Oscars 2018 : les pronostics de Just Focus

Oscars 2018 : les pronostics de Just Focus

L’Academy of Motion Picture Arts and Sciences a rendu son premier verdict. Pour sa 90ème cérémonie, ce ne sont pas moins de 206 noms (dont 47 femmes soit 22%) qui concourront pour la mythique statuette. The Shape of Water et Three Billboards Outside Ebbing, Missouri figurent comme favoris, en tout cas sur le papier. Just Focus revient avec plus de détails sur les nommé(e)s et fait ses pronostics sur les catégories principales (notre choix en gras et en photo à la fin de chaque paragraphe).  

Meilleur Montage

  • Jonathan Amos & Paul Machliss pour Baby Driver
  • Jon Gregory pour Three Billboards Outside Ebbing, Missouri (Trois Panneaux : les Panneaux de la Vengeance)
  • Tatiana S. Riegel pour I, Tonya (Moi, Tonya)
  • Lee Smith pour Dunkirk
  • Sidney Wolinsky pour The Shape of Water (La Forme de l’Eau)

La diversité des genres (et rythmes inhérents) de cette année est prometteuse. La « comparaison » sera en effet complexe : de Dunkirk, un film de guerre immersif à Three Bilboards, un drame familial plus intime, tous les horizons du cinéma sont mis à l’honneur. Toutefois, avec une oeuvre quasi-musicale qui repose essentiellement sur le rythme, Baby Driver et son duo de monteurs a retenu notre attention chez Just Focus. Leur travail est mené à la perfection dans un cas de figure où l’erreur est inconcevable et chamboulerait le travail des équipes. (ndlr : également notre choix pour l’Oscar du montage son et celui du mixage son, non développés dans l’article)

 

Meilleurs Maquillage et Coiffure 

  • Kazuhiro Tsuji, David Malinowksi & Lucy Sibbick pour Darkest Hour (Les Heures Sombres)
  • Daniel Phillips & Lou Sheppard pour Victoria & Abdul (Confident Royal)
  • Arjen Tuiten pour Wonder

Peu de films retenus pour cette catégorie non moins importante. Arjen Tuiten, dont on a pu admirer le travail sur Terminator, Maléfique, Twilight et le Labyrinthe de Pan entre autres, figure pour la première fois dans cette catégorie. A ses côtés, l’anglais Daniel Phillips et son acolyte Lou Sheppard habitués aux films « royaux » (Anna Karenine, The Dutchess, The Queen, Le Discours d’un Roi) peuvent également prétendre au trophée. Mais c’est le trio restant qui récolte notre vote avec le travail stupéfiant et éprouvant de grimage de Gary Oldman en Sir Winston Churchill qui nous a le plus convaincu. 

 

Meilleurs Costumes

  • Consolata Boyle pour Victoria & Abdul (Confident Royal)
  • Mark Bridges pour Phantom Thread
  • Jacqueline Durran pour Beauty and the Beast (La Belle et la Bête)
  • Jacqueline Durran pour Darkest Hour (Les Heures Sombres)
  • Luis Sequeira pour The Shape of Water (La Forme de l’Eau)

Les nommé(e)s de cette catégorie totalisent 13 nominations pour la statuette. Jaqueline Durran, nommée 7 fois et lauréate en 2013 pour Anna Karenine peut faire figure de favorite par son parcours. De plus, elle récolte deux nominations. L’irlandaise Consolata Boyle est présente dans cette catégorie pour la 3ème fois. Concernant ces messieurs, Mark Bridges qui collabore depuis peu avec Paul Thomas Anderson, totalise également trois nominations. Il avait fait partie du raz de marée provoqué par The Artist en remportant la seule statuette « technique » (au côté de la musique). Le petit Poucet de cette catégorie se trouve être Luis Sequeira, qui découvre les Oscars, lui qui a l’habitude de travailler pour la télévision. Toutefois, son cheval de course figure parmi les favoris puisque The Shape of Water est le film le plus retenu par les nominations. Le suspens est total dans cette catégorie ! 

