinéma indien actuel lutte presque naïvement pour se débarrasser de « Bollywood » (cette étiquette colorée aux chansons et danses magnifiques), il a fini par se perdre depuis quelques années dans un voyage chaotique qui veut mélanger, très maladroitement, des styles qui ne lui sont pas propres.

      Le rêve américain a grignoté, a avalé sans laisser des miettes, les piliers d’un cinéma basé sur les traditions, la culture et une philosophie ancestrale. Les réalisateurs ont piétiné tout stéréotype pour se lancer dans un challenge incompréhensible, une presque cacophonie, avec l’illusion de se produire à l’image du cinéma américain. Les efforts n’ont donné, hélas, qu’une descente à pic. Sans filet, le cinéma indien s’est cassé la figure pour vagabonder dans un magma déstructuré et sans fondements.

      Mais… longtemps ago… le cinéma indien a produit des films magnifiques qui se sont noyés, malheureusement, dans des stéréotypes dont personne avait la volonté de dépasser. À la déclaration, ‘je n’aime pas les Bollywood’, il est toujours très amusant de demander combien de films indiens la personne a regardé. Il s’avère la plupart du temps que la personne en question n’a rien regardé et qu’elle se fie aux trois secondes visionnées par hasard. Et puis, il serait intéressant de décortiquer le mot Bollywood, que les Indiens détestent au plus haut point. Parce que dire que le cinéma indien se résume à ça, c’est comme tous ceux qui se sont fait des idées très arrêtées sur le cinéma coréen, chinois, japonais ou autre. En Inde, on danse, dans le reste de l’Asie, on donne des coups de pied. Cette idée très étriquée devient une stupide barrière culturelle. Dommage.

      Aujourd’hui, nous vous proposons 5 films, 2 réalisateurs. Mira Nair, productrice et réalisatrice indo-américaine et Mani Ratnam, réalisateur, scénariste et producteur indien, né dans le Tamil Nadu. Les deux sont réputés pour leurs sujets touchant des réalités sociales qui peuvent aller des traditions jusqu’au terrorisme, passant par tous les éléments qui constituent un pays.

      Le Mariage Des Moussons

      L’histoire

      Pendant la période aussi chaotique que romantique des moussons, les membres de la famille Verma se réunissent à New Delhi pour assister à un mariage, sujet central du film. Cinq histoires interconnectées qui explorent différents aspects de l’amour traversant les frontières géographiques, sociales et mœurs de l’Inde contemporaine. Des secrets, de non-dit, sensualité, des couleurs… et la pluie. Nous découvrons petit à petit des personnages attendrissants qui nous donnent l’impression de nous accueillir dans leur famille.

      Impressions

      Nous assistons à leurs secrets, leurs faiblesses, Naseeruddin Shah, que nous avions eu l’occasion d’apercevoir dans Main Hoon Na, nous épate avec cet aspect dépassé et affectueux, ce côté ‘homme qui finit par tout résoudre’, même si de justesse. Père qui réagit comme tous les pères devraient le faire après l’annonce d’un secret terrible. La pédophilie, sujet tabou en Inde, est abordé.

      Vijay Raaz, vu dans Company, film noir de Ram Varma Gopal (vous me direz, ils sont tous noirs ses films. Bon, presque) et dans Yuva de Mani Ratman. Jouant souvent des rôles très très secondaires, il passe presque inaperçu jusqu’à ce qu’il nous fasse pleurer d’émotion dans ce film atypique très loin des clichés. Il est sensuel, gracieux, touché et touchant par l’amour qu’il rencontre.

      La scène finale où ils dansent tous pendant la cérémonie est remplie de joie, ils sont rayonnants, d’une beauté sublime.

      Réalisation : Mira Nair
      Scénario : Sabrina Dhawan
      Chorégraphie : Farah Khan
      Distribution : Naseeruddin Shah, Lillete Dubey, Shefali Shetty, Vijay Raaz

      Mississippi masala

      L’histoire

      Avec l’accession au pouvoir d’Idi Amin Dada en 1972, une famille indienne est contrainte de quitter l’Ouganda, leur pays d’origine, pour s’installer à Jackson, dans le Mississippi. Quelques années plus tard, Mina, leur fille, vit une histoire d’amour avec Demetrius, un jeune noir. Cette relation provoque des conflits entre les deux communautés.

      Impressions

      Il y a des merveilles qui se baladent par ce monde et qui malheureusement tombent dans l’oubli. Dommage.

      Mira Nair nous fait part de l’exil forcé des Indiens d’Ouganda. Si on se demande ce que Denzel Washington, encore légèrement vacillant, fait dans un film de Mira Nair, on découvre que le sujet principal ce sont des conflits raciaux de tout genre. La réalisatrice aime bien nous peindre des villes, des cultures, des traditions. Ici, le racisme est peut-être le sujet plus flagrant, mais ce sont les détails, presqu’en arrière-plan, qui s’amalgament pour exposer des réalités.

      Mira Nair a su cependant, jouer avec une dynamique complexe qui ne fait pas de ce film une histoire de deux camps, mais plutôt une histoire homogène dans une société improvisée où chacun s’identifie à un groupe. Le père et la fille se ressemblent beaucoup, ils cherchent tous les deux à s’adapter à une ré-identification culturelle. Loin de leur pays d’origine, l’ouverture à un autre pays ne se fait pas sans douleur.

