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      Chill & Cult : « No Country for Old Men » sur Netflix, ou quand les Frères Coen réinventent le western

      Prédateur et proie : le schéma est simple, mais le défi est énorme. La proie aurait pu être le roman de Cormac McCarthy, que le cinéma aurait dissous indigestement dans un style vu et revu, comme il l’a déjà fait des centaines de fois en adaptant des oeuvres littéraires. Mais les Frères Coen s’emparent de No Country for Old Men, et en font une oeuvre majeure du cinéma et une adaptation comme on en a rarement vu. A (re)voir sur Netflix dès maintenant.

      Les Frères Coen ne se lassent pas de réinventer les règles du cinéma : après les excellents Fargo et The Big Lebowski, les voilà qui reviennent avec No Country for Old Men en 2007, un polar aux saveurs de western. Mais ici, plus de shérif qui fait respecter sa loi, ou de schéma narratif bien écrit et suivi à la lettre. Ici, la violence et la désobéissance sont à l’honneur. On tue avec facilité, on épargne par hasard, le tout bercé par de grands espaces magnifiquement filmés et des lumières crépusculaires, loin des cadres établis par le genre cinématographique. Celui qui tue, c’est Anton Chigurh (froidement interprété par Javier Bardem, qui joue ici l’un des rôles les plus surprenants et bluffants de sa carrière, en arborant une coupe de cheveux assez incroyable ; en ce qui concerne les styles capillaires de notre cher acteur espagnol, nous vous conseillons d’ailleurs l’excellent Blow Up (Arte) sur les pires looks de ce dernier, à voir ici. Et celui qu’il veut tuer, c’est Llewelyn Moss (Josh Brolin), un cowboy presque moderne qui tombe par hasard sur deux millions de dollars. 

      No Country for Old Men ne cesse de jouer avec les codes du western, en les réinventant en permanence. Le scénario fait sortir de la bouche des personnages des phrases de héros eastwoodiens, même si elles ne conviennent pas du tout à la situation ; la caméra filme avec une froide objectivité, sans être ni trop proche ni trop distante, les violentes séries de meurtres de Anton. Et étrangement, ce même Anton est celui qui semble avoir le plus grand respect pour la mort : jamais il ne tue un animal, jamais il ne parle au passé des morts, et il va même jusqu’à tenir les promesses de ces derniers. Il partage avec le spectateur une fascination morbide, dans un silence à la fois pesant et apaisant (les Frères Coen ont fait le choix de ne placer aucune musique dans le film, sûrement pour encore une fois casser les codes du western où la musique héroïque est de mise). Toutes les scènes s’enchaînent irrémédiablement, avec des plans courts et une photographie irréprochable, emmenée par le talentueux Roger Deakins, directeur de la photographie oscarisé dernièrement pour Blade Runner 2049

      Mais le personnage le plus important, celui qui donne d’ailleurs son titre au film, est le shérif Ed Tom Bell (Tommy Lee Jones), un « vieil homme » désabusé, symbole de toute une époque dépassée. Dans No Country for Old Men, le tueur n’est plus un chasseur  de prime, mais la faucheuse incarnée, qui ne se conforme ni aux lois morales, ni aux règles du cinéma. Le vieux shérif ne peut rien faire contre la mort et ne se fait plus respecter comme il aurait dû dans un vieux western. L’ombre de l’ancien est découpée, malmenée par une époque absurde à laquelle il n’appartient plus. 

      Les Frères Coen réussissent leur pari en faisant de No Country for Old Men une adaptation plus que réussie, qui réinvente et élargit les cadres cinématographiques pour faire d’un schéma simple un tableau plein de nuances. Si le genre vieillit, le cinéma des Frères Coen, lui, ne prend pas une ride. 

       

      Bande-annonce No Country for Old Men des Frères Coen

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