 

Meilleurs Décors

  • Sarah Greenwood & Katie Spencer pour Beauty and the Beast (La Belle et la Bête)
  • Dennis Gassner & Alessandra Querzola pour Blade Runner 2049
  • Sarah Greenwood & Katie Spencer pour Darkest Hour (Les Heures Sombres)
  • Nathan Crowley & Gary Fettis pour Dunkirk
  • Paul Denham Austerberry, Jeff Melvin & Shane Vieau pour The Shape of Water (La Forme de l’Eau)

Les chances sont légèrement biaisées puisqu’on remarque que le duo Sarah Greenwood/Katie Spencer est retenu deux fois. Dans des ambiances et des tons différents et c’est sans doute ce qui vient justifier leur double présence. Cinq films diamétralement opposés. Du fantastique, de la science fiction et des périodes différentes du siècle passé. Egalement beaucoup de fonds verts, mais qui n’enlèvent en rien le talent des neuf nommé(e)s ! 

 

Meilleure Photographie

  • Roger Deakins pour Blade Runner 2049
  • Bruno Delbonnel pour Darkest Hour (Les Heures Sombres)
  • Dan Laustsen pour The Shape of Water (La Forme de l’Eau)
  • Rachel Morrison pour Mudbound
  • Hoyte van Hoytema pour Dunkirk

La compétition est élevée dans la catégorie esthétique reine. Un français figure parmi les cinq heureux élus. Bruno Delbonnel, qu’on a découvert sur Le Fabuleux Destin d’Amélie Poulain, a souvent travaillé avec Jean Pierre Jeunet. Il est l’actuel chef opérateur « attitré » de Tim Burton (Dark Shadows, Big Eyes, Miss Peregrine) et en est à sa quatrième nomination dans cette catégorie (Inside Llewyn Davis, Un Long Dimanche de Fiançailles, Harry Potter et le Prince de Sang Mêlé). Rachel Morrison devient la première femme nommée dans cette catégorie, lors de la 90ème cérémonie…Tous les autres nommés honorent également leur première nomination. L’ultra favori de la catégorie est évidemment Roger Deakins. Cet immense artiste en est à sa quatorzième nomination. Et il est toujours reparti bredouille… Espérons que son travail titanesque et sublime sur le film de Denis Villeneuve ne sera pas une nouvelle fois ignoré par les votants.

 

Meilleur film d’animation

  • The Boss Baby (Baby Boss)Tom Mc Grath & Ramsey Ann Naito
  • The BreadwinnerAnthony Leo & Nora Twomey
  • CocoDarla K. Anderson & Lee Unkrich
  • FerdinandCarlos Saldanha
  • Loving Vincent (La Passion Van Gogh) – Dorota Kobiela, Ivan Mactaggart & Hugh Welchman 

Avec une dixième nomination dans cette catégorie le mastodonte Pixar/Disney peut espérer décrocher une huitième statuette. Face à lui, la concurrence risque de ne pas faire le poids. Carlos Saldanha, monsieur l’Âge de Glace/Rio peut espérer décrocher le graal pour sa première nomination. Même situation pour Tom Mc Grath qu’on connaît pour Megamind et la franchise MadagascarThe Breadwinner et Loving Vincent se distinguent de leurs trois autres rivaux commerciaux. L’hégémonie Disney ou l’originalité et la sensibilité d’oeuvres plus intimistes et moins mainstream ? La balance semble pencher nettement d’un côté.

 

Meilleur Film Etranger

  • Una Mujer Fantastica (Une Femme Fantastique) de Sebastián Lelio – CHILI
  • L’Insulte de Ziad Doueiri – FRANCE/LIBAN
  • Loveless (Faute d’Amour) de Andrey Zvyagintsev – RUSSIE
  • Testrol és lélekrol (Corps et Âme) de Ildikó Enyedi – HONGRIE
  • The Square de Ruben Östlund – SUEDE

Grande tristesse. Une des sensations françaises et mondiales de l’an passé n’est pas retenue pour nous représenter. La joyeuse troupe de 120 BPM de Robin Campillo laisse sa place au film co-produit par Julie Gayet qui a valu le prix d’interprétation de la Mostra de Venise à Kamel El Basha. Deux autres primés cannois figurent dans la liste : la Palme d’Or bien évidemment ainsi que le drame familial russe Loveless, prix du Jury. 

