Running Man : quand la dystopie de Stephen King se confond avec notre réalité

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Dans son dernier film, Edgar Wright adapte à l’écran le roman dystopique “Running Man” de Stephen King, confiant à Glen Powell le rôle de Ben Richards. Et si l’histoire relève de la fiction, la réalité qu’elle dépeint n’est finalement pas si éloignée de la nôtre.

Le 19 novembre 2025 sortait le remake de Running Man. Le roman de Stephen King, publié en 1982, avait déjà connu une première adaptation en 1987 avec Arnold Schwarzenegger au casting. Cette fois, c’est Edgar Wright (Scott Pilgrim, Baby Driver) qui propose sa propre lecture, avec Glen Powell dans le rôle principal. À ses côtés, on retrouve Colman Domingo, Josh Brolin et Michael Cera. Une année idéale pour revisiter cette histoire, puisque le récit original se déroule en 2025. Et après avoir vu le film, difficile de ne pas remarquer à quel point la dystopie imaginée par Stephen King ressemble étrangement à notre monde actuel.

Un monde dystopique

L’histoire suit Ben Richards (Glen Powell), un homme en colère qui vit dans les boxes, des zones où se concentrent pauvreté, violence et pollution. Jeune père de famille, il a perdu son emploi après avoir pris la défense de ses collègues victimes d’un accident à l’usine. Un acte qui lui a valu d’être blacklisté par l’entreprise qui l’employait, un gros groupe qui possède une grande partie des activités économiques du pays. De ce fait, il se retrouve incapable d’acheter les médicaments nécessaires pour soigner sa fille atteinte de la grippe.

Malgré les craintes de sa femme, Ben décide de participer à un jeu télévisé pour gagner de l’argent. Dans ce monde, le divertissement est poussé à l’extrême : pour faire grimper l’audience, certains candidats mettent littéralement leur vie en jeu. Ben se retrouve alors embarqué dans Running Man, une course-poursuite à travers le pays où il doit échapper à des chasseurs lancés à ses trousses, sous peine d’être tué en direct. Au bout de la ligne d’arrivée : le jackpot et la promesse d’une vie meilleure, loin des boxes, pour sa famille.

En observant la vie de Ben Richards, on se rend compte qu’elle n’est finalement qu’une version à peine amplifiée de notre propre réalité. Des quartiers en grande pauvreté, une pollution si forte qu’elle rend la population malade. La syndicalisation traitée comme un acte de délinquance, des médicaments hors de prix… Stephen King n’était pas si éloigné de l’Amérique, et même du monde de 2025.

Screenshot 2025 11 19 16.17.41 Running Man : quand la dystopie de Stephen King se confond avec notre réalité

La télévision aussi est familière. Dans le film, Ben Richards passe le temps en regardant “Los Americanos”, une émission qui rappelle beaucoup “Les Kardashian”. Une famille richissime qui transforme les petits drames de son quotidien en spectacle, pour le divertissement. Et c’est pareil pour le modèle économique. Dans le film, Network engloutit pratiquement toutes les grandes entreprises des États-Unis : c’est l’employeur du pays. Un géant économique qui contrôle tout, jusqu’au récit diffusé au public. L’IA y est utilisée pour réécrire les propos qui ne conviennent pas au régime médiatique, falsifier les faits pour orienter l’opinion, et transmettre la peur.

Si on résume : des chaînes d’info et des entreprises détenues par une poignée de milliardaires. Des travailleurs précaires pris dans un système qui profite à 1 % de la population, un syndicalisme criminalisé, des mouvements sociaux réprimés avec violence, des élites adulées malgré leur ridicule et leur cruauté, une pollution omniprésente, une crise de l’emploi, et une surveillance maximale. Est-ce que ce monde est une pure dystopie, ou l’ombre du futur régime qui nous attend si on continue sur cette voie ?

Un message contemporain

Et si Co-Op City résonne autant avec notre époque, ce n’est pas seulement grâce à son décor. Le message que porte le film, tout comme les phrases prononcées par Ben Richards, font écho à nos luttes sociales. 

Dans le film, lorsque Ben Richards est présenté au public de Running Man, il est décrit comme un délinquant. Son acte syndical est entièrement réécrit pour devenir un acte de trahison. Le jeu, comme ces mensonges, sont diffusés par l’unique chaîne que tout le monde regarde : la FREE VIE. C’est ainsi que le studio justifie une émission aussi brutale que Running Man. Les habitants sont bercés par un récit qui leur assure que tous les participants sont des braqueurs, des traîtres, des menaces pour la sécurité de la société. Et c’est au nom de cette prétendue sécurité que la population accepte un tel acharnement, que ce soit dans les boxes ou dans les quartiers chics.

Il est toujours plus facile de trouver un bouc émissaire que de se demander : qui est réellement dangereux pour nous ? Ce discours résonne tristement avec la montée du racisme et de l’extrême droite ces dernières années, alors que la pandémie a causé une crise économique, touchant l’emploi, la santé et le logement.

Même constat du côté de la manipulation de l’opinion publique. Les runners doivent envoyer des vidéos d’eux-mêmes pendant leur fuite, sous peine de perdre leurs gains. Ben Richards profite de ces vidéos pour faire passer un message, et dire sa vérité sur le monde extérieur. Mais, une fois encore, les médias décident de la version que le public doit entendre : son discours est transformé en message haineux afin de pousser davantage le public à le détester. C’est le Showbiz, Benny ! Et lorsque son message ne peut pas être modifié, il est tout simplement censuré.

Screenshot 2025 11 19 16.18.18 Running Man : quand la dystopie de Stephen King se confond avec notre réalité

De ce fait, en attisant la haine contre les plus démunis, ceux qui souhaitent un changement, la violence à leur égard augmente. Pendant le jeu, la population participe directement : elle peut aider à faire éliminer un runner en échange d’argent. L’émission encourage donc la délation et la collaboration. Quant aux chasseurs, ils sont acclamés pour leur violence extrême, au nom de la sécurité. Et ceux qui périssent de leurs mains l’ont mérité.

Pourtant, un simple geste peut tout arrêter, et c’est Ben Richards qui l’encourage : “Éteignez la FREE VIE”. Il incite le public à se poser la vraie question : qui finance toutes ces entreprises qui refusent de nous embaucher, qui nous enferment dans une arène aussi violente que celle des gladiateurs de l’Empire romain, et qui manipulent l’information pour nous maintenir dans la peur ? La solution est pourtant évidente : pour faire s’effondrer leur système, il suffit d’éteindre la télévision, et de boycotter la FREE VIE.

Ce message résonne avec notre époque : face aux conflits internationaux, beaucoup appellent au boycott des grandes entreprises qui financent des tueries et des génocides. De même, les chaînes d’information qui désinforment, participent, directement ou indirectement, à ces violences de masse. Et tous continuent d’exister parce que nous le permettons.

Alors, si c’est simple, pourquoi ne pas agir comme Ben Richards ? Éteignez vos écrans. Enfin, sauf un: le plus grand. Running Man, à voir au cinéma dès le 19 novembre.