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      Auteure du mois : Charlotte Delbo, figure de la Résistance et de la littérature des camps

      Figure française de la Résistance pendant la Seconde Guerre Mondiale et femme de lettres, ce mois-ci nous vous parlons de Charlotte Delbo.

       

       

      Charlotte Delbo est née le 10 août 1913, à Vigneux-sur-Seine (Seine-et-Oise, Essonne actuelle). D’une famille d’immigrés italiens, elle est l’aînée de quatre. Sténo-dactylo bilingue en anglais, dans le Paris des années 30, elle fait la connaissance d’Henri Lefebvre qui l’introduit auprès d’un groupe de jeunes philosophes qui réfléchissent autour de Georges Politzer et Paul Nizan. A leurs côté, Charlotte découvre le marxisme et rejoint les Jeunesses Communistes en 1934, puis, à partir de 1936, l’Union des Jeunes Filles de France, créée et dirigée par Danielle Casanova. Sur les bancs de l’Université ouvrière, elle fait la connaissance de Georges Dudach (1914-1942) , fervent militant communiste. Ils se marient le 17 mars 1936. A partir de 1937, pour le compte du journal communiste « Les Cahiers de la Jeunesse » que dirige Dudach, Charlotte fait des piges culturelles. A cette occasion, elle interviewe Louis Jouvet. Ce dernier lui propose de venir son assistante et l’embauche dans la troupe du théâtre de l’Athénée qu’il dirige. Elle est notamment chargée de prendre en sténo et de reconstituer les cours qu’il donne aux étudiants du Conservatoire.

      En 1940, après l’arrivée des Allemands à Paris, les limites imposées à la troupe par les occupants deviennent insupportables à Jouvet. Il décide donc d’emmener la troupe en tournée, en Suisse d’abord, puis en Amérique latine. Charlotte accompagne la troupe mais lorsque le Patron décide de ne pas rentrer en France, en septembre 1941, elle refuse de le suivre et, seule, rentre en France où elle retrouve Georges Dudach, entré dans la clandestinité. Rattaché au réseau Politzer, il s’occupe notamment des aspects techniques de publication de la revue clandestine La pensée libre. Pour le compte du Comité National des Écrivains qui donnera naissance aux Lettres Françaises, il est également le lien avec Louis Aragon et Elsa Triolet, réfugiés en zone libre. A son retour d’Amérique latine, Charlotte prend sa place dans le réseau. Elle est officiellement chargée de l’écoute de Radio Londres et Radio Moscou, de la dactylographie des tracts et revues. Actions qui lui vaudront, après la guerre, d’être homologuée adjudant-chef au titre de la résistance française.

      Le 2 mars 1942, cinq policiers des brigades spéciales font irruption dans leur studio du 93 rue de la Faisanderie. Ils tombent dans un vaste coup de filet qui décapite le mouvement intellectuel clandestin du PCF. Avec eux sont arrêtés Georges et Maï Politzer, Danielle Casanova, Jacques Decour, Marie-Claude Vaillant-Couturier, Marie-Elisa Nordmann et beaucoup d’autres. Après interrogatoires, Georges et Charlotte sont transférés à la Santé. Dudach est condamné à mort le 23 mai 1942, il est fusillé au Mont Valérien. Le matin de son exécution, Charlotte peut lui dire adieu. Le 24 août, Charlotte est transférée au fort de Romainville. Le 20 janvier, 230 déportées politiques partent pour le camp de Compiègne où, le 23 janvier au matin, elles montent dans le train qui les emporte vers Auschwitz-Birkenau.

      De janvier à août 1943, elle voit ses compagnes tomber, les unes après les autres. Charlotte survit à l’épidémie de typhus qui les décime. Elle est envoyée dans un camp annexe de Birkenau, Rajsko, spécialisé dans la culture et la récolte du kok-sagyz (une sorte de pissenlit dont on extrayait la sève pour remplacer le latex). Avec ses compagnes, Charlotte y monte Le malade imaginaire, reconstitué de mémoire. Peu de temps après, en janvier, elle est transférée à Ravensbrück. Elle y restera jusqu’à sa libération par la Croix Rouge Internationale, le 23 avril 1945. Des 230 passagères du Convoi du 24 janvier, seules 49 auront survécu.

      De retour à Paris, Charlotte Delbo reprend sa place aux côtés de Jouvet.  Mais, très éprouvée, elle n’a pas la force de continuer. Au début de l’année 1946, elle quitte, à grand regret, Paris et son travail pour rentrer à la clinique « les Hortensias » au Mont sur Lausanne. Son état de santé est délicat car son cœur est atteint d’une myocardite parcellaire. Pendant cette période de repos forcé, elle écrit Aucun de nous ne reviendra, le récit des mois passés à Auschwitz. Puis elle l’enferme dans un tiroir. Après sa convalescence, elle reprend son travail à l’Athénée puis choisit de le quitter pour rejoindre l’ONU qui est train de se créer. Recrutée pour ses compétences en sténographie et en anglais, elle est attachée d’abord à la Commission économique, puis aux Services techniques. En 1960, Charlotte Delbo quitte l’ONU pour devenir l’assistante de son vieil ami, Henri Lefebvre, au CNRS. Dès lors, elle entre dans son équipe, jusqu’à sa retraite en 1978.

      Parallèlement, elle écrit. En 1960, elle publie aux éditions de Minuit, Les Belles Lettres, recueil de lettres échangées par des opposants à la guerre d’Algérie. Puis, en 1965, aux éditions Gonthier paraît Aucun de nous ne reviendra, le manuscrit qu’elle a écrit en Suisse, vingt ans auparavant. Il constitue le premier tome d’une trilogie, Auschwitz et après, qui sera intégralement publiée aux éditions de Minuit à partir de 1970. Elle ne cessera plus d’écrire, publiant des pièces de théâtre, des poèmes, des tribunes, des récits témoignant de son expérience concentrationnaire. Elle devient une grande voix littéraire, inflexible sur le sort de l’Homme dans les violences auxquelles il se trouve confronté. 

      Charlotte Delbo est décédée d’un cancer le 1er mars 1985. Elle est enterrée dans le cimetière de Vigneux-Sur-Seine. 

       

       

      « Pour Charlotte Delbo, témoigner c’était dire ce qui hantait sa mémoire »

      François Veilhan

       

      Claude-Alice Peyrottes a souligné l’importance de l’oeuvre de Charlotte Delbo : « Nous savons que dans un futur proche, les rescapé(e)s, survivant(e)s des camps de concentration et d’extermination auront disparu. Ces femmes et ces hommes ne seront plus là pour nous raconter, pour témoigner, pour nous dire l’inconcevable expérience qui fut la leur et celles de leurs compagnes et compagnons… Inlassablement, pour que l’on sache et que l’on n’oublie pas, qu’on ne les oublie pas, il faut, il faudra qu’à leur tour les jeunes générations et les suivantes prennent le relais de leurs voix, de leurs paroles, en puisant dans les œuvres qu’ils nous auront laissé en héritage. Ce passage de témoin, déjà entrepris, pourra ainsi perpétuer et maintenir au-delà de leur mémoire un état d’éveil aux menaces toujours présentes d’inhumanité. »

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