 

Meilleur Documentaire

  • Abacus : Small Enough to Jail de Julie Goldman, Steve James et Mark Mitten
  • Visages Villages d’Agnès Varda, JR et Rosalie Varda
  • Icarus de Dan Cogan et Bryan Fogel
  • Last Men in Aleppo de Kareem Abeed, Feras Fayyad et Søren Steen Jespersen
  • Strong Island de Joslyn Barnes et Yance Ford

En novembre dernier, Agnès Varda recevait un Oscar d’Honneur pour l’ensemble de sa carrière. Cette distinction peu médiatisée se tient toujours à cette période et permet de récompenser des artistes qui n’ont jamais obtenu le trophée lors des cérémonies successives. Elle peut doubler la mise avec Visages, Villages réalisé avec JR (Jean René pour les intimes) qui avait ravi la croisette en mai 2017. Toutefois, le sujet qu’elle aborde pourra passer comme trop « léger » et notre French Touch aura du mal à s’imposer. Face à elle, des sujets graves déchirant l’Amérique qui fait rêver le monde entier. Stronger Island parle du combat d’une soeur contre le système judiciaire américain pour rétablir la vérité sur le meurtre raciste de son frère. Le documentaire du transexuel Yance Ford a déjà fait sensation à la Berlinale et à Sundance. Icarus traite du problème récurrent du dopage dans le sport. A la manière de Super Size Me ou plus récemment Sugar Land, c’est une immersion dans les arcanes obscures du sport de haut niveau où la performance prime de plus en plus sur la santé. L’exode syrienne est mise à l’honneur avec une nomination pour Last Men in Aleppo qui traite au contraire de ceux qui sont restés malgré l’enfer local. Un Grand Prix du Jury pour le documentaire étranger à Sundance en janvier dernier et pourquoi pas un Oscar. La crise des subprimes n’est visiblement pas digérée car le sujet est traité dans Abacus : Small Enough to Jail qui revient sur l’Abacus Federal Savings Bank, une banque communautaire familiale sino-américaine devenue bouc émissaire pour « sauver » les véritables coupables. Notre patriotisme l’emporte. Allez Agnès !!!

 

Meilleure Musique

  • Hans Zimmer pour Dunkirk
  • Jonny Greenwood pour Phantom Thread
  • Alexandre Desplat pour The Shape of Water (La Forme de l’Eau)
  • John Williams pour Star Wars : The Last Jedi
  • Carter Burwell pour Three Billboards Outside Ebbing, Missouri (Trois Panneaux : les Panneaux de la Vengeance)

Notre Frenchie Alexandre Desplat honore sa dixième nomination chez nos amis outre Atlantique. L’occasion de suivre la vague Del Toro et de remporter une deuxième statuette personnelle. On croise les doigts quoi qu’il arrive. Il aura de rudes concurrents puisque Monsieur John Williams est présent pour la 46 ème fois (ce n’est pas une faute de frappe) et peut espérer décrocher une sixième statuette. Le nabab allemand Hans Zimmer concourt pour la onzième fois (il avait remporté la statuette pour Le Roi Lion en 1995). Carter Burwell, compositeur attitré des frères Coen, récolte une deuxième nomination après Carol (Todd Haynes, 2015). Le dernier candidat au trophée n’est autre que le guitariste et pianiste britannique de Radiohead, Jonny Greenwood. Il avait ébloui le public avec sa partition grinçante et malsaine dans There Will Be Blood. Il signe toutes les musiques des films de Paul Thomas Anderson depuis (ainsi que les deux derniers films de Lynne Ramsay). Un artiste complet qui peut espérer convertir sa première nomination.   

 

Meilleure Chanson

La catégorie entertainment de nos compatriotes outre Atlantique récompense chaque année la chanson d’un film (qui devra rester dans la tête de tous les américains). De la comédie musicale, à la ballade folk en passant par de la soul, il y en aura pour tous les goûts ! Et bien évidemment, toutes les chansons seront interprétées en direct, of course !

 

Meilleur Scénario original

  • Greta Gerwig pour Lady Bird
  • Emily V. Gordon et Kumail Nanjiani pour The Big Sick
  • Martin McDonagh pour Three Billboards Outside Ebbing, Missouri (Trois Panneaux : les Panneaux de la Vengeance)
  • Jordan Peele pour Get Out
  • Guillermo del Toro et Vanessa Taylor pour The Shape of Water (La Forme de l’Eau)