      La nostalgie du père est montrée avec tendresse lors de son retour à Ouganda. On voit son amour pour les danses, les enfants, la musique. Les mots qu’il prononce à la fin, très touchants, proviennent d’une chanson d’Elvis enregistrée pour la bande sonore de Kid Galahad en 1961 intitulé, « Home Is Where the Heart Is » :

      Home is where the heart is
      And my heart is anywhere you are

      Chez soi est là où le coeur se trouve
      Et mon cœur est là où tu es

      Juste pour l’info, les Indiens sont retournés en Ouganda et ont récupéré la plus grande partie de leurs biens. Il n’existe aucun autre exemple historique d’une telle restitution, d’autant plus remarquable qu’elle concerne de nombreuses propriétés parmi les plus importantes du centre de Kampala.

      Réalisé par Mira Nair
      Date de sortie en France: 18 Septembre 1991
      Avec Denzel Washington, Sarita Choudhury

      Raavanan

      Raavanan

      L’histoire

      Comme introduction à ce film, parlons un peu mythologie. Pas peur pas peur, il s’agit bien d’un film d’action qui se passe bien de nos jours mais qui est basé sur une très ancienne histoire du sud de l’Inde. Ravana est un démon avec dix têtes et vingt bras. Pour le tuer, Vishnou le protecteur se déguisa en Rama, image de l’homme parfait, et Ravana, pour se venger, captura et emprisonna Sita, la femme de Rāma.

      Impressions

      Interprété par trois des meilleurs acteurs du cinéma tamoul, Vikram dans le rôle de Veera, Aishwarya Rai (vous vous rappelez ? Cette actrice indienne au nom imprononçable qui avait été considérée pendant longtemps la femme la plus belle au monde) dans le rôle de Ragini et Prithviraj Sukumaran dans le rôle de Dev Prakash.

      A ne pas faire l’amalgame avec les Bollywood, propres au nord de L’Inde. Un bijou, encore une extraordinaire façon de surprendre le spectateur, de jouer presque avec ses repères. Il vous tiendra en haleine jusqu’à la fin, jusqu’à la dernière seconde. Vous resterez devant vos écrans à regarder le générique défiler et écouter ce magnifique compositeur qui est A. R. Rahman qui, comme à son habitude, réalise toujours les bandes sonores des films de Mani Ratnam (Compositeur et chanteur de Slundog millonaire)

      Réalisation et scénario Mani Ratnam
      Distribution: Vikram, Aishwarya Rai

      Yuva

      Yuva

      L’histoire

      Inspirée du célèbre Amores Perros (Alejandro Gonzalez Inarritu, 2000), cette histoire est racontée à travers trois visions différentes, sous un fond de métropole moderne et à l’aide d’une technique narrative. Yuva est un tissage de trois histoires en forme de flash-back qui ont comme point commun, une tentative de meurtre commis au milieu de l’accélération de la circulation sur le Hooghly Bridge de Kolkata.

      Trois hommes, de parfaits inconnus se trouvent dans une situation. Chacun d’entre eux a une histoire derrière lui, un point de vue, qui, racontée séparément, et avec un complément d’information ajouté à chaque flashback, nous recompose l’histoire totale tel un puzzle tortueux.

      Impressions

      Nous découvrons le début par une scène critique que nous verrons à trois reprises. A chaque fois, nous sommes menés à un flashback habile qui nous explique la situation, comment chaque personnage est arrivé à cette situation précise.

      Yuva, qui veut dire jeunesse, nous montre les différentes façons de vivre d’une jeunesse à travers divers personnages. Ajay, aussi égal à lui-même que d’habitude, nous promène par une jeunesse régie par des idéaux et des principes incontournables.

      Abhishek est absolument génial dans ce film ! Dans ce rôle de méchant presque naïf, gros, baraqué, rustre, nounours sans feeling… comme un Vinicius del Toro beaucoup plus articulé, vivant… avec moins de peur de s’exprimer ? Et Rani, dans son personnage dur et fragile, amoureuse d’une brute, on arriverait presque à oublier à quel point elle est belle, glamour. Loin, très loin de Veer-Zaara ou de Kabhi Alvida Naa Kehna, nous aurons du mal à la reconnaître, sauf évidemment par sa voix.

      Le couple Vivek Oberoi et Kareena Kapoor donne ce côté Bollywood par leur insouciance, leurs petits problèmes de cœur. A noter une Kareena Kapoor sublime, nature, très peu de maquillage, plus féminine que jamais.

      Réalisateur et Scénario : Mani Ratnam
      Date de sortie : 14 mai 2004 (Inde)
      Musique : A.R. Rahman

      Dilse

      L’histoire

      Amar Varma, journaliste pour une station de radio, se rend dans le nord-est de l’Inde pour interviewer les populations locales au sujet de leurs conditions de vie. Il rencontre une femme mystérieuse dont il tombe amoureux. Hélas, la belle garde un secret qui les amènera, tous les deux, dans un inévitable chemin de non-retour.

      Impressions

      Filmé comme un documentaire et sous le thème de terrorisme, Dil Se nous emmène dans un tourbillon vers une fin incontournable, tapissée par le stress que le personnage principal éprouve au fur et à mesure que la vérité se révèle comme une réalité concrète et inexorable.

      Tournée dans la région du Cachemire, Dil se est réputé par ses paysages, vastes et magnifiques, donnant une amplitude vertigineuse. Plus l’étau se referme autour du journaliste, plus on se rend compte qu’il n’y a aucune prise, aucun moyen de repères dans la magnitude de ces décors naturels. Ils finissent par devenir pesants et aussi alambiqués que l’histoire de Varma. Ce film nous prend par les tripes, on oublie de respirer par moments ! Descente aux enfers. Comme à son habitude, Mani Ratnam ne fera pas les choses à moitié.

      Réalisation et Scénario : Mani Ratnam
      Distribution : Shahrukh Khan, Manisha Koirala, Preity Zinta

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