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      Goliath de Frédéric Tellier : un géant nommé capitalisme

      Dans ce thriller engagé, le réalisateur français s’en prend frontalement aux géants de l’agrochimie. Goliath est un film irrespirable de par son rythme haletant et sa mise en scène au plus près des personnages. Parmi eux, celui de Pierre Niney, à contre-emploi en salaud de lobbyiste. Mais n’y aurait-il pas un air de déjà vu ?

      Goliath : un thriller acéré mais sans réelle personnalité

      Une image désaturée à l’extrême, des sanglots et un procès. Dès son introduction, Goliath imprime une étonnante fluidité de récit. Nous suivrons l’une des robes noires de cette audience, Patrick, un avocat spécialisé dans les affaires environnementales. Son destin croisera celui de France, une activiste anti-pesticides et Mathias, un lobbyiste pour Phytosanis, une entreprise d’agrochimie. Leur histoire coïncidera par l’intermédiaire de la Tétrazine, une molécule utilisée dans l’agriculture de masse et jugée cancérogène à long terme.

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      Christine Tamalet / SINGLE MAN

      Ce thriller politico-juridique est le troisième film de Frédéric Tellier. Le cinéaste, d’abord auteur et metteur en scène pour la télévision (Un flic, Les Hommes de l’ombre), s’attèle à une nouvelle histoire ancrée. Ses deux premières œuvres s’inspiraient déjà de faits réels, d’abord avec la traque du tueur en série Guy Georges (l’Affaire SK1), puis en suivant un grand brûlé des sapeurs-pompiers de Paris (Sauver ou Périr). Avec Goliath, Tellier s’éprend des victimes de la Tétrazine et plus largement, des industries-états qui camouflent la dangerosité de leurs produits derrière le marketing.

      Racé et humain

      L’image de Goliath est son premier atout. Surexposée, comme pour aggraver et sanctifier son propos, elle donne un sentiment d’ampleur à ce récit fleuve étalé sur plusieurs mois. La caméra, le plus souvent harponnée aux visages graves des personnages, ne semble jamais posée, toujours hésitante. Ce filmage à l’épaule dynamise voire dynamite les séquences, en s’autorisant quelques effets de style dans les instants chocs.

      Bien aidé par des tessitures sonores qui oscillent vers le suraigu, Goliath distillerait presque une ambiance de fin du monde. L’ouïe devenant aussi importante que la vue, pour nous montrer (avec un grand m) les conséquences des pesticides sur les vies humaines. Portant un discours très engagé, proche de l’activisme (venant du personnage d’Emmanuelle Bercot), Frédéric Tellier entend moins dévoiler les actes que les caractères profonds des protagonistes du récit.

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      Christine Tamalet / SINGLE MAN

      Centré d’abord sur Patrick (Gilles Lellouche, très investi), le long-métrage va inverser l’échelle de valeur avec le point de vue de Mathias (Pierre Niney), génial lobbyiste et donc salaud utile d’un capitalisme à bout de souffle. Cette dualité devient le cœur du film et sa principale force. Loin d’être complaisant dans sa dénonciation, Goliath préfère dévoiler une lutte impossible entre deux forces que tout oppose. D’un côté, la rage plébéienne, symbolisée par les petites gens, malades et les « petits » avocats militants. De l’autre, le géant industriel, prêt aux pires bassesses pour imposer son calendrier de rentabilité.

      Une bataille impossible

      Un combat désaxé qui en appelle un autre dans son titre : David contre Goliath. Dans cette légende, un jeune berger affronte un Philistin de trois mètres de haut. Malgré l’évidente inégalité de l’affrontement, David tua le géant avec sa simple fronde, en lui lançant des cailloux au front. Les Philistins s’enfuirent et David devint roi.

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      La lithographie « David et Goliath » d’Osmar Schindler (1888) est présente dans le film

      Tout, de la mise en scène à la structure du récit, tend à transposer cette histoire biblique. Frédéric Tellier la citera directement dans un passage de son film. Dans une réunion entre les lobbyistes et l’État français, une peinture s’affiche fièrement en arrière-plan. Il s’agit en réalité d’une lithographie d’Osmar Schindler datant de 1888, intitulée…David et Goliath ! Et on trouverait presque la clé analytique du film dans cette œuvre : monochromique, rappelant le 300 de Zack Snyder et présentant Goliath et ses alliés face à un David dénudé, seul contre tous. Un parallèle troublant avec le long-métrage de Frédéric Tellier, qui fait le même choix de colorimétrie et d’affrontement absurde.

      Déjà vu

      Dans cette adaptation, Goliath n’est pas un homme mais un système vorace, les champs de bataille : des bureaux et des rues propices aux manifestations, les costards cravates remplacent les armures et les pancartes la fronde. Dans cette lutte rythmée, Pierre Niney trouve son épingle du jeu avec une interprétation à contre-emploi, peut-être pas parfaitement subtile, mais qui change enfin de son registre habituelle.

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      Christine Tamalet / SINGLE MAN

      Goliath souffre tout de même d’un syndrome de ce sous-genre du thriller activiste : celui de se répéter. Car celui-ci n’inspire finalement que sa redondance parmi plusieurs têtes de proue : l’Enquête (Vincent Garenq, 2014, déjà avec Gilles Lellouche en tête d’affiche), Lord of War (Andrew Niccol, 2005) ou encore Dark Waters (Todd Haynes, 2019) parmi les plus récents. Et s’il préfigure parmi les œuvres les plus aboutis, il n’en demeure pas moins une sorte de photocopie dans sa structure. Rien n’étonne finalement dans Goliath ou ne donne réellement envie d’appeler à la révolte. Une dénonciation certes, mais d’une confondante banalité dans son récit, qui n’emprunte aucun chemin qui n’est été déjà balisé par d’autres. En cela, Goliath n’accèdera pas au panthéon, mais s’affichera déjà comme une référence francophone solide.

      Thriller parfaitement rythmé et intelligemment mené, Goliath vaut pour son traitement limpide d’une affaire tristement d’actualité. Son jeu de chasse entre le géant capitalisme et le si petit peuple s’avère prenant, même s’il manque d’âpreté, voire même de raisons d’exister en tant que nouveau film militant. Il permet tout de même une mise en lumière bienvenue et de formidables performances de comédiens investis.

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