Seule nomination pour The Big Sick, petit film indépendant présenté à Sundance en janvier 2017. Il a fait son chemin en vidéo, distribué par Amazon et est un des plus gros succès au box-office pour un film américain indépendant. Get Out reste indéniablement l’énorme surprise indépendante de cette année. Le premier scénario de long-métrage de Jordan Peele peut mûrir des espoirs car son histoire est diablement bien ficelée, tout en étant un pamphlet sinistre sur les ségrégations raciales encore en vigueur dans le pays de l’oncle Sam. Lady Bird pourra toucher par le cadre assez particulier où évolue les personnages, moins universel sur la forme que le précédent mais tout aussi vrai dans le fond. Three Billboards se démarque par une intrigue richement ficelée et des personnages forts en couleur. The Shape of Water fait un peu figure d’ovni dans cette liste. Bien qu’on ait adoré le film de Del Toro, on salue le travail réussi de Jordan Peele pour son premier long métrage. 

 

Meilleur Scénario adapté

  • James Ivory pour Call Me By Your Name d’après le livre de André Aciman
  • Scott Neustadter et Michael H. Weber pour The Disaster Artist d’après le livre de Tom Bissell et Greg Sestero
  • Scott Frank, Michael Green et James Mangold pour Logan d’après les comics
  • Aaron Sorkin pour Molly’s Game d’après les mémoires de Molly Bloom
  • Dee Rees et Virgil Williams pour Mudbound d’après le livre de Hillary Jordan

Il n’est jamais trop tard pour se mettre à l’écriture. James Ivory (89 ans) qu’on connaît comme réalisateur (trois fois nommé) honore sa première nomination dans une catégorie « littéraire ». Troisième apparition pour Aaron Sorkin qui peut espérer remporter un second trophée après The Social Network, pour sa première réalisation. Les trois écrivains expérimentés de Logan décrochent leur première nomination personnelle pour une adaptation sombre et puissante qui met dans le vent toutes les précédentes apparitions de Wolverine sur grand écran. Le duo afro-américain de Mudbound concourt également pour la première fois accompagnés de la seule nomination pour le film de James Franco, The Disaster Artist. Ce qui est sûr, c’est que, à part Sorkin, le(la) gagnant(e) obtiendra sa première statuette ! 

 

Meilleur second rôle féminin

  • Mary J. Blige dans Mudbound
  • Allison Janney dans I, Tonya (Moi, Tonya)
  • Lesley Manville dans Phantom Thread
  • Laurie Metcalf dans Lady Bird
  • Octavia Spencer dans The Shape of Water (La Forme de l’Eau)

Après Mary J. Blige la chanteuse, elle est de nouveau nommée comme actrice cette fois. Première nomination également pour Allison Janney, Lesley Manville et Laurie Metcalf. Cette dernière a déjà remporté moultes récompenses dans cette catégorie dans les cérémonies parallèles aux Oscars ces dernières semaines. Elle figure comme favorite avec son rôle de mère dure et désemparée par sa fille qui délaisse son nom de naissance au profit du sobriquet « Lady Bird ». Just Focus a porté son choix sur Octavia Spencer, qui avait ému l’Academy en 2011 dans The Help (La Couleur des Sentiments) et remporté logiquement le trophée pour son rôle de Milly Jackson. Troisième nomination et peut-être deuxième trophée…

 

Meilleur second rôle masculin

  • Willem Dafoe dans The Florida Project
  • Woody Harrelson dans Three Billboards Outside Ebbing, Missouri (Trois Panneaux : les Panneaux de la Vengeance)
  • Richard Jenkins dans The Shape of Water (La Forme de l’Eau)
  • Christopher Plummer dans All The Money In The World (Tout l’Argent du Monde)
  • Sam Rockwell dans Three Billboards Outside Ebbing, Missouri (Trois Panneaux : les Panneaux de la Vengeance)

Cinq grands acteurs, bien trop souvent relégués au second plan. Le doyen, Christopher Plummer est le seul lauréat des cinq (Beginners, 2011). Lui qui a repris le rôle de J. Paul Getty, d’abord interprété par Kevin Spacey, fait un énorme pied de nez à l’acteur en obtenant une troisième nomination. Woody Harrelson concourt pour la deuxième fois dans cette catégorie aux côtés des deux favoris : Richard Jenkins et Sam Rockwell. A 70 ans, Jenkins est enfin nommé dans cette catégorie. Son rôle de l’illustrateur gay Giles a séduit Hollywood qui l’a nommé dans pour le second rôle dans toutes les cérémonies majeures. Toutefois, il est toujours reparti bredouille au profit de Sam Rockwell, dont l’interprétation d’un flic raciste et violent dans le film de Martin McDonagh lui a valu le Golden Globe et le Screen Actors Guild Award le mois dernier. Néanmoins, notre préférence se porte indéniablement sur Willem Dafoe, qui joue le gérant d’un motel dans The Florida Project. Lui qui n’a jamais obtenu une seule statuette (malgré sa nomination injustement oubliée pour Platoon) pourrait enfin recevoir l’approbation de ses pairs.

