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    Critique S1-S3 « Arrested Development » (Netflix) : quand le running gag devient un art

    Sans le savoir, vous êtes forcément déjà tombés sur un GIF, une punchline ou une séquence d’Arrested Development. Le show fête ses 15 ans cette année. Mais si la série n’est plus toute jeune, elle n’a cependant pas pris une ride ! Au contraire, elle s’améliore même avec le temps et les visionnages. Officiellement élevée au rang de série culte par une large majorité de critiques outre-Atlantique, la sitcom prépare son grand retour sur Netflix. Focus sur une série excentrique devenue une référence en la matière.

    Bienvenue chez les Bluth ! C’est « l’histoire d’une famille riche qui a tout perdu, et d’un fils qui n’avait pas d’autre choix que de tous les réunir”. Voici la petite phrase d’intro que l’on peut entendre au début de chaque épisode d’Arrested Development (que l’on pourrait traduire par « Nouveaux pauvres »). Mais rassurez-vous, pas de drama ici, on est bien en plein registre comique. La faillite de la Bluth Company et l’arrestation du chef de famille pour détournement de fonds servent de point de départ pour se concentrer sur cette famille plus que dysfonctionnelle. 

    Car tous les membres du clan Bluth cumulent un nombre effarant de tares plus ridicules les unes que les autres. Égocentriques, radins, lâches, alcooliques, stupides, névrosés jusqu’à la moelle… Les Bluth sont loins d’être des modèles de conduite. Leurs mauvaises décisions à répétition les mènent à leur propre perte. Heureusement, au milieu de tout ça, il y a Michael Bluth, le frère à peu près saint d’esprit qui tente tant bien que mal de sauver les meubles.

    Cette critique se concentre uniquement sur les trois premières saisons, qui conservent une certaine cohérence. La suite, ancrée dans une logique différente, fera l’objet d’un nouvel article. Alors concentrons-nous désormais sur ce qui a fait le succès indiscutable d’Arrested Development.

    Arrested Development : du génie dans la stupidité

    Comme toute production de l’industrie culturelle, Arrested Development a ses fans et ses détracteurs. Cependant, il faudrait être sacrément aveugle ou de mauvaise foi pour ne pas reconnaître le génie qui se cache dans cette série. Et si vous avez le malheur (ou le bonheur, tout est une question de point de vue après tout) d’accrocher, attendez-vous à devenir sérieusement addict.

    Il faut pourtant laisser sa chance à la sitcom et atteindre le troisième ou quatrième épisode avant de comprendre réellement ce qu’il se passe. Car Arrested Development, par son humour politiquement incorrect et son rythme effréné, peut surprendre au premier abord. Ce n’est qu’une fois que l’on a décodé les mécanismes de la série que l’on se met à réellement l’apprécier. Et c’est là toute l’intelligence du show.

    Contrairement à beaucoup de sitcoms américaines, Arrested Development ne prend pas ses téléspectateurs pour des lapins de trois semaines. Ici, pas de rires pré-enregistrés, pas de longues pauses après une blagueCes techniques ont prouvé leur efficacité mais ont fait leur temps. Ici, on rit quand on le veut, et surtout, quand on a compris.

     

    Parce que la série est bourrée de jeu de mots pourris. Parfois de manière tellement subtile qu’on passe à côté. Parfois tellement énormes qu’on se demande comment les scénaristes ont osé. En fait, Arrested Development, c’est ce pote attachant qui vous fait rire tellement ses blagues sont nulles. On peut par exemple citer le nom débile de certains personnages, comme la cousine Maeby (qui se prononce comme « peut-être » en anglais). Ou cet avocat qui répond au nom de Bob Loblaw. Les scénaristes n’hésitent pas à pousser le délire jusqu’à son paroxysme : Bob tient un blog (le Bob Loblaw’s blog) et Maeby a un alter égo en fauteuil roulant, Surely (« sûrement », en anglais). Petit conseil : matez la série en VOSTFR si vous voulez saisir toute la subtilité des jeux de mots. Ce serait dommage de passer à côté du désormais culte « I just blue myself« .

    Par ailleurs, si vous êtes du genre à deviner la fin avant le dénouement de l’intrigue, vous allez être surpris sur ce coup là. Les personnages sont tellement barrés que l’on atteint un niveau de non-sens absolument inimaginable. Les nombreux twists sont généralement imprévisibles. Si bien que l’on s’y habitue. À tel point qu’il vous faudra peut-être quelque temps avant de remarquer que les bandes annonces des épisodes suivants sont des scènes inventées de toute pièce qui ne se produiront jamais. On avait jamais vu ça. Du pur génie.

    Un rythme effréné

    Arrested Development n’a pas de temps à perdre. C’est comme si on avait donné un créneau de 20 minutes aux créateurs de la série et qu’ils avaient essayé d’y insérer le plus de blagues possible. On prend ce qu’on peut, parfois on en zappe quelques unes. C’est le jeu. Le postulat de départ de la série. Et on s’y accommode très rapidement. Ça ne gêne en rien puisque l’intrigue de l’épisode, elle, reste en générale très simple.

    Le tout est relevé par la voix off du narrateur (Ron Howard). De par son caractère omniscient, celui-ci ne se prive pas de nous donner son petit commentaire sarcastique sur chacun des personnages. Une originalité qui permet d’ajouter de la consistance à l’histoire, tout en pointant du doigt les contradictions des différents protagonistes. 

    De la rigueur dans les détails

    Le rythme effréné de la série permet aussi de placer sans modération des références débiles, des blagues insignifiantes et des détails en arrière-plan. Derrière chaque phrase, chaque image, chaque musique, se cache une énième blague. C’est sans fin.

