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      Critique « Les génies du mal » (Netflix) : l’incroyable complot maléfique

      Une nouvelle série documentaire haletante vient de faire son entrée dans le catalogue Netflix. Si le programme en quatre épisodes rappelle largement les succès de Making a Murderer, The Keepers ou Amanda Knox, ne vous attendez pas pour autant à une histoire de corruption impliquant des officiers de police véreux. La plateforme de streaming s’attaque cette fois-ci à une affaire digne des plus sombres romans policiers. Avec Les génies du mal, préparez-vous à plonger dans un thriller mêlant livreur de pizza, intelligence machiavélique et maladies mentales. Avec un cadavre dans le congèle en bonus.

      Bienvenue à Érié, sympathique bourgade de 100 000 habitants, paumée au nord de la Pennsylvanie. Rien de très excitant, si ce n’est son zoo aux tigres de Sibérie et son musée maritime qui, à eux seuls, font toute la fierté locale. Jusqu’au beau jour du 28 août 2003, date à laquelle la ville devient mondialement célèbre.

      Un braquage farfelu

      Tout commence lorsqu’un livreur de pizza dissimulant un objet non identifié sous son t-shirt se présente à la banque. L’homme, qui répond au doux nom de Brian Wells, tend religieusement à la caissière une sorte de dissertation sur trois pages indiquant une curieuse marche à suivre. En gros, le bonhomme réclame la coquette somme de 250 000 dollars sous peine de se faire exploser le bide en public. Il est important de souligner que le mec a pris soin de se ramener avec de solides arguments.

      Quoiqu’il en soit, les autorités sont vite alertées. Le livreur se retrouve dehors en plein cagnard, agenouillé et menotté, seul, une dizaine de flingues pointés sur lui. L’étrange individu semble plutôt serein malgré la situation, jusqu’à ce qu’un désagréable cliquetis régulier commence à se faire entendre. Son visage se décompose soudainement. Il crie à l’aide. “Vous avez suivi les instructions ? Vous avez trouvé la clé ? Aidez-moi !”. Le cliquetis s’accélère. À la manière d’un compte à rebours annonçant l’inévitable approche de la faucheuse, une explosion retentit. L’homme tombe à terre. Inanimé. Trois minutes plus tard, les démineurs feront enfin leur entrée sur ce que l’on peut appeler désormais une scène de crime.

      Du côté des forces de l’ordre, c’est l’incompréhension la plus totale.

      Les génies du mal Brian Wells

      Voilà pour le synopsis des génies du mal. Un script qu’on croirait tout droit sorti de l’incipit d’un Agatha Christie des temps modernes. Ou d’un épisode de Kamoulox écrit sous LSD (si tant est que les Kamoulox aient été préparés sobre). Enfin bref, tout ça pour dire que la docu-série se donne pour mission de retracer les éléments marquants de cette enquête pour le moins déconcertante. 

      Un documentariste dans le rôle du détective

      C’est en regardant sa télé, tombant sur ces images affreuses d’un homme impuissant, attendant désespérément la mort, que Trey Borzillieri décide de créer Les génies du mal. Convaincu de l’innocence de ce pauvre livreur de pizza, le réalisateur n’hésite d’ailleurs pas à le qualifier « d’otage ». Vous l’aurez compris, Borzillieri va finir par mener sa propre enquête, en parallèle de la police.

      Le documentariste mettra 15 ans à boucler la série sur l’affaire du « Pizza Bomber ». 15 ans, c’est extrêmement long. C’est la durée de vie d’une carte nationale d’identité en France aujourd’hui. Pour vous dire. C’est pas rien. Borzillieri s’investira donc personnellement dans l’affaire, rassemblant archives et interviews pendant des années. Il ira même jusqu’à tisser des liens proches avec l’un des principaux suspects : la très malaisante Marjorie Diehl-Armstrong.

      Sans spoiler, le docu de Borzillieri désigne très largement Marjorie comme cerveau démoniaque derrière toute cette opération. Il suffit de jeter un œil aux montages (effrayants) utilisés pour la promo du documentaire pour s’en rendre compte. C’est bien simple, on ne voit qu’elle.

      Une affaire au nombreux suspects

      Il faut dire que Marjorie n’a de toute façon pas l’air très nette. En effet, la suspecte se trimballe avec quelques casseroles aux fesses. Bipolaire, incapable de garder un emploi, dotée d’une intelligence supérieure à la moyenne et de sérieux daddy issues. Mais il y a pire. Il se trouve que cinq de ses ex-compagnons ont trouvé la mort dans de curieuses circonstances… Et la coquine s’en est toujours tirée sans la moindre tape sur les doigts. Curieux. Aurait-on affaire au profil classique de la mante religieuse ? Et si c’était le cas, est-elle forcément coupable dans l’histoire du « Pizza Bomber » ? Rien de moins sûr. 

      Car Marjorie n’est pas la seule suspecte dans cette histoire. Son voisin et ami Bill Rothstein l’accuse d’avoir tué son petit-ami. C’est pourtant dans le congélo de ce bon vieux Billy qu’est caché le cadavre de celui-ci. Et depuis quelques temps en plus. Tout en sachant que le bougre a l’air de s’y connaître en dynamite maison. Coïncidence ? Mouais.

      Et puis ce n’est pas tout. Il y a le collègue du livreur, dont la mort soudaine et inexpliquée ne peut paraître que suspecte. Sans oublier le coloc de Bill, au casier judiciaire fourni. Ou encore le fishing budy de Marjorie, qui parle de tuer contre de l’argent… 

      Des génies du mal ou une manipulatrice diabolique ?

      Mais voilà, tout ce beau monde n’est pas assez convaincant selon le réalisateur. Pour Borzillieri, il ne fait aucun doute que la terrible Marjorie est à l’origine de ce plan machiavélique. Un parti pris que lui reproche notamment Télérama, à juste titre. Au fur et à mesure de l’histoire, le point de vue du réalisateur se fait de plus en plus présent. ses arguments semblent implacables, et pourtant… Suivant son instinct, il en oublie malheureusement certaines pistes cruciales. Le pizza bomber, dont le comportement paraît carrément étrange pour un otage, pourrait lui aussi, avoir une part de responsabilité dans cette affaire capillotractée. Un scénario très largement négligé par Borzillieri qui préfère s’attaquer à la sorcière Marjorie. Pourquoi pas.

      Peu importe en réalité. Ce qu’on retiendra des génies du mal, c’est la fascination malsaine qu’on en tire en enchaînant les épisodes, sans même s’en rendre compte. La série tient parfaitement en haleine. Il faut dire qu’entre tous ces protagonistes tous plus dérangés les uns que les autres,on se croirait presque devant une saison d’American Horror Story. Sauf qu’on n’est pas dans la fiction là. C’est peut-être d’ailleurs ce qui rend le docu si captivant, réunissant les spectateurs autour d’une même question : quel esprit tortueux serait capable d’élaborer un plan aussi tordu ??

      Un braquage qui tourne au vinaigre, de mystérieuses disparitions, une chasse au trésor morbide… Les génies du mal restera probablement l’une des affaires les plus what the fuck de l’histoire des États-Unis. On remercie chaleureusement la série de nous en avoir fait connaître l’existence.

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