 

Meilleure Actrice

  • Sally Hawkins dans The Shape of Water (La Forme de l’Eau)
  • Frances Mc Dormand dans Three Billboards Outside Ebbing, Missouri (Trois Panneaux : les Panneaux de la Vengeance)
  • Margot Robbie dans I, Tonya (Moi, Tonya)
  • Saoirse Ronan dans Lady Bird 
  • Meryl Streep dans The Post (Pentagon Papers)

Pour la dix septième fois, Meryl Steep est en lice pour ce trophée et continue d’entretenir le record historique qu’elle détient. Une nouvelle chance d’enrichir son palmarès personnel d’une quatrième statuette. Un rôle puissant, porté par une actrice dont le talent n’est plus une surprise. La pétillante Margot Robbie étonne par son rôle à contre courant d’athlète mauvaise joueuse et criminelle dans I, Tonya. Le biopic développe l’affaire entre Tonya Harding et sa concurrente Nancy Kerrigan en marge des Jeux Olympiques de 1994. Un portrait sombre et technique (l’actrice a appris le patinage artistique pendant quatre mois) qui pourra séduire un jury américain plus au courant que nous. Dans un registre plus fictionnel, Sally Hawkins nous émerveille dans le conte aquatique de Guillermo Del Toro. Mais c’est définitivement la performance de Frances Mc Dormand en mère vengeresse dans une vendetta personnelle qui a impressionné le plus grand nombre. Souvent cantonnée aux seconds rôles (excepté Fargo) elle transcende l’écran et nous saisit aux tripes (Diane Krüger nous avait fait le même effet récemment dans In The Fade). La benjamine de la catégorie, l’irlandaise Saoirse Ronan 23 ans – petit cours de prononciation ici, pourrait figurer parmi les plus jeunes femmes à recevoir la récompense suprême pour une comédienne. Son portrait simple et vrai d’une adolescente dans Lady Bird est interprété avec brio, à la mesure du duo attendrissant qu’elle forme avec sa mère dans le film. Une future grande ?  

 

Meilleur Acteur

  • Timothée Chamalet dans Call Me By Your Name 
  • Daniel Day-Lewis dans Phantom Thread
  • Daniel Kaluuya dans Get Out 
  • Gary Oldman dans Darkest Hour (Les Heures Sombres)
  • Denzel Washington dans Roman J. Israël, Esq (L’Affaire Roman J.)

Daniel Day-Lewis est le maître inégalé de la catégorie avec trois statuettes gagnées (pour cinq nominations). On peut être surpris de ne pas voir Tom Hanks être nommé pour la sixième fois. Toutefois on remarque la présence deux acteurs noirs, ce qui est de l’ordre de l’exception dans le cinéma… Le jeune Daniel Kaluuya n’a pas à rougir de concourir auprès de ses pairs. Denzel Washington, sixième nomination, interprète un avocat solitaire et justicier qui se retrouve confronté à la dure réalité de la vie. Le film de Dan Gilroy ne récolte qu’une seule nomination. Cependant, l’avis est presque unanime chez Just Focus pour l’immense prestation de Gary Oldman en un Sir Winston Churchill patriote, combattant et tendre. On sait l’appétence de l’Academy pour les rôles « métamorphose ». Réponse le 4 mars.  

