Critique de Shy, tome 17 : le miroir brisé

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Shy
Shy

Shy a démontré depuis ses débuts des qualités narratives qui font figurer la série en bonne place dans le catalogue manga français. Avec ce dix-septième tome, le manga de Bukimi Miki franchit une nouvelle étape et n’hésite plus à mettre son héroïne principale sur la sellette.

L’histoire

Après une violente escarmouche contre Stigma lors de laquelle Lady Black, poussée dans ses retranchements, a révélé l’étendue de ses pouvoirs, tous les héros poursuivent la bataille pour mettre fin au rêve tordu de Neverland. Cette fois, ce sera au tour de Shy de se confronter à ses propres blessures pour trouver un moyen de vaincre.
De son côté, Nirvana, ancien coéquipier de Shine, se retrouve face à Candy Lovesong. Se pourrait-il que leur combat apporte un nouvel éclairage sur le mystère entourant la précédente héroïne du Japon ?

Shy, tome 17 : le sacrifice

Depuis les révélations des derniers tomes concernant le lien plus qu’intime entre Shine et Stigma, la saga de Bukimi Miki poursuit sa montée en puissance tout comme son expansion dans les profondeurs des émotions humaines.

Les combats deviennent sans pitié entre les héros et les membres d’Amalarilk, bien que l’auteur prenne toujours soin de ne jamais tomber dans le manichéisme. Ainsi, les personnages ne sont, en réalité, jamais tout bon ou tout mauvais, comme le souligne Stardust, héros de l’Angleterre, lors d’un discours percutant. La figure héroïque, la place de héros, n’est pas innée. Elle se gagne à force de sacrifices, et peut tout aussi bien prendre racine sur une vanité mal placée que sur une volonté sincère de se mettre au service des autres.

Cette figure sacrificielle, on la retrouve dans d’autres œuvres majeures : Izuku dans My Hero Academia (en mode « Dark Deku »), Gon dans HunterxHunter… La frontière entre bien et mal n’est au final qu’une illusion : en réalité, deux visions du bien s’entrechoquent, et les places sont interchangeables. Un dernier développement met bien en avant cette idée : les pouvoirs d’Unilord nous sont enfin dévoilés. Grâce à son « Empathie », la meneuse des héros met littéralement sa vie en jeu, soutenue par l’énergie de milliers de personnes, afin de dissiper les nuages diffusés par Amalarilk sur le monde.

Enfin, le concept de « mutilo-métamorphose », théorisé par Nirvana et mis en œuvre par Lady Black dans son dernier combat, en pose la dernière pierre. Le héros parfait, complet, celui que tous admirent… serait en fait celui qui meurt en accomplissant sa mission. De la figure de héros à celle de martyr, il n’y a donc qu’un pas.

Shy et Shine : l’espoir, l’amour, la haine

Cette action exacerbée jusqu’à l’acte ultime, le don de soi total et irréversible, se retrouve également dans la puissance des sentiments mis en scène dans le manga. Depuis le début de sa saga, Bukimi Miki a construit une galerie de personnages complexes, dont l’intériorité reste soumise au fracas de la comédie humaine dans tout ce qu’elle a de plus beau tout autant que de laid.

Les héros de Shy, tout comme leurs antagonistes, sont tous, au départ, des personnes blessées. Pour déjouer le déterminisme qui pourrait faire de leur vie un enfer, certains décident d’occulter leurs souvenirs traumatiques, d’autres de les embrasser pour en faire le fond de leur personnalité. L’accès au pardon (Lady Black) s’oppose à la négation de l’autre (la jalousie meurtrière de Candy Lovesong).

Mais cacher ses sentiments sous un tapis, aussi épais soit-il, augure toujours d’un féroce retour de bâton. Shy y a déjà goûté en apprenant que sa sœur admirée était à l’origine de l’apparition de Stigma et donc des calamités engendrées ; mais c’est son prochain combat qui définira la suite de son aventure : parmi tous ses sentiments mélangés, lequel l’emportera ?

L’horreur entre en scène

Alors que l’effroi s’était déjà immiscé dans le récit dans le volume précédent, avec la terrible apparence prise par Stigma suite aux tirs de Lady Black, ce tome 17 franchit un nouveau pas vers l’horreur, avec l’entrée en scène de Vade Retro Satana.

Après l’affrontement plutôt expéditif entre Nirvana et Candy Lovesong, l’action se concentre sur Shy et Nojiko, une jeune journaliste rencontrée auparavant. Cette dernière erre dans une forêt dont il est impossible de sortir, à la recherche de son amie Mimi. Après quelques attaques défaites en deux temps, trois mouvements par la jeune héroïne, avec au passage un clin d’œil aux méchants des slashers les plus connus (Halloween, Massacre à la tronçonneuse…), l’ambiance va radicalement changer.

Shy et Mimi vont en effet se retrouver coincées dans un collège lugubre, au sein duquel Mimi, contrôlée par Vade Retro Satana, va déchaîner des pouvoirs qui rappellent la pop-culture horrifique japonaise. Les mystères de l’école (Toilet-bound Hanako-kun), le funeste 32 août (Kagerô Daze/Mekaku City Actors)… L’atmosphère est parfaite pour se donner des sueurs froides, accompagnée par le dessin soudain charbonneux de Bukimi Miki. Shy va ainsi devoir affronter une violente introspection. Pourra-t-elle sortir des affres dans lesquelles elle se trouve plongée ?

Shy poursuit sa course effrénée dans la cour des shônen héroïques. Transcendant les canons du genre grâce à sa sensibilité unique et un rythme soutenu, le manga de Bukimi Miki joue avec les codes et mélange allègrement les genres pour nous donner une expérience de lecture toujours plus palpitante. Entre les volumes reliés disponibles chez Kana et l’anime disponible sur Crunchyroll, il n’existe plus d’excuses pour passer à côté de cette pépite !