Le Phénix vous emporte au sommet du manga

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Osamu Tezuka est une référence du manga et il méritait bien une édition prestige. Les édition Delcourt se sont plongées dans ce travail et proposent aujourd’hui Phénix, l’oiseau de feu, la saga favorite du maître japonais.

Phénix, l’oiseau de feu : un projet titanesque

L'oiseau magique dans Phénix

Contrairement à d’autres séries du scénariste et dessinateur Osamu Tezuka, Phénix n’est pas un ensemble continu mais une suite de récits se déroulant à différentes périodes. Chacun est marqué par la présence de cet animal mythologique. L’oiseau immortel parcourt le temps mais ce n’est pas le seul. Des humains reviennent après la mort et changent de nom. Phénix parle de la condition humaine. Cette satire sur les tourments de l’être mélange des influences classiques japonaises et occidentales. On croisera Faust et Pinocchio. Cependant, la réincarnation bouddhique est au cœur du projet de Tezuka.

Cette série apparaît dans un contexte personnel et culturel. Les années 60 marquent le renouveau dans le manga avec l’arrivée de jeunes auteurs et autrices ayant une vision plus biographique et sensible du manga : le gekiga. Tezuka veut aussi se renouveler. Il crée une nouvelle revue COM et Phénix doit être l’étendard de ce changement. Elle deviendra une série au long cours que Tezuka écrit pendant 34 ans. Elle sera célèbre comme un chef-d’œuvre de la littérature et récompensée par plusieurs prix mais demeurera inachevée.

Delcourt propose une édition à la hauteur du projet de Tezuka. La postface de Tezuka revient sur l’origine et l’objectif de Phénix. Un texte du directeur des archives Tezuka prend la suite avec l’histoire heurtée de la publication. En fin de volume, des reproductions de plusieurs pages en couleurs permettent de voir les différentes versions tout comme les images de la revue COM.

Un début à l’aube de l’humanité à la fin dans les temps futurs

Phénix démarre dans l’antiquité aux premières traces d’un Japon unifié. Le premier chapitre suit un jeune homme cherchant à venger la disparition de toute sa tribu mais ce n’est qu’un élément d’un vaste ensemble. Tezuka multiplie les pas de côté et les personnages dans une structure très feuilletonesque. L’auteur s’amuse à créer tout un monde préhistorique. Il invente des rites de guérison, un rituel d’enterrement et de mariage. Le ton est certes totalement fantaisiste mais, en faisant intervenir la princesse Himiko, il se base sur des légendes chinoise. Tezuka joue aussi avec les genres. En une page, on passe du drame à la comédie. Il se libère des carcans.

Le deuxième chapitre commence sans transition au début du XXXVe siècle. Dans un monde post apocalyptique en déclin, la surface de la terre est devenue inhabitable et l’humanité est réfugiée dans cinq mégalopoles sous terre. L’humanité s’ennuie dans un monde aseptisé. Le lecteur suit l’astronaute Masato amoureux de Tamami. Cependant, la jeune femme est en fait un animal polymorphe à qui il a donné une forme humaine. Arrivant sur la surface, le couple amoureux en fuite se rend par hasard chez un savant fou. Il a recréé les animaux pour à terme, repeupler la Terre.

Cette partie de Phénix est la plus proche de la science-fiction en abordant le clonage et l’humanité. Elle montre aussi le refus par Tezuka des systèmes et sa critique du pouvoir à travers le temps. La peur des machines est au centre car la société est dirigée par des intelligences artificielles qui peuvent avoir des effets dévastateurs quand elles se connectent entre elles. Il s’agit également d’un récit spirituel avec un sauveur pour éviter la mort d’une planète et plusieurs références à la Bible.

Un dessin intemporel

Le drame dans Phénix

Le volume s’ouvre par de terribles images d’une éruption volcanique prouvant la qualité du dessinateur. Même si les dialogues ont un rôle, Phénix passe essentiellement par l’image en particulier le décalage humoristique. Bien entendu, aux yeux des jeunes lectures, la mise en page peut paraît sage et les formes plus proches de Tintin que de One punch Man. Mais le choix des scènes crée un rythme de lecture très rapide. Le trait polymorphe de Tezuka permet de gérer différents sentiments. L’humour cohabite harmonieusement avec une mort sanglante. Frontalement ou par un subtile cadrage vers l’hors-champ, Tezuka montre la violence des hommes. Il expérimente aussi en brisant littéralement les cases. Il joue aussi de l’anachronisme pour transmettre un message politique : une princesse de l’Antiquité devient Hitler, Mao puis Napoléon.

Phénix est l’œuvre la plus ambitieuse du maître du manga, Osamu Tezuka. Dans la série, des empires s’effondrent et des cœurs se brisent. La vision de la société est empreinte d’un profond pessimisme et d’une conception cyclique du temps. Par la conclusion du deuxième chapitre, on peut aussi lire ce tome comme un récit complet qui propose le début et la fin de l’ample série. JustFocus vous conseille donc fortement de partir à la chasse de l’oiseau de feu.

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