 

Meilleur(e) Réalisateur(trice)

  • Guillermo del Toro pour The Shape of Water (La Forme de l’Eau)
  • Greta Gerwig pour Lady Bird
  • Christopher Nolan pour Dunkirk
  • Jordan Peele pour Get Out
  • Paul Thomas Anderson pour Phantom Thread

Le top 5 de cette année est singulier par bien des aspects. Seul Paul Thomas Anderson y a déjà figuré (dix ans plus tôt pour There Will Be Blood). Il y était reparti bredouille à la faveur des frères Coen. Les quatre candidats et la candidate n’ont jamais reçu ce trophée, ce qui promet une grande émotion pour l’heureux(se) élu(e). De plus, Greta Gerwig est seulement la cinquième femme à figurer dans cette catégorie (après Jane Campion, Kathryn Bigelow, Sofia Coppola et Lina Wertmüller). Jordan Peele cumule les records en étant le premier réalisateur noir à être nommé dans cette catégorie pour son 1er long métrage. La concurrence est très rude parmi ces cinq talents souvent nommés pour leurs talents d’écriture également. La maîtrise cumulée à un acteur immense suffira-t-elle à Paul Thomas Anderson pour l’emporter sur la folle entreprise lyrique de Guillermo del Toro ? La vague féminine emportera peut-être Greta Gerwig vers des sommets au détriment d’un cinéma d’angoisse engagé contre le racisme ? Il y aura sans nul doute quatre « perdants » qui n’auront pas à rougir et récolteront à l’avenir de nombreuses nominations pour ce trophée. 

 

Meilleur Film 

  • Call Me By Your Name
  • Darkest Hour (Les Heures Sombres)
  • Dunkirk
  • Get Out
  • Lady Bird
  • Phantom Thread
  • Three Billboards Outside Ebbing, Missouri (Trois Panneaux : les Panneaux de la Vengeance)
  • The Post (Pentagon Papers)
  • The Shape of Water (La Forme de l’Eau)

Le choix est très difficile pour le trophée suprême. Le nombre effrayant de films nommés annuellement rebutera le parieur avisé. On retrouve déjà des œuvres nommées dans les autres catégories. Lady Bird peut toutefois bénéficier de la vague féminine Hollywoodienne comparée à des vraies propositions cinématographiques comme Get Out, Dunkirk ou The Shape of Water. Spielberg récolte sa dixième nomination en tant que producteur (ndlr : l’Oscar est rendu aux producteurs, considérés comme premiers initiateurs (lire également mécènes) du film primé). Une oeuvre correcte comme d’habitude, mais qui ne fait pas le poids face aux mastodontes dramatiques tels que Three Billboards qui combine tragédie et rôle fort féminin. Il ne faut pas se leurrer, cette catégorie est majoritairement motivée par des lobbies qui vont œuvrer pendant des mois pour que leur film soit le gagnant (The Artist en est l’exemple pur !) Le biopic annuel, porté par un Gary Oldman au sommet, risque de peser léger dans la balance face à Dunkirk qui suit des soldats britanniques dans le film sur la seconde guerre mondiale le plus rentable de tous les temps ! Lincoln, en 2013 en dépit du fait qu’il portait sur une figure américaine et qu’il soit réalisé par Spielberg, n’a pu que repartir avec un seul trophée (Daniel Day-Lewis) contre douze nominations. Malgré son originalité et sa maîtrise de la narration/mise en scène, Get Out n’est peut être là que parce que Jordan Peele est noir. Les films d’horreur ne sont jamais reconnus par l’Academy et face au retour en splendeur de Paul Thomas Anderson (et le génie de Day-Lewis), sa pépite ne bénéficiera pas de l’aura qu’elle mérite…

Restent les deux grands favoris : The Shape of Water et Three Billboards. Deux genres complètement opposés, une nouvelle facétie sublime de Del Toro contre un drame familial dans l’Amérique profonde. Deux oeuvres déjà importantes du cinéma. Toutefois notre préférence (de non américain sans doute) nous porte à donner notre billet pour The Shape of Water. On a aimé l’élégance, l’audace et la justesse du cerveau de Del Toro. L’acolyte atypique du trio mexicain (Alfonso Cuarón, Alejandro González Iñárritu et lui même) peut enfin prétendre au trophée suprême. 

 

Plusieurs grands sont absents de cette cérémonie et ce n’est pas vraiment une surprise. Dans un climat qui renvoie aux chasses aux sorcières habituelles des américains, l’ogre Weinstein et sa société The Weinstein Company ne voient pas leur compteur de nominations augmenter. L’excellent Wind River de Taylor Sheridan se voit sans doute privé des nominations pour le scénario, la photographie ou le casting. James Franco, en pleine tourmente après la révélation de soupçons à son égard ou même Kevin Spacey paient logiquement et justement l’addition. L’hypocrisie d’Hollywood dans toute sa splendeur…

 

Laissez votre commentaire

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. Apprenez comment les données de vos commentaires sont utilisées.