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      Critique de Un Jour Si Blanc : Tableau d’un village islandais

      Cette année, le réalisateur islandais Hlynur Pàlmason nous propose Un Jour Si Blanc, un « thriller » dans lequel on retrouve un mari cynique et convaincu d’avoir été trompé par sa défunte épouse. Saisi par une jalousie tellement puissante, le personnage en est poussé à s’improviser détective, mais sur le point de confondre désir de meurtre et deuil.  

      Un thriller poétique à l’islandaise

      Un jour si blanc, en construction depuis 2013, raconte l’histoire d’Ingimundur, un officier de police qui perd sa femme dans un accident de la route. Mais pendant cette période sombre appelée « deuil », rien ne semble fonctionner pour qu’il se remette du choc. C’est parce que quelque chose lui a fait soupçonner que sa femme avait une double vie.  Durant tout le film, Ingimundur ne peut s’empêcher de vouloir établir la vérité, même si ses recherches peuvent le mettre en danger. Du début à la fin, le film dégage une atmosphère étouffante, qui nous amène vers l’incapacité de personnage à révéler l’infidélité de sa femme.

      Le titre du film cite un proverbe islandais : « quand le ciel blanc et la terre enneigée se confondent, la barrière qui sépare l’espace des morts de l’espace de la vie est immédiatement supprimé ». Comme le protagoniste, tiraillé entre un enfant et le fantôme d’un adultère quasi certain, le film est déchiré entre plusieurs humeurs : la mélancolie scandinave accompagné d’un humour assez moqueur. Et c’est ainsi que sa violence semble constamment adoucie, voire absorbée par sa petite fille. De même, sa forme est extrêmement contrôlée, et offre parfois un cadre glaçant, dégageant à la fois un sentiment de nature et de joie, à l’instar de la scène où des poneys entrent inopinément dans la maison de Ingimundur, le personnage principal.

      Des rôles sur mesure

      L’acteur, Ingvar Sigurðsson, a toujours ressenti quelque chose de fort quant à ce rôle, il a d’ailleurs remporté le prix Louis Roederer pour sa révélation au Festival de Cannes en 2019. Et c’est dans une interview au festival angevin Premiers Plans, que le réalisateur islandais a affirmé que le rôle était écrit spécialement pour Ingvar, il n’y voyait personne d’autre. Autre rôle sur mesure, celui de la petite fille. En effet, le réalisateur a choisi sa propre fille comme actrice : une jeune fille prometteuse qui nous dévoile déjà une véritable performance. Ce duo offre tant d’humanité à ce film, lequel ne cesse de montrer des détours surréalistes. Mais dans cette petite ville perdue d’Islande où l’atmosphère brute et agressive parait régner, rien n’empêche la tendresse de naitre, et c’est précisément grâce à la relation entre le héros et sa petite fille.

       

      En plus d’un jeu d’acteur efficace, la quasi omniprésence du silence est très puissante dans la composition du film. Cet outil montre ici l’agressivité et la colère du personnage principal ainsi que les non-dits constant d’un environnement familial. On peut aussi traduire ces nombreux blancs par une profonde résilience, toutefois sans réellement savoir ce qui nous attend. Jusqu’où sommes-nous prêts à aller pour découvrir la vérité ? Et toutes les vérités sont-elles bonnes à savoir ?

      Un Jour si Blanc: thriller ou pas thriller ? 

      Pour les fans de thrillers d’horreur, le film peut être décevant : le scénario semble surtout offrir un diaporama de belles images silencieuses. Néanmoins, le réalisateur utilise la même contenance qu’un thriller pour élargir son histoire, et justement, offre une atmosphère aussi bien calme et apaisante que sévère et glacial. Le spectateur plonge ainsi durant 1h50 dans un tableau si fort et fascinant, qui met à la fois, l’accent sur l’isolement du village et l’aspect austère de l’Islande.

      Si ce n’est pas un film d’action, il est véritablement une introspection, évoquant principalement les questions de deuil et d’identité, où il n’en ressort que deux solutions : assassiner ses ennemis ou pleurer, pour être capable d’aimer à nouveau et de pardonner. Et l’acteur Ingvar Sigurðsson le fait brillamment, sa présence incroyable lui permet d’apporter courage et justesse à son personnage, en plus de cette petite fille qui reste sans doute la véritable source de cette promenade si poétique.

      Et si vous voulez revoir une autre poésie visuelle, nous vous recommandons chaudement Eternal Sunshine of the Spotless Mind, de Michel Gondry à voir sur Netflix dès maintenant.

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