Tiger and Bunny, critique de la saison 1 : le parfait mélange des genres

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C’est en 2011 que les publics japonais puis occidentaux découvrent la nouvelle production des studios Sunrise. La simple évocation de ce nom fait déjà saliver. En effet, c’est à cette équipe d’animateurs/créateurs que l’on doit l’ adaptation de Cowboy Bebop, les multiples versions de Gundam ou encore la série Code Geass. Avec Tiger and Bunny, ce studio s’attelle à un projet démentiel. Mixer l’univers des méchas avec celui des super-héros des comics, le tout projeté dans un monde proche de Cowboy Bebop. La série a été très attendue et à la fin des 25 épisodes, le constat est simple : brillant.

En direct de Hero TV

Stern Build City est la métropole de tous les superlatifs. Ultra moderne, ultra animée, ultra riche, elle bouillonne de vie. C’est Singapour qui se serait fondue dans Tokyo et New York. Avec une petite différence qui a son importance : l’émergence des Next, humains aux capacités hors normes. Ils forment ainsi une nouvelle forme de criminalité qui s’épanouit dans cette cité de tous les possibles. Pour les contrôler et écraser la concurrence , la principale chaîne de Télévision a eu une idée lumineuse : le programme Hero TV. Un jeu télévisé sous forme de télé réalité où des héros traquent les criminels dans la ville entière.

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La subtilité réside dans le classement des justiciers. Chaque mission rapporte des points attribués par le public. Chaque héros est sponsorisé par une grande marque. Et en fin de saison est décerné le titre de roi des héros. Ainsi, les garants de la justice doivent à chaque fois allier efficacité et stratégie de communication. Certains ont des identités secrètes, d’autres sont de véritables idoles.

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Tiger, l’un des héros du jeu, est un vétéran, qui fonce souvent avant de réfléchir. Toujours en bas du classement, il est sur la sellette quand la production du jeu lui impose de faire équipe avec un nouveau justicier : Barnaby Brooks Jr alias Bunny. Or, la collaboration ne va pas aller sans tensions. En effet, ils ne partagent pas du tout la même vision du métier et chose rare, partagent un pouvoir identique. Pourtant, face à un mystérieux tueur de criminels et un groupe terroriste nommé « ourobouros », ils sont contraints de s’entendre.

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Tiger and Bunny : une qualité technique exemplaire

Le C.V des studios Sunrise est éloquent et il n’y avait pas de doute quant à la qualité du travail final. Pourtant, à la sortie de cette saison, nous sommes à nouveau surpris, abasourdis devant la beauté de leur réalisation. Celle-ci s’appuie d’abord sur le chara-design des personnages. Il est formidable que ce soit dans la définition des armures ou dans la mise en scène des pouvoirs. Il est aussi remarquable dans le dessin des personnages réels. Un soin tout particulier accompagne le travail des émotions : le spleen de Bunny, les doutes de Tiger sur son rôle de père, le machiavélisme de la productrice. Il profite ensuite d’un univers urbain captivant. Stern City c’est une démesure de couleurs, de lumières, de dimensions. Les producteurs se sont donnés à fond pour nous construire une aire de jeu baroque faite de statues géantes, d’autoroutes multiples, de buildings vertigineux et de quartiers typiques.

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Cette qualité technique se nourrit d’influences multiples parfaitement digérées pour former un tout cohérent. En termes de décor, le public averti retrouvera des ambiances proches de Cowboy Bebop ou même de City Hunter. Rien d’étonnant puisque le studio a oeuvré sur ces deux séries. Ici, il en reprend quelques éléments clés : la verticalité, le space opera visuel. Il construit ainsi une ville à la fois très proche de nos métropoles actuelles et très futuriste. Ces influences se voient aussi dans la construction des héros. D’un côté, les codes du mécha/armure sont intégrés dans un cortège de référence allant de Saint Seiya à Gundam. De l’autre, le monde des Comics s’invite à travers la représentation des pouvoirs, des identités secrètes. Ajoutons enfin une dernière source d’inspiration pour Tiger and Bunny : le cinéma classique à travers deux films. En direct sur Ed Tv et Demolition Man. Toutes ses références nourrissent un univers sans à aucun moment alourdir la narration. Si vous ne les captez pas , cela n’entravera en rien votre plaisir de visionnage.

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Au service d’une histoire spectaculaire et intelligente

Tiger and Bunny nous a fait une promesse : allier le meilleur des super-héros version japonaise et américaine. Les équipes créatives se sont déchaînées pour nous en mettre plein les yeux. Les missions s’enchaînent sans temps mort avec un crescendo dans les menaces. En effet, les scénaristes jouent avec le concept de Next. Télékinésie, maître des éléments, télépathie, illusion, toute la gamme de pouvoirs s’incarne proposant des faces à faces épiques. Pour servir cette action débridée, la série passe d’ailleurs facilement d’une animation 2D et 3D assurant une immersion totale. Ceci permet de multiplier les plans séquences spectaculaires, se déployant sur toute l’étendue des la métropole.

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Cette action vient en appui d’un scénario extrêmement travaillé. L’histoire se développe en effet sur trois dimensions. La première concerne sur la mission de protection qui devient difficile quand apparaissent deux menaces mystérieuses : Lunatic un tueur de criminels et les ourobouros. Le récit construit très bien cette mise en tension renforcée par des retournements de situation très judicieux et un final en forme de cliffhanger percutant. La seconde dimension du récit s’intéresse à la vie privée et tire parti du duo de personnages. Tiger est veuf et doute de sa capacité à être un père idéal pour sa fille. Bunny quant à lui, est marqué par le traumatisme du meurtre de ses parents. Toute leur rivalité/amitié se construit autour de la gestion de leurs blessures. La troisième dimension s’intéresse à l’esprit d’équipe. Comment agir en justiciers quand dans le même temps vous êtes concurrents ? A plusieurs moments la série pointe du doigt l’absurdité du concept. Le héros va-t-il intervenir au risque de voir les points de classement lui échapper ?

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Tiger and Bunny : un discours profond sur la manipulation et la fabrication des animé

L’un des tours de force de la série c’est de proposer une réflexion sur le pouvoir des images. Elle utilise en effet ce sujet de science fiction pour nous questionner sur notre rapport aux médias. A Stern Build City, la violence est édulcorée au moyen d’un show télévisuel massivement suivi. Le mérite d’un héros ne se mesure à son héroïsme mais à son nombre de « like ». Un concept riche qui a été repris dans de nombreuses fictions notamment dans l’excellente BD Urban.

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La série se permet aussi d’évoquer la difficulté de produire des animes aujourd’hui. En effet, les héros de Tiger and Bunny portent sur leur armure des sponsors très contemporains : Bandai, softbank. C’est un placement de produit assumé par les producteurs qui nous rappellent une réalité. Le coût de production d’une série animée de qualité est élevée au Japon d’autant plus que le téléchargement illégal représente un vrai manque à gagner. Ainsi, comme leurs héros obligés de trouver des mécènes pour s’acheter du matériel moderne, les studios utilisent un subterfuge identique pour continuer à se financer.

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« Savoir produire un anime c’est savoir écrire une histoire ». Cette sentence illustre à merveille Tiger and Bunny. Un scénario brillant, un concept exploité et compris, servent d’écrin à une débauche créative. La série trône désormais au panthéon des crossover culturels. Pour prolonger le plaisir, deux longs métrages d’excellente facture sont sortis en 2012 et 2014 tandis qu’une seconde saison vient de commencer à être diffusée sur Netflix.