     

    La série fourmille de petits détails tous plus stupides les uns que les autres. Si bien que les scénaristes ont inséré des blagues sur ce qui va se passer bien plus tard. Un peu comme des indices. Sans spoiler, surveillez le nombre de mains sous différentes formes que vous apercevrez, symbole d’un twist important qui n’interviendra que dans la saison 2…

    Arrested Development a donc cette faculté à enchaîner les détails subtiles à travers ses épisodes. On peut alors s’amuser, et sans ennui, à se remater l’intégralité de la série pour y découvrir de nouveaux gags. Il y a tellement de jeux de mots, de punchlines, de détails dans le décor, qu’à chaque visionnage, on se surprend à capter de nouvelles blagues. On vous le dit, c’est sans fin. Et on ne s’en lasse pas.

    Les blagues les plus répétitives sont les meilleures

    Puisque derrière chaque seconde se cache un élément comique, autant les réutiliser. C’est la marque de fabrique d’Arrested Development : les running gags.

    La série développe des thèmes récurrents et les pousse à outrance. Il y a Oscar, le jumeau innocent qui est systématiquement confondu avec son frère et amené par erreur en prison. Il y a les tours de magie foireux de GOB. L’invisibilité inquiétante d’Ann. L’homosexualité refoulée de Tobaïas. La rivalité constante entre Lucille et Lucille 2 (oui, ils ont placé deux personnages avec le même nom et les différencie grâce à un numéro). Tout n’est que running gag. Fondamentalement bien construite, la série manie cet art avec une extrême agilité.

    Ce n’est pas tout. Les scénaristes, visiblement très inspirés, jouent également avec la musique. Chaque blague récurrente a son petit jingle ou sa petite mélodie. C’est le cas pour Mister F, le mystère autour de la paternité de Buster et les tours de magie toujours rythmés par the Final Countdown. Ces indices sont en général hyper cheap, ce qui a pour effet de renforcer le comique de la situation. À mourrir de rire.

    Une distribution de qualité

    La majeure partie du temps, quand on regarde une série, il y a souvent un personnage qui se démarque des autres pour devenir notre petit chouchou. C’est le cas de Barney Stinson dans How I Met Your Mother, de Suzanne dans Orange Is The New Black ou encore Abed dans Community. Ici, tous les personnages contribuent à l’effondrement catastrophique des Bluth. Tous font preuve d’une absence totale de moralité, même Michael, le soit-disant sauveur. Impossible de choisir un préféré. Ou alors ils changent au fil des épisodes.

    Surtout, les rôles sont tous incroyablement bien interprétés par un casting bluffant. D’ailleurs, la série fait appel énormément de guests de qualité. Ben Stiller, Charlize Theron, Liza Minnelli, Julia Louis-Dreyfus… 

     

    Voici donc un petit tour de table en présence de l’hilarante famille Bluth : 

    On commence donc par George Bluth. Patriarche à la tête d’un empire financier. Infidèle, escroc, lâche. Passe son temps entre la prison et la fuite. Toujours à magouiller. Même avec des personnes peu recommandables. A des airs de gourou à ses heures perdues.

     

    Lucille Bluth, mère de famille aimante quand ça l’arrange. Éternelle alcoolique à la répartie facile. A peur d’être seule. 

     

    GOB Bluth, l’aîné. Magicien raté, maladivement jaloux de son frère cadet, il a pour caractéristique de se déplacer uniquement en segway. 

     

    Michael Bluth, le sauveur incompris. Seul membre de la famille à essayer de remettre l’entreprise familiale sur pied sans en détourner les fonds. Veuf, il chérit profondément son fils et fait de terribles choix dans sa vie amoureuse. Croit avoir des prédispositions pour faire un bon avocat après avoir joué le rôle de Peter Pan dans une pièce en primaire.

     

    George Michael. Nommé ainsi d’après son père et son grand-père. Rien à voir avec l’interprète de Last Christmas. A des sentiments amoureux pour sa cousine. Très mal à l’aise en société.

     

    Lindsay Fünke, soeur jumelle de Michael. N’aime que ce qu’elle ne peut pas avoir. Dépense l’argent qu’elle n’a pas. Organise des oeuvres de charité où elle chante pour vendre des psychotropes quand l’argent vient à manquer.

     

    Tobaias Fünke, mari de Lindsay et anciennement psychologue. Seule personne à posséder un travers lors de l’effondrement de l’empire Bluth. Décide pourtant de se consacrer à une carrière d’acteur. A de sérieux problème de couple, notamment dûs à une pathologie orpheline liée au port de short en jean. 

     

    Maebe Fünke, fille de Lindsay et Tobaias. Enfant totalement laissée à l’abandon. Court après l’attention de sa famille. Compte bien s’en sortir malgré un environnement familial chaotique.

     

    Byron Bluth, dit « Buster », dernier enfant de la fratrie Bluth. Se comporte comme un enfant du haut de ses 32 ans. A du mal à couper le cordon avec sa mère. 

     

    En bref, Arrested Development est une mitraillette à blagues qui regorge de surprises et de rebondissements. Tenue par un casting de qualité, la série fait preuve d’une inventivité à couper le souffle. Maîtresse du running gag, elle crée un lien spécial avec le téléspectateur jusqu’à créer l’illusion qu’ils partagent des inside jokes ensemble. Elle se bonifie avec le temps à force de visionnages, à la manière d’un bon whisky. À consommer sans modération.

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