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      L’exposition Velvet Underground à la Philharmonie de Paris

      The Velvet Underground, groupe mythique new yorkais des années 60, qui a vu démarrer la carrière de Lou Reed, sera à l’honneur à la Philharmonie du 30 mars au 21 août 2016. Mis à part l’exposition multimedia qui consacre la carrière et l’influence énorme du groupe, plusieurs concerts et spectacles autour du groupe auront lieu, dont le concert évènement d’un des fondateurs, John Cale. Le septuagénaire jouera en intégralité « The Velvet Underground And Nico », l’album « à la banane » ayant vu la participation de l’égérie d’Andy Warhols, Nico. Retour sur cet album mythique.

      Velvet Underground

      En 1964, The Velvet Underground nait avec la rencontre entre John Cale et Lou Reed, l’un étant un multi-instrumentiste influencé par le classique, l’autre un guitariste friand des expériences soniques nouvelles. Vous les associez avec d’autres musiciens (Sterling Morisson à la guitare, Angus MacLise à la batterie et la chanteuse allemande Nico seront les 3 autres membres des débuts, le line up changeant régulièrement après), avides de transgression et horrifiés par le conformisme, le tout dans le New York libertaire du début des années 60, et vous obtiendrez un bref et petit bout de contre culture qui influence le rock jusqu’aujourd’hui.

      La voix suave et grave de Nico

      Les premiers enregistrements et les tribulations musicales commencent en 1964, mais il va falloir attendre 1967 et l’influence de l’artiste plasticien Andy Warhol rencontré par le groupe, pour qu’une première galette sorte, il se nommera sobrement « The Velvet Underground & Nico ». Warhol démarre alors la carrière du groupe en y conviant une chanteuse allemande, blonde et énigmatique, à la voix suave et grave. Certains diront que c’est ce côté glamour qui attire d’abord les curieux, mais elle ne déçoit pas : dans les 3 morceaux où elle intervient, la grâce est titillée par sa tessiture presque aussi grave que celle de Lou, et par le dégagement d’un caractère énigmatique, prophétique lorsque dans « Femme Fatale«  elle annonce qu’une jeune fille aguicheuse va te « briser le coeur en 2 », un Nico & Velvetmélange de solennité et d’innocence. Dans « All Tomorrow’s Parties », un morceau presque vaudou et faisant la part belle aux expérimentations du groupe (piano dissonant, rythme chamanique des cymbales), elle déploie également tout son mystère et nous fait vivre à travers les paroles ce que des lendemains de fête peuvent provoquer comme malaise (gueule de bois, mais aussi la semaine qui reprend, en quoi va-ton se déguiser ?).

      Ballades acerbes et brulôts « anti-Flower Power »

      Le reste contient des chef d’oeuvres parmi les plus commentés de la musique pop, mais aussi de la musique en général : quand « Sunday Morning » introduit l’album, l’intemporalité de cette ballade est reçue comme une douche écossaise sucrée. Cette comptine acerbe et douce-amère (on parle « d’années gâchées juste derrière toi » – le blues post orgiaque des lendemains de fête, à nouveau) sera la première que Lou Reed aura sorti, la première de la longue série de ballades inestimables qu’il aura composé, avec le groupe ou en solo. Ce premier album est une pièce majeure de la musique, aussi parce qu’il dépasse les frontières du rock, à peine plus de 10 ans après l’apparition du genre. Comment ont-il fait? The Velvet est un peu l' »anti Flower Power » : la vague Peace and Love qui allait surgir ne sont que balivernes et hypocrisie. C’est que eux préfèrent parler de la crasse des rues, de la nausée du dimanche et du spleen toxico plutôt que de la liberté et l’hymne à l’amour. Ce qui donne des inspirations nouvelles et un contre-point créatif foisonnant et immense. Via par exemple les violons zigouillées du dépressif « Venus In Furs », où Lou déverse sa bile sur les conséquences d’une prise de drogue dure et effrénée : fatigué, anxieux et hypersomniaque, il implore un certain Severin pour qu’il vienne le Lou Reedréveiller d’un sommeil que « même des centaines de rêves » ne parviendraient pas achever. Dissonances et rythmes funèbres accompagnent Lou Reed, dont la voix d’ange parvient à effrayer tant l’aigreur l’a transformé en démon assoiffé de drogues. L’héroïne est même le thème central de la chanson portant le même nom, où John Cale vient à nouveau étriper du violon sur une complainte à 2 accords, très touchante, d’un Lou qui ne sait s’il va survivre à cette came : « cela me fait sentir comme un mec, lorsque je plante l’aiguille dans mes veines ». Plus de 7 minutes qui vont crescendo à chaque couplet, jusqu’à l’apothéose nihiliste et expiatoire des dernières minutes d’un violon devenu incontrôlable, dans une tension incroyable. Les groupes qui lui succèdent (Sonic Youth, Television, Pixies, Yo La Tengo, The Feelies et tout le reste de la vague Post Punk des années 70, 80) vont pouvoir en prenne de la graine.

      Un album de chef d’oeuvres

      Chaque morceau pourrait disputer le statut de chef d’oeuvre, notamment le morceau le plus aimant de l’album, « I’ll be your mirror », chanté par Nico, la femme fatale s’érige cette fois en miroir de l’âme, en guide rassurant dans les tumultes de l’altérité. « Une main dans l’obscurité »… C’est la lumière que Lou doit chercher régulièrement dans ses morceaux, lui qui ne décrocha que très tard de la dope, qui a su être aussi bien généreux qu’odieux (en 1975, après la séparation du groupe, il torturait littéralement son acolyte John Cale, déjà clean, en secouant des sachets de coke devant son nez), pour trouver finalement une certaine paix progressive après une désintox et à travers ses albums solo. Pas revanchard, et admiratif de son travail, John Cale (par ailleurs auteur solo de grandes pièces, comme « Paris 1919 ») veut rendre hommage au leader du Velvet mort en 2013 et va donc rejouer ce « Velvet Underground and Nico dimanche 3 avril (complet, mais une liste d’attente existe).

      D’autres concerts auront lieu, pendant cette période : des artistes d’hier ou d’aujourd’hui ayant pu s’influencer du groupe : le groupe de post-punk Television qui jouera son mythique album « Marquee Moon » (le 2 avril), un collectif composé notamment de Tom Verlaine (le leader de Television), et de Martin Revs (le clavier de Suicide) jouera sous la forme d’un ciné concert des morceaux illustrant une projection inédite de quelques court-métrages d’Andy Warhol (le 21 mai), un hommage orchestré par Rodolphe Burger « Paris Velvet » (le 22 mai), et un tribute joué par Étienne Jaumet et l’anglais Sonic Boom (21 et 22 mai).

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