Geli : dialogue dans l’au-delà

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Savez-vous qui est Geli ?

Je l’ignorais avant de franchir les portes du théâtre de la Manufacture des Abbesses, un joli écrin caché dans les hauteurs du 18ème arrondissement de Paris.

J’ai ainsi découvert l’histoire de celle que l’on surnomme « Geli », dans la pièce de théâtre éponyme et sublime de Diastème. Je ne connaissais ni le traitement ni l’intention de l’auteur/metteur en scène avant d’avoir la joie de les découvrir sur scène. Diastème ne cumule pas les mandats mais bel et bien les talents : auteur, compositeur, interprète, metteur en scène, musicien, scénariste, réalisateur, dramaturge… Il a notamment réalisé les longs métrages « Le bruit des gens autour », « Un français », ainsi que « Juillet Août ». Il réussit, avec « Geli », le pari d’une pièce de théâtre sobre, efficace, portée par la subtilité et la finesse des dialogues.

« 23 ans, c’est trop jeune pour mourir ».

Geli est le surnom d’Angela Maria Raubal, nièce d’Hitler. La relation entre Geli et son oncle (demi-oncle, plus exactement : la mère de Geli étant la demi-soeur d’Hitler) était ambigüe. Hitler avait 19 ans de plus que sa nièce. Elle a vécu avec lui jusqu’à être retrouvée en 1931 dans son appartement, une balle tirée en pleine poitrine. Est-ce un suicide ? Un meurtre commis par Adolf lui-même ? Un assassinat commandité pour éliminer une jeune fille dont la relation quasi incestueuse aurait pu porter préjudice à la future ascension d’Hitler ?

Géli, pièce de théâtre de Diastème
Aliénor de la Gorce et Frédéric Andrau

Ce n’est pas tant la résolution de ce mystère qui est explorée dans la pièce, que le dialogue entre cette jeune fille du vingtième siècle, qui avait 23 ans au moment de sa mort et un écrivain désabusé du siècle suivant. C’est le choc des cultures, des générations et des peines.

 

Deux parts d’ombres qui se rencontrent pour laisser filtrer une infime lumière.

Geli est une réussite. D’abord le jeu des comédiens. Habitué à travailler avec Diastème, notamment dans « Les justes », de Camus, « La nuit du thermomètre » ou « 107 ans », Frédéric Andrau incarne avec justesse cet écrivain hanté par la mort de sa femme. La douceur dans ses gestes, les regards douloureux et la tirade sur la beauté de l’intimité dans le couple sont tout simplement bouleversants.

Geli, la pièce de théâtre
Aliénor de la Gorce et Frédéric Andrau

Aliénor de la Gorce n’est pas en reste dans le rôle titre de Geli, une jeune femme révoltée par sa condition, prise dans l’injustice d’une relation qu’elle n’a pas choisi. Elle perçoit des bribes du nouveau monde comme un songe lointain qui lui échappe. Son jeu est un cri étouffé dans le silence des ombres, touchante et vibrante d’une vie arrachée bien trop tôt.

La qualité des dialogues, du texte, de la mise en scène s’allient parfaitement pour offrir un moment suspendu dans lequel le spectateur est totalement envouté.

C’est très difficile de faire les choses avec simplicité. Avec justesse. Comme si chaque geste, chaque regard, chaque parole étaient parfaitement placés où il le faut, à l’instant opportun. Evidemment, on remarquera l’oeil du cinéaste qui insuffle une précision d’orfèvre à ce bel échange.

Le sujet peut vous refroidir, en ces temps troublés de guerre et de peur. Je vous encourage très fortement à découvrir cette pièce qui vous prend les tripes et qui, le temps d’une parenthèse, vous insuffle l’idée que oui, peut-être, la poésie sauvera le monde.

Informations pratiques

Un auteur ayant perdu sa femme se rend à Munich pour écrire une pièce sur Angela Maria Raubal, la nièce d’Hitler. En 1931, celle qu’on surnommait GELI est retrouvée à 23 ans, une balle dans la poitrine, dans le bureau de son oncle. Fasciné par ce personnage central et pourtant inconnu de l’Histoire, il finit par la rencontrer et tente de résoudre avec elle le mystère de sa mort.
Auteur : Diastème
Artistes : Frédéric Andrau et Aliénor de la Gorce
Metteur en scène : Diastème

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