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      Critique : « Pour unique soleil », histoire d’une idolâtrie

      Pour unique soleil raconte la fascination que peut exercer un être sur un autre, et la méprise que peut générer notre imaginaire lorsqu’il l’emporte sur la réalité. Jouant tantôt le registre de l’humour, tantôt celui du drame, Joseph Agostini (psychologue clinicien et ancien journaliste) s’intéresse à l’idolâtrie et à ses sentiments excessifs.

      L’intrigue se déroule à la fin des années 90, ère pré-digitale où le petit écran régnait encore dans les foyers. Daniela Lumbroso faisait la pluie et le beau temps sur le « PAF », et la couverture de tous les magazines. Un temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaitre…

      Daniela for ever

      Pour unique soleil c’est l’histoire de Cathy, jeune paumée en mal de modèle féminin, et qui nourrit depuis des années une véritable passion pour Daniela Lumbroso. Jusque-là rien de très grave (croit-on). Sauf qu’un jour Cathy croise le chemin de Ludivine, le sosie de son idole. Persuadée qu’il s’agit de la célèbre journaliste, elle se met en tête d’entrer dans sa vie et de se faire aimer d’elle. Ludivine, qui traverse une période de profonde remise en question, se prend au jeu de l’idolâtrie. La situation aurait pu en rester là si Cathy n’avait pas rencontré Diane, l’assistante de Daniela, elle-même en adoration devant sa « patronne ». Quelques mots malheureux de Cathy suffisent à plonger Diane dans une profonde désillusion, et un drame survient.

      Rêve contre réalité

      Pour unique soleil dresse le portrait de femmes dont les existences n’auraient jamais dû se croiser, et qui partagent un certain goût de la chimère. Cathy, Ludivine et Diane tentent d’échapper à une réalité qui ne fait pas leur bonheur, et rêvent d’être une autre. Elles finissent toutes par s’identifier à la pétillante Daniela Lumbroso, personnalité publique, modèle de féminité et de réussite. Pour finalement s’apercevoir que tout ce qui brille n’est pas d’or, et qu’on ne peut vivre éternellement dans un rêve.

      Un hommage au petit écran

      Pourquoi Joseph Agostini a t-il choisi une ancienne star de la télévision comme « sujet » de son roman ? D’abord parce qu’il a été lui-même fan de « la Lumbroso ». Il la décrit comme « une personnalité de télévision complexe, mélange de grande drôlerie, de vraie intelligence et de cet art de ne jamais se prendre au sérieux ». En 1999, époque du roman, Daniela Lumbroso est la première femme à présenter des émissions de variétés en prime time. Pour unique soleil nous replonge dans une époque où il n’y avait pas Internet (cela parait si loin…). Le petit écran attirait des millions de téléspectateurs, et les présentateurs du « JT » (PPDA, Claire Chazal…) étaient de vraies stars. Son roman parle de façon assez juste de « nos fausses perceptions de l’autre, de nous-mêmes, souvent amplifiées par la magie de la télévision ». Et par la magie du star system de manière générale, propice à l’idolâtrie.

      Une histoire de femmes

      L’auteur explore la relation souvent ambigüe qu’entretiennent les femmes entre elles, mélange de fascination, de besoin d’identification et de jalousie. Mais aussi le rapport à la maternité. Un soir, Ludivine regarde Daniela interviewer Elisabeth Badinter. : « On ne parle que des joies de la grossesse, de l’instinct maternel (…). Si j’étais Simone de Beauvoir, je hurlerais! ». Devant sa télé Ludivine jubile, elle qui ne s’est jamais vraiment sentie à l’aise dans son rôle de mère. Ce soir-là, elle comprend l’admiration de certains pour Daniela, « cette femme auburn au sourire de Mona Lisa, maternelle à souhait, invitant le public à se lover dans sa poitrine (...) ». La maternité, il en est surtout question dans la relation désastreuse qu’entretient Cathy avec sa mère. Relation à l’origine de son obsession pour la journaliste. Daniela, c’est un peu la femme qu’elles auraient toutes voulu être, et la mère qu’elles auraient toutes voulu avoir.

      Le style de Joseph Agostini est simple et vivant, avec des dialogues qui ne manquent pas de mordant. Mais la fin nous laisse sur notre faim. On regrette que l’auteur n’ait pas exploré plus en profondeur la relation entre Cathy et Diane, les deux groupies. Et surtout, on attendait avec impatience une rencontre-confrontation entre la vraie et la fausse Daniela. Au lieu de cela, il opte pour une morale un peu simpliste : « L’ironie est que les êtres sincères sont à la même enseigne que les menteurs, et qu’il n’y a parfois pas plus sincère qu’un mensonge ». Soit… Son objectif d’initier le grand public à la psychanalyse, discipline ô combien ardue, sera t-il atteint grâce à ce livre? Une chose est sûre, Pour unique soleil donne envie de revoir les émissions de Daniela Lumbroso. Pour le plaisir de la nostalgie.

      Daniela Lumbroso, Couverture "Pour unique soleil"
      Pour unique soleil, Editions Envolume

      Paru en Mai 2021 aux éditions Envolume. 18,90 euros. Du même auteur : Manuel d’un psy décomplexé, Dalida sur le divan.

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