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      Blur sort « The Magic Whip » après 12 ans d’absence

      Ils ont la quarantaine allègrement dépassée, et après 12 ans de séparation, ils sont à nouveau en couple. Malgré l’effet de l’annonce, on parle d’un duo de musiciens anglais qui évitent les tabloïds au possible, et qui sont à l’origine d’un groupe majeur de la pop anglaise : Damon Albarn et Graham Coxon, qui ont fondé Blur il y a déjà 24 ans. Ni nostalgie, ni pompe à fric dans ce « Magic Whip » toujours aussi créatif, qui a la candeur de leurs tendres années, la sagesse en plus.

      Blur sortent leur 8 ème album
      Blur sortent leur 8 ème album

       

      Blur, cette quasi institution en Angleterre, les « gentils » Blur opposés il fut un temps aux « méchants » Oasis, tant dans l’attitude que dans le style. La différence est que Blur, à travers son leader, charismatique mais pas trop, Damon Albarn, a su rester humble. Créé en 1991 du côté de Colchester, à 67 miles à l’est de Londres, ils parviennent à installer au fur et à mesure de leurs albums un esprit léger et sautillant, en témoigne leurs méga tube « Girls & Boys« , un anathème Pop & Love qui reste souvent obligatoire dans toute playlist de pubs qu’il se doit, et « Parklife ». La confirmation de ces joyeux lurons vient avec le bienvenue « The Great Escape » en 1995, générateur de tubes 90’s « Country House » et « Charmless Man« .

      Très différent des tubes d’Oasis et des frères nonchalants Gallagher, souvent plus électrique, ils atteignent le statut de superstar en 1997, avec leur single « Beetlebum » extrait de l’album éponyme (on dit souvent que l’album éponyme reste dans les mémoires dans la carrière d’un groupe : les albums éponymes des Beatles, de Metallica ou de Led Zeppelin le confirment). Sorti le même jour que le single d’Oasis pour leur album « Be Here Now », « Beetlebum » est un monstre rock  (les Beatles période « White Album » auraient très bien pu le pondre), dans un monumental album, qui atteint en tous points les objectifs d’une légende.

      Structure savante des morceaux, identité sonore hyper attachante et liberté maitrisée des thèmes musicaux, qui brassent assez largement du punk (Song 2) aux ballades, en passant par une musique plus urbaine (« On Your Own« ) ou plus folk (la déchirante complainte « You’re so Great » signé Graham Coxon). On voit que le duo Damon / Coxon fonctionne à merveille et n’a de cesse d’exprimer pleinement leur complicité qu’on aime deviner dans les morceaux. Puis viennent les années plus sombres : « 13 » en 1999, et sa virée Gospel « Tender« , l’introduction d’une oeuvre plus expérimentale d’un Damon qui veut élargir ses limites musicales, puis le mineur « Think Tank » en 2003, pour lequel Graham Coxon a jeté l’éponge. Ce dernier ne comprend pas la tournure rap du side project de Damon, Gorrilaz, aux antipodes de certains aspects du groupe en effet.

      Blur se sépare alors, même si ce n’est qu’une supposition d’une interview de Damon Albarn indiquant que « Le groupe ne se réunira plus jamais ». La tête dans le guidon de ses nombreux projets, ils n’envisagent sans doute pas de revenir avec le groupe. Suffisamment à faire avec « The Good, The Bad and The Queen« , ses collaborations avec Flea (bassiste des RHCP), le jazzman Afro-Beat Tony Allen, la légende soul Bobby Womack, la chanteuse Lana Del Rey, et son album solo « Everyday Robots » sorti l’année dernière, sans parler des autres albums de Gorillaz.

      Et pourtant, lors d’un concert où les membres se réunissent pour la cérémonie de clôture des JO de Londres en 2012, Damon fond en larmes pour exprimer sa nostalgie des années Blur, et revient alors sur sa décision. Devant jouer à Hong Kong lors d’un festival finalement annulé, le groupe se retrouve coincé dans un studio pendant 5 jours. Ne sachant quoi faire d’autre que de la musique ensemble, ils enregistrent alors à vitesse grand V plusieurs démos de ce que seront les 12 titres de « The Magic Whip« , après quelques hésitations sur leur publication.

      Aussi expérimentés soient-ils, les musiciens de Blur ne s’engraissent pas pour autant dans un statut de dinosaure du rock, en restant dans leur ligne musicale à succès, tout en laissant de côté les tendances plus mornes des 2 précédents albums. Le single « Go Out« , ses back voices guillerets et sa bonne guitare électro-pop nous amènent en terrain familier, un gros bol d’air frais directement importé des années 90. Sans vouloir atteindre des sommets encore plus élevés que leur statut d’alors, au risque de finir dans la grandiloquence pompeuse de Muse ou de se perdre dans les grands stades anonymes et sans âme de Coldplay (dont les débuts présageaient pourtant un talent durable et reconnu), ils arrivent à créer un univers plus confidentiel, ce genre de morceaux qui au début semblent discrets, mais qui s’avèrent au final parler personnellement à l’auditeur.

      Chacun se fait son « Blur » dans cet album, qui même s’il n’a pas les vertus fédératrices d’un « Parklife« , saura quand même faire chavirer de bonheur le chercheur de pépites. La pépite incontestable sera « My Terracotta Heart« , cette ritournelle pimpante aux arpèges légères, qui rebondit sur un Damon Albarn plus gravement inspiré dans son angoisse de perdre son grand amour. C’est beau. « There Are Too Many Of Us » et son allure martiale, l’aigre-doux « Pyongyang » et sa guitare très New Order, donnent des touches qui font sortir l’album d’une banalité qu’on pouvait un peu craindre lors des premières écoutes. Mais on est rassuré jusqu’au bout avec « Ong Ong« , le parfait petit bonheur à l’anglo saxonne, la pop des Kinks mélangé à un esprit excentrique à la Monty Python. God Save Blur !

      Blur sera en concert le 15 juin au Zenith de Paris, le 20 juin au Hyde Park de Londres.

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